Le PAM clarifie enfin ses positions

Mohamed Cheikh Biadillah, nouveau secrétaire général, Hassan Benaddi président du Conseil national et Fouad Ali El Himma se met en retrait.
Un programme politique plutôt centriste. Rejet réaffirmé de l’idéologie du PJD. Favorable à  la réforme de la Constitution dans le sens prôné par le rapport du cinquantenaire et l’IER.
A la veille des communales, la mise en place de ses structures passe toutefois au second plan.

Il est 17 heures passées ce vendredi 20 février à Bouznika, lorsque la foule se dirige vers la tente qui abrite les travaux du premier congrès du PAM. Prévu du 20 au 22 février, au centre Moulay Rachid de la jeunesse et des sports, l’événement, organisé sous le slogan «Le Maroc demain, en toute confiance…», semble avoir attiré moins de femmes et de jeunes que ce que l’on aurait pu attendre. Les visages connus dans le domaine politique sont en revanche peu nombreux. L’installation des congressistes prend du temps : malgré le dispositif de sécurité mis en place à l’entrée du centre, ils ont été plus de 6 000 à assister à l’ouverture des travaux là où 5 000 participants étaient attendus pour cette journée, dont 4 500 congressistes «seulement», plusieurs régions ayant dépassé les quotas qui leur avaient été attribués.
Qu’à cela ne tienne. C’est avec discipline que la salle applaudira l’introduction, en arabe et en tamazight, de l’événement. Comme un seul homme, l’assistance se lèvera pour écouter l’hymne national. Elle applaudira aussi religieusement les points forts du discours du secrétaire général sortant, Hassan Benaddi, qui précisera notamment que le PAM n’est pas là pour prendre la place de qui que ce soit, que ses membres sont conscients qu’ils ne convaincront pas de leur bonne foi par des discours mais par des actions concrètes, ou encore que le PAM n’est pas de ces partis dirigés par des leaders indéboulonnables. Idem pour l’allocution de Bachir Znagui, porte-parole du Mouvement de tous les démocrates, qui, sous l’œil de son président, Ahmed Akhchichen, présent en qualité de membre du bureau politique sortant, répétera, une fois de plus, que l’association et le parti sont indépendants l’un de l’autre. Tout au long de cette première séance, la salle boit les discours qui lui sont présentés. Le premier hic interviendra lorsqu’un jeune intervenant prendra la parole en français. Les sifflements céderont la place aux applaudissements, lorsqu’on apprendra que le jeune en question est un résident marocain à l’étranger. Quelques minutes plus tard, en présence du représentant de l’Autorité palestinienne au Maroc, la salle scande le nom du mouvement islamiste Hamas, oubliant par là la position du parti vis-à-vis de l’islam politique et  notamment du PJD marocain…

Enfin, le programme…
Les jours suivants, les travaux se poursuivront sans incident. Ils débouchent sur l’élection de l’ex-ministre de la santé, Mohamed Cheikh Biadillah à la tête du parti, dont le nom circulait avant même le démarrage des travaux. Hassan Benaddi, le dirigeant intérimaire sortant, lui, se voit confier la présidence du Conseil national, tandis que Hakim Benchemass et Ali Belhaj, tous deux membres du bureau sortant, héritent du titre de secrétaire général adjoint. Le nouveau bureau politique comprend, de son côté, 33 membres, dont bon nombre figuraient déjà dans le bureau sortant. L’augmentation de ses effectifs s’expliquerait par la volonté de garder un certain équilibre au niveau de la représentation des régions du pays, du moins dans un premier temps. Pour ce premier congrès, la même logique a prévalu au moment de désigner les membres du Conseil national: en plus des parlementaires, présidents de régions et représentants des secteurs, 10 militants ont été choisis pour représenter chaque région, indépendamment de son poids démographique ou de l’implantation du parti. L’on précise toutefois  qu’au prochain congrès, l’implantation du parti dans les différentes régions devrait être prise en compte.
Né le 27 août 2008, le PAM vient, à travers ce premier congrès, de s’offrir une démonstration de force face à la scène politico-médiatique qui, il n’y a pas si longtemps, l’accusait de bénéficier de la transhumance des parlementaires ou encore d’être une réincarnation du FDIC. Il reste toutefois beaucoup à faire pour finaliser sa structure, à commencer par déterminer les profils de ses membres. En effet, parmi les congressistes, l’on retrouve des militants des cinq partis dissous dans le PAM – PND, Al Ahd, ADL, PED et ICD – dont des élus locaux et nationaux. Les nouvelles bases du PAM comprennent également bon nombre de cadres, représentants de la société civile, ou des femmes, fraîchement entrés en politique. Il reste désormais à déterminer l’importance des différents profils en présence au sein du parti, et surtout s’assurer que leur diversité ne rende pas la formation politique trop difficile à gérer.
Toutefois, les nouveautés ne semblent pas se limiter aux hommes. Certes, le parti ne se revendique toujours pas d’une étiquette idéologique précise. En revanche, deux documents détaillent les lignes directrices qu’il s’est données. Le PAM y reprend à son compte certains des objectifs des formations qu’il a absorbées : réhabilitation du monde rural, insistance sur l’importance d’une «politique environnementale, de la proximité, de la valorisation de la richesse culturelle ou encore de la vitalité des libertés individuelles et collectivités au service de l’édification démocratique». Sur le plan économique comme sur le plan politique, le parti reste très modéré. Le PAM se dit ainsi opposé à un «libéralisme sauvage» qui n’accorderait aucune considération aux conditions de vie et à la dignité des travailleurs et des producteurs de richesses, et critique l’économie de rente. Il se prononce également en faveur d’une économie de marché solidaire qui permette d’«encourager les entreprises citoyennes en les dotant d’atouts à même de mettre à niveau l’économie nationale et de la qualifier pour faire face aux contraintes de la mondialisation et de l’ouverture de l’économie sur le monde».

Réformer la Constitution et promouvoir le patrimoine hassani
Côté politique, le parti définit l’institution monarchique comme la «clé de voûte de la cohésion du système politique national et le ciment de la nation marocaine», ce qui ne l’empêche pas de se déclarer favorable à une révision de la Constitution. Parmi ses propositions toutefois, rien de bien affriolant : appliquer les recommandations des rapports du Cinquantenaire et de l’Instance équité et  réconciliation, jugées nécessaires «dans la perspective d’initier une nouvelle génération de réformes axées sur le développement durable, l’Etat de droit économique, social et culturel», ou encore prendre en compte le concept de régionalisation élargie attaché à l’Initiative d’autonomie au Sahara. Le PAM insiste également sur la nécessité d’opérer un saut qualitatif via la mise en place d’un nouveau découpage régional fondé sur la promotion du développement et de la démocratie, visant la mise en place de «bassins» de vie régionaux, et l’élargissement des pouvoirs des institutions régionales.
Enfin, sans grande surprise, le parti se prononce sur la politique linguistique marocaine, présentant l’amazighité comme «une composante essentielle de la culture et de l’identité marocaines», et appelant à multiplier les efforts pour sa réhabilitation. Toutefois, considérant la diversité culturelle et linguistique comme faisant partie des bases de l’identité nationale, le PAM propose également d’agir en faveur du patrimoine hassani, dans les champs éducatif, social, culturel et médiatique, de manière à lui donner la place qui lui revient dans le tissu socioculturel marocain.
Reste la religion, sur laquelle le PAM s’explique, jetant par la même occasion la lumière sur les raisons de son rejet du PJD. Considérant que l’islam sunnite malékite, ouvert et tolérant, est l’un des ciments de la nation marocaine, le parti se refuse à voir ce dernier faire l’objet, «sur fond de compétition partisane, d’un tiraillement inspiré par une approche politicienne» à portée limitée qui cherche à détourner la sacralité partagée en vue d’obtenir «des positions favorables sur l’échiquier du pouvoir». Selon lui, l’impact d’une telle politique ne se limite pas à porter atteinte à une compétition politique et électorale saine, mais fait courir un réel danger à l’unité du pays dans la mesure où «toute exploitation de la religion ou de l’emploi  des causes de  l’Islam et des musulmans à des fins politiciennes se traduit par la fragilisation du projet national et une menace sur l’unité de la communauté marocaine et sur la sécurité spirituelle de ses enfants». Par conséquent, le parti «s’engage à ne jamais recourir à  l’exploitation de la religion musulmane à des fins politiques» et appelle les protagonistes politiques «à faire échec à tous ceux qui versent dans de telles dérives».

Priorité aux communales
Les choses semblent désormais plus claires du côté des objectifs du parti de Mohamed Cheikh Biadillah, même s’il reste beaucoup de choses à préciser. Même chose du côté de ses structures : passé cette rencontre, le parti devrait bientôt procéder à l’organisation de nouveaux congrès, au niveau régional cette fois, qui mèneront à la création d’un «PAM» pour chacune des 16 régions du pays. Passé cette étape, le parti pourra convoquer un deuxième congrès national et devenir un parti fédéral à part entière.
Pour l’instant, les travaux pour la mise en place des structures du parti devraient connaître une pause de quelques mois, le temps de se préparer aux élections communales du 12 juin. A trois mois de la clôture du dépôt des candidatures, le 29 mai prochain, le parti a tout juste le temps de s’organiser. «Le gros du travail maintenant consistera à se mettre à la page, préparer le terrain pour un maximum de coordination, explique ce cadre du parti. Les communales, ce sont quand même 25 000 postes à pourvoir.  Le bureau devra d’abord décider s’il va couvrir l’ensemble des communes ou pas, ce qui n’est pas évident si on veut faire dans la qualité : il n’est pas dit qu’un parti qui a six mois puisse trouver autant de candidats à la hauteur de ses ambitions». De même, poursuit-il, le PAM se devra de préparer ses alliances, de préférence en amont des élections, de manière à donner plus de visibilité aux électeurs. Reste à savoir si le parti, en fermant sa porte au reste du paysage politique le temps d’un congrès, ne vient pas de déclencher, inutilement, une levée de boucliers contre lui (voir encadré). Quoi qu’il en soit, tout ce beau monde devra, bon gré, mal gré, coopérer avec lui, car malgré toutes les critiques dont il pourra bien faire l’objet, il semble désormais incontournable et ne pourra pas non plus se passer de leur soutien.