Le PAM se prépare à  un retour en force sur des bases plus solides

Restructuration, initiative et rayonnement, les trois piliers de la nouvelle vie du PAM. Le parti est, pour le moment, le seul candidat capable de faire face au PJD aux prochaines élections. Avec un fort taux de renouvellement de ses élites, le PAM de Mustapha Bakkoury n’aura plus rien à  voir avec celui, original, de 2008.

Donné pour fini il y a à peine trois ans, au firmament des manifestations sociales du début de 2011, le PAM est en passe de devenir l’alternative de l’après-PJD. S’il s’abstient, jusque-là, de participer à la polémique et aux échanges de coups bas entre le PJD et certains de ses adversaires, il n’en continue pas moins de pratiquer une opposition farouche, mais saine, aux islamistes du gouvernement. Ce qui ne lui épargne pas les multiples et fréquentes invectives de ces derniers. Le SG du PJD, Abdelilah Benkirane, qui a trop tendance à mettre de côté sa casquette de chef du gouvernement de tous les Marocains, vient juste de lui réserver une salve de tirs bien nourris, pendant une manifestation interne au début de ce mois à Bouznika. C’est que sur le terrain, le PAM commence à faire peur, surtout aux islamistes. Sa remontée en puissance a été remarquée depuis les élections locales de Salé, fin janvier, concernant le remplacement du président démissionnaire de l’arrondissement de Salé-Tabriquet, le Péjidiste Jamaâ El Mouâtassim. Le PAM s’est alors imposé dans le propre fief du PJD en remportant la présidence, combien symbolique, de cette commune. Les élections partielles du 24 avril, à Sidi Ifni, viennent confirmer cette montée du PAM. Il a remporté le siège, avec 48,2% des voix, en battant à plates coutures le candidat islamiste qui n’a recueilli que 23% des voix, soit moitié moins que le PAM. «Les effets de la restructuration décidée au congrès extraordinaire, du 17 au 19 février 2012, commencent à devenir palpables et le PAM peut envisager l’avenir avec beaucoup plus de sérénité», explique ce cadre du parti. Cela dit, le processus de restructuration n’est pas encore fini. «Mais il avance, selon le rythme et le calendrier prévu», affirme cette même source. Car «il ne s’agit pas de mettre en place par exemple une organisation parallèle de femmes ou de jeunes qui n’auront d’existence, peu de temps après, que sur le papier, comme cela se passe dans beaucoup de nos formations politiques», explique ce même cadre. Des organisations parallèles, fermement installées sur des bases solides. L’organisation des femmes vient d’être constituée, celle des étudiants un peu plus tôt et celle de la jeunesse est en cours de création.
Le parti est également en plein pourparlers avec des syndicalistes pour mettre en place son propre bras syndical. Bien plus, d’autres structures, les forums en l’occurrence, sont mises en place pour servir de réservoir de cadres, de compétences et d’élites pour le parti. Le forum des ingénieurs et celui des enseignants universitaires sont déjà en place, d’autres, celui des médecins (prévu le 14 juin prochain), celui des pharmaciens et celui des hommes d’affaires devraient, officiellement, voir le jour bientôt. «L’objectif de la nouvelle direction est d’abord de pérenniser le parti et, ensuite, de lui assurer une assise populaire et lui offrir une base électorale». C’est ainsi qu’en même temps qu’il est en train de mettre en place et d’assainir ses structures, le parti ne ménage aucun effort pour asseoir son rayonnement politique. Quitte à faire tomber des tabous.

Une base solide pour un parti d’Avenir

Le plus éloquent est sans doute cet appel de Chaouen, fin mars dernier, qui couronne une action politique soutenue pour la dépénalisation de la culture du cannabis et la mise en place d’une sorte de «IER-bis» pour le Rif au profit de nombreux petits paysans poursuivis par la justice. La nature et la qualité des débats publics lancés par le PAM, principalement à travers ses deux groupes parlementaires, n’ont rien de sorties à effet d’annonce ou de thèmes galvaudés que la plupart des partis revisitent régulièrement pour se donner un semblant de présence dans l’espace public. C’est ainsi que le parti milite, entre autres, pour un nouveau modèle de développement économique pour le Maroc et même pour une nouvelle génération de réformes locales à mettre en place en concomitance avec la mise en œuvre de la régionalisation avancée. Le parti vise ainsi à constituer, à travers ces débats publics, les bases d’un projet de société, politique, économique et social prêtes à être mises en œuvre une fois aux commandes des affaires publiques.
En termes de réformes, c’est surtout cet appel, lancé au lendemain des élections partielles de Sidi Ifni desquelles le parti est sorti largement victorieux, pour amender certains articles de la Constitution, qui attire plutôt l’attention des observateurs de la scène politique.

Une réforme de la Constitution, déjà !

«La conjoncture n’étant plus celle de l’après-20 Février, les islamistes viennent d’échouer là où ils ont été portés au pouvoir dans la région, le PJD devrait certainement revenir à sa taille normale aux prochaines élections législatives. C’est-à-dire à environ 70 sièges sur 395. Cela d’une part, d’autre part, même arrivés premiers les islamistes n’auraient certainement pas les mêmes facilités qu’en 2011 à constituer une majorité. Le cas échéant, nous serons dans une impasse», explique cet analyste. La nouvelle Constitution ne prévoit pas, en effet, le cas où le parti, arrivé en tête, ne réussit pas à constituer une majorité. Faut-il passer au parti suivant, où n’importe lequel qui aura réussi à former une alliance qui lui garantit la majorité des sièges ou faut-il réorganiser des élections ? La loi suprême n’apporte pas de réponse tranchée (www.lavieeco.com). C’est sans doute à cette réforme que le PAM fait allusion. «Il existe d’autres réformes constitutionnelles auxquelles il faut absolument s’atteler pour corriger certaines erreurs de l’actuelle Constitution», ajoute ce cadre du PAM. Ainsi, «la manière dont la transhumance des députés a été interdite se révèle aujourd’hui, avec la pratique, un handicap plutôt qu’une réforme. Si le rassemblement de plusieurs députés, groupes ou groupements parlementaires dans une même structure était permis, l’opposition aurait pu faire face au PJD à plusieurs occasions». Du coup, cette réforme applaudie par tout le monde et qui était censée brider les intensions hégémoniques prêtées, alors, au PAM a fini par renforcer la position du PJD qui nourrit, lui, une ambition hégémonique effective. De même, affirme cette même source, «si, au lieu de comptabiliser les sièges, l’on prenait en compte le nombre de voix pour classer les partis au lendemain des élections, l’échiquier politique aurait certainement une autre configuration». Cela étant, le rayonnement du PAM dépasse même, à certaines occasions, les frontières nationales. Le rôle du secrétaire général adjoint, Ilyas El Omari, est particulièrement remarquable dans ce domaine. L’exploit de réunir, en janvier 2013, toutes les factions rivales palestiniennes, 17 au total, sur le sol marocain autour d’une table de négociations n’est pas chose aisée. De même que le parti a été l’une des chevilles ouvrières de la création d’un front progressiste régional pour s’opposer à la montée des partis islamistes conservateurs.

Une question d’arithmétique

L’ouverture du PAM sur des pays d’Amérique Latine, s’est, de même, révélée payante pour notre cause nationale. En Europe, le parti a pu en seulement quelques années d’existence rivaliser avec les islamistes du PJD dont l’incursion dans les pays à forte présence marocaine, l’Espagne, la France et l’Italie en l’occurrence, remonte à plus de dix ans. En gros, depuis la nomination d’une nouvelle direction, au terme du congrès extraordinaire la stratégie du développement du parti s’est basée sur trois fondements : la construction institutionnelle du parti, la prise d’initiative et la présentation de propositions novatrices sur le plan civil et politique et le renforcement du rayonnement international. Ce nouvel esprit caractérise également ses interventions au Parlement. Le changement à la tête de son groupe parlementaire à la première Chambre en est une preuve. La nature et la qualité de ses propositions de lois déposées à la première Chambre versent également dans ce sens. «Au Parlement, le PAM a failli tomber dans le piège du PJD au tout début. Depuis il s’est ressaisi, il évite la confrontation et les questions de politique politicienne», affirme ce cadre du parti.
A la deuxième Chambre qu’il préside toujours en la personne de son ancien secrétaire général, Mohamed Cheikh Biadillah et dont le secrétaire général est également un haut cadre du parti, la donne change. C’est le PAM qui fait, presque à lui seul, office d’opposition parlementaire. Il compense ainsi la faiblesse des partis de l’opposition à la première Chambre, largement dominée, du point de vue numérique, par le PJD. Fort de cette position d’avant-garde, le PAM a réussi à tisser des alliances solides avec les autres composantes. C’est ainsi que les cinq formations de l’opposition se sont constituées en coordination structurée qui agit le plus souvent en bloc. «La démarche est simple, explique ce cadre du parti, grâce à cette coordination et à la force de frappe du PAM, nous arrivons souvent à faire tomber, ou du moins amender, des textes adoptés à la première Chambre selon une logique numérique».

Une alliance à trois pour contrer le PJD

En d’autres termes, quand le PJD mobilise ses troupes (105 députés sur 395) pour faire passer un texte qui ne fait pas forcément l’objet de consensus, le PAM s’arrange pour rendre justice à l’opposition, une fois le texte devant les conseillers, en faisant jouer sa suprématie numérique (62 conseillers sur près de 260). Les débats et le vote, en décembre dernier, du projet de Loi de finances de 2014 illustre parfaitement cette manœuvre.
Le projet que la deuxième Chambre a rejeté, a cependant pu être adopté grâce à la règle de la prééminence de la Chambre des représentants. Une règle qui est inversée, rappelons-le, lorsqu’il s’agit de textes à portée sociale ou ceux relatifs aux collectivités territoriales.
L’article 78 de la Constitution précise en effet que «les projets de lois relatifs notamment aux collectivités territoriales, au développement régional et aux affaires sociales sont déposés en priorité sur le bureau de la Chambre des conseillers».
Pour imposer ses amendements, le PJD doit mobiliser toute sa majorité, ce qui n’est pas chose aisée. Car pour inciter la majorité absolue des membres de la Chambre, soit 198 députés, pour voter un texte il faut vraiment se réveiller très tôt. En d’autres termes, les prochaines semaines qui devraient voir débarquer au Parlement les textes électoraux dont le découpage administratif et électoral, le projet de loi organique sur la régionalisation, la loi organique relative à l’exercice de droit de grève et la loi organique relative à l’organisation des syndicats, entre autres, risquent de connaître des débats particulièrement houleux dans l’hémicycle.
L’issue des prochaines élections locales, prévues la mi-2015, dépendra d’une manière ou d’une autre de l’issue de ces débats. Et le parti qui aura dominé les élections communales et remporté le plus grand nombre de présidences de communes partira certainement largement favori pour gagner les futures élections législatives.
Le PAM à lui seul est, pour le moment, loin d’un scénario où il serait premier, mais une alliance à trois, voire plus, avec l’USFP et l’Istiqlal et éventuellement d’autres formations, est tout à fait capable de battre les islamistes. En tout, le PAM s’est déjà mis à l’œuvre, sinon pour se positionner en alternative au PJD, du moins pour tracer les contours des futurs équilibres politiques au pays.