Le PAM a-t-il encore un avenir ?

Pour beaucoup, le PAM était voué à  disparaître après les élections de novembre 2011 car les raisons de sa création n’existent plus. Depuis quelques mois, le parti a entamé une véritable métamorphose en interne. L’ère des fondateurs est révolue. Le parti appartient à  ses militants.

On le donnait sur le déclin après les élections de novembre 2011 et l’écrasante victoire de son ennemi juré, le PJD. On le donnait fini après le départ de son fondateur, Fouad Ali El Himma, devenu conseiller au Cabinet royal, et l’éviction d’un large pan de ses notables. Le PAM accuse certes le coup, mais il est toujours là. Plus récemment, autant était forte sa mobilisation lors des premières élections partielles à Tanger et Marrakech, autant était pâle sa prestation lors des dernières partielles du 28 février dernier. Est-ce un signe de repli ? Plus encore, le PAM (47 sièges à la première Chambre sur 395 et 59 à la deuxième sur 270) est-il condamné à disparaître comme le pronostiquent certains ? Ce n’est pas seulement une question que se posent observateurs et analystes politiques, mais elle est également posée par des militants mêmes du parti. C’est une réalité et l’on ne s’en cache pas au sein de cette jeune formation qui n’a pas encore soufflé sa cinquième bougie. «Il y a effectivement une minorité qui estime que la mission du PAM est terminée. Cependant, la majorité des militants croient encore en le projet démocratique et progressiste du PAM», affirme Mustapha Merizak, membre du conseil national et secrétaire régional du parti à Meknès-Tafilalet.
En dehors du PAM, une idée commence à faire peu à peu son chemin : après la récente élection de Driss Lachgar à la tête de l’USFP, n’est-il pas temps pour le PAM de se retirer pour, sinon appuyer et renforcer le parti socialiste, du moins lui laisser le terrain pour contenir la déferlante islamiste ? Après tout, arguent les promoteurs de cette thèse, personne ne pourra mettre en doute la légitimité historique et populaire de l’USFP. Ce que l’on se délecte, par contre, à faire quand il s’agit du PAM. Le chef du gouvernement et patron du PJD, lui-même, ne s’en prive pas, d’ailleurs, chaque fois que l’occasion se présente.

Un premier virage politique

Ainsi, le PAM aura le mérite non seulement d’avoir existé, mais surtout d’avoir véritablement chamboulé le paysage politique. Il faut dire en ce sens que le PAM a plutôt réussi dans cette mission,  précise le professeur de sciences politiques à l’Université Hassan II de Mohammédia, Tarik Tlaty. En fait, explique ce politologue, le PAM a réussi plutôt deux missions.
La première mission a été de redonner vie au paysage politique alors moribond. «A l’époque quand le parti a été créé, en 2008, la classe politique connaissait une stagnation sans précédent et le pays risquait de plonger dans une situation de non-politique», affirme ce politologue. L’aversion et l’animosité que la venue du PAM «a fait naître chez pratiquement tout ce que compte la classe politique comme partis, particulièrement le PJD, l’USFP, l’Istiqlal et le PPS, a donné lieu à une certaine dynamique», poursuit-il. De même, la transhumance, un fléau majeur qui rongeait notre classe politique, n’a jamais été autant décriée que pendant les premiers mois de la constitution du PAM. Elle a fini, comme tout le monde le sait, par être abolie par la Constitution.

La deuxième mission à laquelle s’est attelé le PAM, poursuit la même source, est qu’il «a pu absorber, indirectement, le mécontentement de la rue pendant ce qui a été communément désigné comme printemps démocratique». Explication : le PAM qui venait de remporter les élections communales avait, à l’époque, tous les moyens et toutes les chances de se hisser au rang de premier parti. Mais au lieu de ça, il a préféré faire le dos rond en se diluant dans le G8. En d’autres termes, le mouvement contestataire a voulu évincer le PAM, ce dernier a préféré se retirer du devant de la scène politique. Une victoire donc pour ses détracteurs. «C’est une stratégie qui a permis le maintien des équilibres politiques et donc la continuité du fonctionnement de l’Etat. Le PJD a fini par gagner les élections et former un gouvernement. Le Maroc est sorti de la zone de turbulences sain et sauf».
Cela veut-il dire qu’aujourd’hui cette «mission» étant accomplie, le PAM n’a plus de raison d’exister ? Plus de la même manière, en tout cas. «Une opinion largement partagée au sein du parti veut que le PAM n’appartient plus aux “fondateurs”. Certains pensent même qu’il n’a jamais appartenu à ses fondateurs, malgré la place éminente et historique qui y était la leur», affirme le membre du conseil national, Mustapha Merizak.

Nouvelles élites, nouveau discours

Aujourd’hui, le PAM est en train de se construire. Il est en train d’achever la mise en place de ses structures régionales en tenant l’un après l’autre ses congrès régionaux. De même qu’il vient de se doter d’une organisation de femmes, d’une autre de jeunes et d’une troisième des étudiants. Un forum des ingénieurs du PAM vient d’être créé et un autre des professeurs universitaires vient à peine de voir le jour. «Il rassemble 250 professeurs universitaires, toutes disciplines confondues. Ce qui n’est pas peu pour un parti qu’on dit sur le déclin», affirme une source du PAM.
En définitive, «le parti est présent dans plusieurs régions et a réussi son ancrage que ce soit sur le terrain, dans les universités, chez le jeunes, chez les femmes… Bref, dans toute la société et surtout dans le Maroc profond, le Maroc enclavé et délaissé par les politiques», affirme Mustapha Merizak. C’est une prouesse que certains partis n’ont pu réaliser en plusieurs décennies d’existence.
Le PAM ne s’est pas contenté d’être présent un peu partout. Il est allé encore plus loin et n’a pas hésité à se délester de ses notables et élites à la réputation pour le moins douteuse. Ces élites, soit dit en passant, sont allées faire le bonheur de certaines formations des plus sérieuses, ne manque-t-on pas de signaler au sein du parti. Désormais, explique Mustapha Merizak, «ceux qui veulent faire la politique politicienne ou ceux pour qui le PAM n’est autre qu’un outil pour servir un agenda, que ce soit de l’Etat ou autre, ont tort. Ils n’ont plus leur place parmi nous». C’est grâce à ce nouveau discours qu’il commence peu à peu à trouver grâce notamment auprès des différentes composantes de l’échiquier politique. Car, pour reprendre les propos de l’un des idéologues du PJD, en l’occurrence Abdelali Hamieddine, «aujourd’hui, avec le “printemps arabe”, nul ne peut contester le droit des gens à créer leur parti. Mais, en contrepartie, il y a un véritable besoin moral et politique de voir le PAM entreprendre et mener son autocritique, puis se débarrasser de quelques individus qui ont marqué sa jeune existence par leurs méthodes peu recommandables». Le membre du secrétariat général du PJD estime que «ce n’est qu’en procédant à cela, et uniquement après, que cette formation pourra se libérer du complexe qui l’accompagne depuis sa naissance et qui continuera de la tarauder tant qu’elle n’effectue pas cette rupture entre les conditions de sa création et celles imposées par le “printemps démocratique” et le nouveau contexte qu’il a induit».

Le PAM sera prêt pour 2016

L’Istiqlal a, lui aussi, revu quelques-unes de ses idées sur le PAM. «Il n’aura plus rien à redire, affirmait récemment Abdallah Bakkali, député et membre du comité exécutif de l’Istiqlal, une fois que ce parti sera maître de ses décisions et fera preuve d’autonomie». Or, observe le politologue Tarik Tlaty, «le PAM vient d’opérer, à l’occasion de son dernier congrès extraordinaire de février 2012, un changement radical au niveau de la direction et du bureau politique. La cartographie humaine des instances du parti a subi un grand bouleversement. C’est un signe d’une nouvelle orientation. Le PAM est beaucoup plus présent sur la scène politique et sociale et son discours est devenu plus persuasif». C’est que l’ancienne composition n’a pas pu, estime-t-il, produire un discours politique convaincant avec lequel le parti pourrait faire face au PJD. De même, ajoute-t-il, «actuellement, certaines personnes jugées non aptes à accompagner son projet sont parties. D’autres personnes au discours plus crédible ont pris leur place».
En somme, le parti a réorganisé ses rangs de manière «à mieux coller à la réalité marocaine de l’après-adoption de la nouvelle Constitution». Ses militants n’hésitent pas à le crier haut et fort. «Nous nous accrochons à notre projet de société démocratique et progressiste. Nous ne nous laisserons pas faire, nous nous accrocherons au PAM. Ses militants ont tous un passé, souvent lourd et riche, ils ne renonceront pas à leur avenir et à celui de leur parti. De même qu’ils ne se diront jamais que la mission du PAM est finie. Ceux qui pensent ainsi n’ont qu’à s’en aller. Le PAM aura un grand avenir et surtout une présence effective et efficace dans la société et son projet démocratique et progressiste a de plus en plus d’échos», assure Mustapha Merizak.
Dans ce même ordre d’idées, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, «le PAM s’est inscrit récemment dans une tendance haussière», note le politologue Tarik Tlaty. Aussi, prédit-il, la formation sera prête pour les prochaines étapes, à commencer par les élections communales et, plus tard, les législatives de 2016.

L’avenir sera fait de démocratie sociale

Le PAM sera donc incontournable dans les quelques années à venir. Et ce, pour la simple raison, assure ce dirigeant du parti, que «l’avenir du Maroc est dans la démocratie sociale. Le PJD et les partis de tendance islamiste n’ont pas d’avenir. Ils vont droit à l’échec parce qu’ils vont dans le sens contraire de l’Histoire». Ce qui fait dire à Mustapha Merizak que «le gouvernement de 2016 ne pourra être formé sans le PAM. Nous allons gouverner avec les forces progressistes et démocratiques, l’USFP principalement et les autres petits partis progressistes de la gauche, voire avec l’Istiqlal». En ce sens, note Tarik Tlaty, «le PAM est condamné à former un pôle d’opposition principalement avec l’USFP et accessoirement avec le RNI pour pouvoir, d’abord faire face au PJD, et ensuite percer aux élections de 2016». Avec l’USFP, une tentative de rapprochement est déjà esquissée dans le cadre de la «charte de l’opposition» signée par les groupes des partis de l’opposition à la deuxième Chambre. Mais l’initiative est loin de faire l’unanimité au sein du parti socialiste. Pour le moment. Ce qui est sûr c’est que, estime la même source, «sans cette alliance avec le PAM, l’USFP risque une nouvelle dégringolade pour ne devenir qu’un petit parti à l’image du PPS et des autres formations de la gauche. Les deux vont donc de pair». De même, le PAM à lui seul ne peut pas faire le poids devant les islamistes du PJD et les autres forces conservatrices. Une chose est sûre, insiste ce cadre du parti, «le PAM appartient désormais à ses militants qui sont porteurs d’un projet de démocratie sociale. Ils sont prêts à défendre ce projet, corps et âme, que ce soit au sein du parti, dans les syndicats ou au sein de la société civile. On mènera le combat jusqu’au bout». Ce n’est donc pas fini.