Le paradoxe électoral, leçons d’un scrutin

Que le PAM occupe la première place n’est pas une surprise en soi. D’abord toutes les analyses qui se respectent, l’ont donné vainqueur. Ensuite il est très présent sur la scène politique aussi bien au niveau du discours que des actions.

Il a mené une campagne persuasive avec des candidats nouveaux et des profils intéressants. La grande surprise, c’est la présence frappante du PJD dans les grandes villes et dans le milieu urbain en général. «Des villes qui comptent avec la présence d’une confortable classe sociale et la moyenne et petite bourgeoisie, des villes qui votaient auparavant pour des partis de cadres, principalement l’Istiqlal et les formations de gauche», affirme le politologue Tarik Tlaty. Que le PJD éjecte l’USFP et l’Istiqlal de certaines villes est une surprise en soi (Fès pour l’Istiqlal et Agadir et Taroudant pour l’USFP en sont des exemples frappants). 

Cette victoire du PJD dans les grandes villes sonne le glas de la Koutla nationale. «La Koutla est aujourd’hui finie et il n’est plus question d’une éventuelle résurrection», tranche-t-il. De même, ces élections suscitent plusieurs interrogations. «La logique veut que le PJD, avec son discours religieux et moralisateur, influence les petits esprits, les gens de faible culture et instruction, mais qu’il arrive à séduire dans les grandes villes avec les élites économiques et intellectuelles, cela interpelle quant à l’évolution de la société marocaine», affirme cet analyste politique. C’est un changement radical de l’équation politique qui veut que le discours qui flirte avec la religion soit imposé non plus dans les zones marginalisées, mais dans les grandes villes où la classe moyenne est très présente. Que Casablanca avec sa bourgeoisie et Rabat et Fès avec leurs élites intellectuelles votent pour le PJD, c’est une logique inattendue. Ce qui est également inexplicable, c’est comment les élections qui sont censées être un moyen de sanction contre un parti au pouvoir pour sa politique le favorisent justement grâce au vote d’une classe moyenne, largement impactée, qui a payé le coût des décisions du gouvernement (les augmentations des prix, les impôts…). En plus, bien sûr, qu’ils soutiennent un parti aux idées et projet de société rétrogrades. Cela alors que le PAM qui porte un projet moderniste a été plébiscité dans les zones rurales censées être peu perméables à son discours sur l’ouverture et les libertés individuelles. «C’est pour dire que le comportement électoral des Marocains ne suit pas un schéma facilement prévisible», observe ce politologue. On peut avancer, pour expliquer ce vote, un argument selon lequel les électeurs des villes votent pour les candidats du PJD pour leurs actions et leur «présumée» intégrité et non pas pour leur discours. Or, leurs actions sont justement l’expression de leur idéologie. Et si l’on est aujourd’hui séduit par l’action, rien n’empêche que demain on le devienne par le discours et la pensée. Cela d’autant qu’il subsiste ce risque, selon certains, que l’action soit mise en avant pour que, une fois la domination politique assurée, la pensée et l’idéologie soient imposées. Bref, ce comportement nécessite de sérieuses études sociologiques pour sonder les nouvelles orientations de la société marocaine.