Le MUR, en sourdine : le temps d’un congrès ou d’un mandat exécutif ?

L’écart se creuse entre le parti et le mouvement, mais dans le discours seulement. Des membres du nouveau secrétariat général et du conseil national du PJD siègent dans le bureau exécutif du MUR.

Difficile, sinon impossible, de dissocier le PJD de sa matrice, le Mouvement unicité et réforme(MUR). Il suffit de suivre la trajectoire de ce parti pour s’en apercevoir. Historiquement, ce sont les dirigeants du MUR, une organisation dont les racines remontent à la création de la Jeunesse islamique en 1969, qui ont donné corps au projet de parti politique en s’associant, en 1996, au MPDC (Mouvement populaire démocratique et constitutionnel) de feu Abdelkrim El Khatib. Depuis, le parti et le mouvement sont restés indissociables. Certes, le parti a tenu à prendre ses distances avec son géniteur pour se conformer à la loi (qui interdit les partis religieux). Mais aujourd’hui et plus que jamais, ils restent fortement liés.

C’est, sans doute, pour cette raison que dans la couverture officielle que le parti a réservé à son congrès, dans les déclarations de ses responsables et ses invités, il n’y a aucune mention du mouvement. Et ce, contrairement à ses précédents congrès où le MUR a régulièrement et sciemment été mis en avant. Pourtant il est là, bien ancré dans le parti. La preuve, Abdellah Baha, premier secrétaire général adjoint, Mohamed Yatime et Mustapha El Khalfi, membres du secrétariat général et les membres du conseil national Aous Rimal, Mohamed Boulouz, sont tous membres du bureau exécutif du MUR. Abdelilah Benkirane lui-même ne cache pas son appartenance au mouvement. Il affirme même lui verser une cotisation mensuelle de 3 000 DH. De même qu’une bonne partie de ceux qui ont participé au congrès fait également partie du MUR.

Il n’empêche que le parti a voulu jouer pleinement et uniquement la carte politique. Nulle trace de l’habituel discours moralisateur dans l’allocution d’ouverture des travaux du congrès prononcée par Benkirane. C’est vraisemblablement une autre tactique du parti, mettre en place une nette séparation entre l’activité de la prédication et l’action politique. Les deux entités vont plus loin dans cette logique : certaines positions du gouvernement sont contestées par le MUR, c’est le cas entre autres de la gestion du dossier des cahiers des charges de l’audiovisuel. Jusque-là, ce ne sont que des critiques et le parti qui ne peut pas prendre le risque d’une rupture avec le MUR qui joue le rôle de réservoir de cadres se voit obliger de concilier les positions. Préserver ses relations avec le MUR tout en étant obligé de tenir un discours, parfois, opposé aux recommandations et aux positions du mouvement. Ses engagements au gouvernement, dans le cadre de la charte gouvernementale, le contraignent à de telles acrobaties.