Le PJD attaque 2M devant la HACA

Il estime avoir été victime d’un traitement inique et partial de la part de la chaîne.
La HACA, réunie mardi 18 janvier, a demandé à 2M de fournir une réponse.
La décision finale devrait être rendue dans une quinzaine de jours.

Apeine installée, la toute nouvelle Haute autorité de la communication et de l’audiovisuel (HACA) aura à trancher sur un dossier épineux. Elle a en effet été saisie par le Parti de la justice et du développement (PJD) pour ce qu’il considère comme un «reportage de haine et de diffamation prémédité diffusé sur 2M».
Les faits remontent au 11 janvier, en milieu de journée. Les spectateurs suivent, dans le journal télévisé de la deuxième chaîne, les commémorations de la signature du Manifeste de l’Indépendance. Suit un reportage signé Taoufik Debbab, consacré à un article publié par le journal Attajdid le 6 janvier 2005 sur le tsunami qui a dévasté une partie de l’Asie du Sud. L’article d’Attajdid, intitulé Avertissement au Maroc: le tourisme sexuel et le tsunami, se veut un rappel à l’attention de nos concitoyens sur le développement du tourisme sexuel dans certaines villes touristiques du pays. L’article laisse par ailleurs implicitement planer la menace de vagues «divines» aussi dévastatrices sur le Maroc. Dans le reportage de 2M, le journaliste Jamal Berraoui et le directeur de publication d’Al Ahdath Al Mahgribia, Mohamed El Brini, dénoncent l’utilisation inhumaine faite, au nom de la religion, de la catastrophe naturelle qui a frappé des milliers d’innocents. Les deux journalistes parlent pendant presque deux minutes. Hassan Serrat, qui intervient au nom d’Attajdid, ne prend la parole que pendant seize secondes. Dans son commentaire, Taoufik Debbab enfonce le clou en mettant à l’indexe Attajdid et la pensée «obscurantiste» qu’il véhicule.
La réaction du PJD ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué rendu public le 15 janvier, Saâd Dine El Otmani condamne «le refus de 2M de permettre à notre parti (Ndlr : PJD) de jouir pleinement de son droit de réponse, en diffusant en direct et pendant une durée au moins égale à celle accordée à nos détracteurs.» Et le PJD ne compte pas en rester là puisqu’il «[il] affirme sa détermination à user de tous les moyens légaux pour réhabiliter ses instances, ses militants et ses sympathisants».
La HACA est alors saisie «afin de rétablir le PJD dans ses droits en lui permettant d’avoir un droit de réponse sur 2M». Pour son baptême du feu, la haute autorité se retrouve devant un dossier délicat car, selon Abdelaziz Nouidi, membre de l’OMDH, si la position d’Attajdid au sujet du Tsunami est condamnable à plus d’un titre, «il est clair que 2M devait veiller à respecter l’égalité exacte du temps de parole entre les deux positions présentées lors de son reportage. Ce sera l’occasion pour la HACA d’émettre une jurisprudence en la matière».
Un bémol toutefois. La question de la répartition du temps de parole reste problématique parce que, en ce qui concerne les partis politiques, comme le PJD, les temps de passages sont calculés sur toute l’année. En plus, les temps de passage sont, en toute logique, proportionnels à la représentativité de chaque partie.
Cela dit, que prévoit la loi sur la communication audiovisuelle et le dahir instituant la Haute autorité de la communication et de l’audiovisuel dans ce cas précis ?
L’article 3 de la loi sur la communication audiovisuelle stipule que «la communication audiovisuelle est libre. Cette liberté s’exerce dans le respect… du caractère pluraliste de l’expression sous toutes ses formes des courants de pensée et d’opinion…». A la deuxième chaîne, on estime que cette disposition a été respectée puisque le rédacteur en chef d’Attajdid a eu droit à la parole. Mais dans quelles conditions ? Le PJD accuse 2M d’avoir réalisé un traitement de l’information sans professionnalisme et avec partialité. L’article 8 de la loi sur la communication audiovisuelle prévoit que «les opérateurs doivent contribuer à présenter objectivement les événements et ne privilégier aucun parti politique ou groupe d’intérêts ou association, ni aucune idéologie ou doctrine. Les programmes doivent refléter équitablement la pluralité de ceux-ci ainsi que la diversité des opinions. Les vues personnelles et les commentaires doivent être identifiables comme tels.»
On relèvera donc que le PJD a choisi de recourir aux dispositions légales pour tenter de faire prévaloir son point de vue. Mais il ne faut pas oublier que celui-ci reste un parti à visages multiples. Ainsi, à côté du PJD légaliste et respectueux des institutions et des lois qui saisit la HACA, d’autres "PJD" co-existent. Il y a aussi le PJD qui dénonce les festivals de musique comme étant des lieux de débauche, le PJD qui agresse verbalement une camerawoman dans l’enceinte du Parlement et le PJD qui a tenté d’interdire un show de l’humoriste français Laurent Gerra ou qui a défilé contre le plan d’intégration de la femme au développement. Enfin, comment intérpreter le sit-in organisé par les islamistes en face du siège de 2M sinon comme une tentative d’intimidation de la rédaction.
Mardi 18 janvier, la HACA devait se réunir à ce sujet et, selon les premières indiscrétions, les positions divergent.
Reste une question : le PJD n’a pas répondu sur le fond de l’affaire, celle concernant la réaction d’Attajdid au tsunami, une réaction qui a choqué pas mal de gens.

Mardi 18 janvier, la HACA devait se réunir à ce sujet et, selon les premières indiscrétions, les positions divergent.

Le PJD a choisi le «légalisme» pour faire prévaloir son point de vue sur «l’affaire Attajdid» mais il n’a pas réagi quant à la position du journal sur le tsunami, qui soulève des questions d’ordre humain et philosophique.