Le PAM en congrès : vers une deuxième renaissance ?

Une prise de risque calculée à la veille des élections… Une ligne idéologique clarifiée, une nouvelle structure pour s’occuper des élections de l’organisation interne.

Le PAM tient son troisième congrès, après huit années d’existence, ce week-end (du 22 au 24 janvier, à Bouznika). Quelque 3 500 congressistes sont appelés à élire le nouveau conseil national du parti, qui, avec près de 500 membres, élira, à son tour, un nouveau secrétaire général et une partie du nouveau bureau politique. L’élection du secrétaire général pourrait intervenir avant la fin du congrès ou lors d’une prochaine réunion du conseil national qui garde sa session ouverte. Voilà pour les faits.

Les attentes de ce congrès sont multiples : une nouvelle direction, de nouvelles structures et surtout la clarification de sa ligne idéologique et son projet politique et de société. C’est pour dire que «ce congrès est crucial pour l’avenir du parti», pour reprendre les termes de Ali Belhaj, l’un des fondateurs du PAM. Rien de bien extraordinaire, cela se passe, à quelques exceptions près, dans presque tous les congrès des partis politiques. Ce qui l’est par contre, c’est qu’un parti décide de tenter l’aventure du congrès quelques mois seulement avant les élections législatives. «C’est un fait, aucun parti ne tente d’organiser son congrès à la veille des élections. Il y va de son existence sur le plan électoral. Tenir un congrès à la veille des élections est donc une aventure, aux conséquences difficiles, sinon impossibles, à évaluer», explique Tarik Tlaty, professeur de sciences politiques, avant de nuancer: «Ne peut prendre cette initiative qu’un parti qui a une dose appréciable de courage politique. Un parti qui dispose d’assez de maîtrise de soi, de ses rangs et de ses organes, pour justement maîtriser la cadence de ses mouvements internes». Que le PAM ait pris ce risque, «cela veut dire qu’il a atteint un haut niveau de maturité. Il peut donc se permettre ce genre d’aventure aux conséquences somme toute calculées et maîtrisées», affirme ce dirigeant du parti. Car, on le sait, et ce ne sont pas les exemples qui manquent au Maroc, le congrès d’un parti fait toujours des mécontents, des déçus et peut même ouvrir la voie à la création de courants qui finissent le plus souvent par des scissions. Or, à suivre les interventions dans la presse de certains de ses dirigeants, le PAM donne l’impression de vivre les prémices d’une implosion.

Un débat très animé

De Ali Belhaj, l’un des fondateurs, à Abdellatif Ouahbi, ancien chef de groupe parlementaire, en passant par Samer Aboulkassem qui a chapeauté la commission chargée d’élaborer le document idéologique du parti, sans oublier Mohamed El Maazouz qui dirige le pôle des politiques publiques ou encore l’un des fondateurs et le premier secrétaire général, Hassan Benadi, tous ont contribué à ce débat, qui a même viré à un certain moment à la joute verbale. Les jeunes comme le député Samir Belfkih ou Khalid Achibane y ont également pris part et exprimé un point de vue de ceux qui représentent la relève. «Une nouvelle génération de politiciens qui aspirent à militer dans une nouvelle génération de partis, et le PAM en est un», pour reprendre les dires de Samir Belfkih. Bref, comme l’observe M. Tlaty, «il y a eu ceux qui ont voulu débattre des idées et d’autres de l’organisation et de la situation matérielle. Dans les deux cas, c’est un débat positif et constructif». De toutes les manières, ajoute-t-il, «le congrès d’un parti est toujours une occasion de changer les structures. Certains cadres avancent dans leurs positions, d’autres gardent les leurs et d’autres encore perdent de leur influence, c’est le jeu des urnes. Et chacun est un peu animé par une volonté propre de, sinon améliorer son statut, garder au moins sa position au sein du parti. C’est légitime et ça fait partie de la carrière de chaque homme politique». Dans le cas du PAM, ces sorties médiatiques sont vues sous un angle positif. «C’est une chose positive, assure ce cadre du parti, dans le sens où le PAM qui est souvent vu comme un parti monolithique où les militants sont contraints de se conformer aux instructions, s’est avéré un parti vivant qui connaît des divergences d’opinions et de visions. C’est donc un parti ouvert au débat. Cela dit, ces divergences n’ont pas pour autant atteint le stade de conflits et de dissensions». Globalement, estime cet analyste politique, on peut déjà dégager trois tendances de toutes ces sorties médiatiques. La première estime que le PAM ne connaît pas de crise qui impose un changement structurel dans son organisation politique et idéologique. Cependant, selon cette même tendance, le parti est confronté à des problèmes de développement politique normal. Une deuxième tendance appelle à un changement réel dans l’idéologie du parti, dans sa gestion et dans ses rapports avec l’Etat. Cela en plus de l’introduction d’un changement à la tête du parti. Pour cette tendance, le PAM risque une crise, voire un étouffement. La troisième tendance parie sur un changement dans le corps du parti et non à sa tête. Un changement qui pourrait permettre une cohabitation pérenne entre les notables et les militants de gauche et entre différentes autres sensibilités.

L’éternelle dualité notables/gauchistes

C’est que cette question inhérente à la création du parti des relations entre notables et gauchistes ne cesse de travailler l’opinion publique. Où en est le PAM dans la gestion de la cohabitation entre ses deux composantes ? C’est une dualité qui a démarré avec le parti, reconnaît ce cadre. «Le premier congrès, rappelle-t-il, a intégré plusieurs partis et a pu ainsi limiter, en son temps, la balkanisation de la scène politique. C’est une expérience que le PAM a réussie. Ce n’était pas chose aisée. C’est difficile de concilier les notables et les élites de gauche». C’est que dans les faits, la politique est une chose et la gestion des élections en est une autre. Et «le PAM a cette chance de disposer à la fois des outils électoraux que sont les notables et des outils organisationnels et politiques que représentent les militants de la gauche. Il a su créer une synergie entre ces deux composantes qui ont fait qu’il est aujourd’hui la première force politique à l’échelle locale». N’empêche que la question reste non seulement d’actualité, mais s’en trouve à l’intérieur même du parti qui critique l’ascension de ce qu’il a été communément appelé «le Clan du Rif». Ce qui est, pour certains, problématique. «Il n’en est rien», tranche cette source du parti. La réalité est qu’il se trouve que le secrétaire général adjoint, Ilyas El Omari, est doté d’une forte personnalité, d’un charisme et une influence indéniables au sein du parti, il adhère également aux revendications du mouvement amazigh. Et le fait qu’il porte en lui ces revendications identitaires le fait paraître comme s’il privilégierait une tendance au détriment d’une autre au sein du parti. De même, le fait est également que «ceux qui ont pris l’initiative et fait montre d’audace remarquable pour défendre le parti et ses positions sont originaires de cette région». «Maintenant, poursuit notre interlocuteur, c’est le congrès qui est une institution rationnelle qui va dégager de nouvelles élites, abstraction faite de leurs origines».

El Omari acclamé

Et en parlant de nouvelles élites, les observateurs ont plutôt les yeux virés sur le fauteuil du secrétaire général. Un nom revient le plus souvent dans les pronostics: Ilyas El Omari. Mais ce dernier ne s’est pas encore déclaré officiellement candidat et dit même préférer voir une femme à la tête du parti. Et ce, bien sûr, dans le cas où le secrétaire général sortant renoncerait à sa propre succession. «Il y a eu un débat interne sur le sujet et nous nous sommes entendu sur le fait que rien n’empêche le SG sortant de se porter candidat à sa propre succession. Et s’il y a un challenger, c’est tant mieux, la porte reste ouverte à la candidature de toute personne qui se considère apte pour ce poste. Après tout, le SG ne dirige pas le parti seul. La direction du parti a toujours été collégiale, au sein du bureau politique, et non individuelle», reconnaît cette source du parti. Soit. Mais beaucoup voient en El Omari l’homme qui répond le plus aux défis du moment. Il faut dire que le secrétaire général adjoint est avant tout un homme d’organisation et d’appareil. Il a même pu réaliser l’exploit de porter, en si peu de temps, le nombre des adhérents encartés à plus de 140 000 militants. «Et encore, il a dû refuser un très grand nombre de demandes d’adhésion», affirme cette source. Cela pèsera forcément dans la balance car les deux formations ne sont qu’à 350000 voix l’une de l’autre, à l’avantage du PJD. Et ce gap est facilement rattrapable aux prochaines élections législatives.

Ni de gauche ni de droite

Autre problématique que le PAM doit solutionner, et qui a été fortement débattue à la veille de son congrès, celle relative à sa ligne idéologique. Sur ce point, le parti a tranché pour la première fois. Sa ligne idéologique, il l’a exposée et explicitée de manière à lever toute équivoque (le projet de document politique proposé pour débat compte une cinquantaine de pages en arabe). Rien de nouveau, encore une fois. Le congrès consacre donc une ligne politique et idéologique déjà adoptée lors du dernier congrès, à savoir la social-démocratie (ou la démocratie sociale). Mais, ce qui se passait «c’est que ce courant idéologique tel que transposé à la réalité marocaine n’a pas été suffisamment assimilé par les cadres et dirigeants du parti et à chaque fois que l’un d’eux est invité à en parler, il ne trouve pas ses mots et il est un peu perturbé». C’est ce qui a fait que le PAM a souvent été désigné comme un parti sans idéologie. Le congrès lèvera donc toute ambiguïté sur ce sujet et sa ligne idéologique sera définie et adoptée de manière définitive. Ce sera donc comme une nouvelle naissance du PAM. «Sur le plan universel, la social-démocratie est un concept connu. Nous l’avons adapté au contexte marocain à travers l’authenticité clamée par le parti». En d’autres termes, le parti a emprunté les outils de travail d’un concept universel pour construire un projet typiquement marocain et adapté à la réalité marocaine. Le PAM est-il avec la gauche ou la droite, avec l’USFP et le PPS ou avec le RNI, le MP et l’UC ? La question est vite esquivée. «Dans les faits, estime ce cadre du parti, ce sont à ces partis, surtout ceux dits de la gauche actuelle en perte de boussole, de définir leur positionnement. Le nôtre est aujourd’hui clair et nos adversaires politiques sont connus».

Contrairement à beaucoup de formations politiques, le PAM a anticipé la régionalisation. C’est ainsi qu’il dispose de structures régionales dirigées par des conseils et des secrétaires régionaux. La nouveauté de ce congrès sera la mise en place d’un nouvel organe national : le bureau fédéral. Ce qui est courant au sein des partis, c’est lorsqu’un membre du bureau politique est envoyé dans une région, il est souvent pris à part pour régler des problèmes organisationnels et souvent mineurs. Il est donc contraint de gaspiller ses énergies dans des problèmes secondaires. Ce ne sera plus le cas pour le PAM. Le bureau politique sera amené à réfléchir aux grands dossiers et plancher sur les orientations stratégiques du parti. Les problèmes internes et locaux, c’est le bureau fédéral qui va s’en occuper, entre autres missions. Le bureau fédéral sera composé d’une cinquantaine de membres, dont les 12 secrétaires régionaux, 12 représentants des organisations parallèles (femmes, jeunesse, syndicat…) ainsi que 26 personnalités et cadres désignés par le secrétaire général. Entre ses autres missions, figure la supervision de l’organisation interne du parti, l’organisation de son action sur le plan local et sectoriel, la supervision, l’orientation et la coordination des opérations électorales au niveau local et national, la gestion du patrimoine et des finances du parti et le suivi de l’action des membres du parti qui assument des charges publiques. C’est le bureau fédéral qui s’occupera également des relations extérieures du parti et de ses rapports avec différentes organisations politiques et de la société civile ainsi que de la gestion de sa communication. Et pour finir, ce sera le bureau fédéral qui succédera à la commission des élections et c’est donc lui qui gérera les candidatures et délivrera les accréditations électorales. L’idée derrière la mise en place de cette structure est de dissocier la réflexion et l’orientation stratégique du suivi de l’organisation interne. Il y a certains dossiers qui nécessitent réflexions et auxquels doivent être affectées des équipes spéciales, ce sera le rôle du bureau politique. Il s’agit de prendre rapidement position, réagir avant les autres sur des dossiers comme la question du Sahara, les libertés individuelles, la question amazighe, la situation de la femme…. Le PAM se voit «un parti suivi et non un parmi les suiveurs». C’est seulement ainsi qu’il peut influencer l’opinion publique.