Le meilleur moyen d’expliquer le Coran est de recourir à  nos méthodes d’êtres humains

La nécessité d’une nouvelle exégèse du Coran me paraît être une évidence. Aujourd’hui, plusieurs changements sont intervenus dans nos sociétés et dans le monde. De nouveaux problèmes se posent chaque jour à nous.
Certaines personnes se posent la question de savoir comment on peut soumettre le Coran, qui est une parole divine, à des méthodes d’analyse humaines ? Mais y a-t-il vraiment des méthodes divines pour comprendre la parole de Dieu ? Le texte coranique s’adresse aux êtres humains et il le fait dans la langue de ces êtres humains, dans l’objectif d’être compris d’eux.
Donc, le meilleur moyen pour expliquer le Coran et pour le comprendre est de recourir à nos méthodes d’«êtres humains». Nous ne sommes pas obligés d’être des dieux pour comprendre ce que veulent dire les dieux.
Ce qu’il faut savoir, c’est que toutes les lectures religieuses du Coran se sont fondées sur la connaissance de la langue. Ce qui veut dire que ces lectures se sont également inspirées des récits marwiyate, des ma’athourate et bien sûr des anciennes lectures.
Chez les Anciens, pour expliquer le Coran, il fallait être un bon connaisseur de la langue. Aujourd’hui, il faut maîtriser la linguistique parce que la parole divine se matérialise dans la langue.
Cela ne risque-t-il pas de désacraliser le Coran ? C’est là une perception erronée que se font les gens du Coran et qu’on peut imputer à la faiblesse de l’enseignement et à l’état de stagnation culturelle qu’ont connues nos sociétés des siècles durant. Tout cela fait que les gens pensent que le texte coranique ne peut être traité comme l’ont été les différents textes écrits dans la même langue.
Toute religion a eu ses miracles. Pour l’Islam, le miracle était le fait que Dieu s’est adressé aux humains dans leur langue, et en l’occurrence la langue arabe. De ce fait, il y a eu fusion entre le divin et l’humain. Donc, on ne peut comprendre le divin si l’on ne passe pas par l’humain.
Les nouvelles relectures du Coran ne risquent-elles pas de rester l’apanage des intellectuels ? Le véritable problème se situe plutôt dans l’absence de médias capables de jouer le rôle d’intermédiaire entre les intellectuels et la masse.
Dans nos sociétés, les médias, qui doivent rendre la production intellectuelle accessible à chacun, boudent tout ce qui est culturel au profit du commercial. En outre, nos institutions éducatives répriment toute tentative de renouvellement, que ce soit au niveau de la pensée ou au niveau de la méthode

Nasr Hamed Abou Zaïd
Chercheur à l’Université de Leiden (Pays-Bas) «Chez les Anciens, pour expliquer le Coran, il fallait être un bon connaisseur de la langue. Aujourd’hui, il faut maîtriser la linguistique parce que la parole divine se matérialise dans la langue.»