Le Maroc et l’Otan, un partenariat de près de 30 ans

C’est un partenariat d’environ trois décennies. Cette année, des observateurs de l’alliance participent pour la première fois à l’African Lion.

Les alliés de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) ont tenu, à Madrid, leur 32e sommet. Les travaux de la réunion ont été axés sur la situation en Ukraine et la nouvelle stratégie de défense pour faire face aux nouveaux défis en matière de sécurité. Le principal objectif du sommet est l’adoption d’un nouveau concept stratégique destiné à guider la transformation de l’Otan au cours de la prochaine décennie. L’organisation va ainsi renforcer sa présence en Europe de l’Est et ses membres se sont engagés à consacrer au moins 2% de leur PIB à la défense. Un nouveau concept stratégique a donc été adopté par les membres de l’alliance. Un concept dans lequel il est clair que la Russie représente aujourd’hui la menace la plus dangereuse et la plus directe, et que les politiques de la Chine mettent également en cause ses intérêts et sa sécurité. En quoi tout cela concerne-t-il le Maroc ? En plus de tenir ce sommet décisif, qui connut l’annonce de l’élargissement de l’alliance à deux nouveaux membres, tout près de chez nous, dans la capitale espagnole, le Maroc est directement concerné. D’abord parce que le président du gouvernement du pays hôte a dû jongler pour concilier les pressions internes dans son pays pour faire des deux présides, Sebta et Melilia, les frontières Sud de l’Otan et les engagements de son pays dans la nouvelle feuille de route des relations avec le Maroc. La déclaration finale du Sommet renvoie indirectement à cette question. «L’instabilité observée au-delà de nos frontières favorise aussi la migration irrégulière et la traite des êtres humains. Dans ce contexte, nous avons pris une série de décisions», déclarent les membres de l’alliance tout en précisant, plus loin : «Nous allons aussi aider davantage nos partenaires du Sud à renforcer leurs capacités». C’est pour dire qu’aujourd’hui, quand l’Espagne insiste beaucoup sur les frontières Sud, ou les relations avec les partenaires du Sud, de l’Otan, c’est parce que le Maroc fait partie de ses préoccupations majeures et de celle de l’alliance. Ensuite, le Royaume est directement concerné en tant qu’allié majeur de l’organisation. Le Maroc fait partie d’une vingtaine de pays partenaires du programme de renforcement de l’enseignement de la défense (Defence Education Enhancement Programme, DEEP), initié par cette alliance politico-militaire née au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Plus encore, le Royaume est décrit par l’Otan comme un «partenaire stratégique clé» et apprécié comme une «force motrice, un moteur et un interlocuteur privilégié» du Dialogue méditerranéen. Il s’agit, rappelons-le, d’un forum établi par les alliés pour promouvoir les bonnes relations et contribuer à apporter la sécurité et la stabilité au Sahel et en Afrique du Nord.

A ce titre, et pour d’autres raisons, le Royaume est concerné par le nouvel agenda de l’Otan, tout comme ce dernier accorde une place importante dans le sien au Royaume, et ce depuis 1995. L’alliance ne s’en cache pas, elle voit en le Maroc un pays doté de vastes ressources stratégiques. Les relations entre les deux parties sont continuellement enrichies et renforcées. Elles s’appuient sur des consultations permanentes, en particulier entre le Comité militaire allié et les Forces armées royales. C’est pour cela que Rabat dispose, d’ailleurs, d’une importante équipe de représentation permanente au siège des alliés à Bruxelles. Tous les deux ans, les deux renouvellent les termes de leur partenariat bilatéral. Un partenariat dont les objectifs d’intérêt commun bien définis sont énoncés dans le «Programme individuel de partenariat et de coopération». Signe des avancées qu’a connues ce partenariat au fil des dernières années, des observateurs militaires de l’Otan participent pour la première fois à l’édition de cette année de l’African Lion, le plus large exercice militaire en Afrique. Auparavant, le Maroc a participé à plusieurs exercices organisés par l’Alliance, notamment dans la Méditerranée. Par ailleurs, la politique du Maroc cadre parfaitement avec la nouvelle doctrine de l’Otan. L’approche à 360 degrés définit d’ailleurs les trois tâches fondamentales de l’Otan : la dissuasion et la défense, la prévention et la gestion des crises, et la sécurité coopérative. Le rôle de l’Otan dans la lutte contre le terrorisme fait aussi partie intégrante de cette approche. De même que les alliés ont décidé de renforcer leur sécurité énergétique. C’est une décision qui risque d’avoir des répercussions majeures sur le partenariat avec le Maroc et plus globalement avec les pays de l’Afrique de l’Ouest. Beaucoup de pays membres ont pour ainsi dire subi de plein fouet les conséquences de l’utilisation du gaz en tant qu’arme politique dans les relations entre les États.

Cela dit, le changement climatique est également l’un des plus grands défis auxquels l’alliance fait face. C’est aussi une préoccupation majeure dans nos politiques publiques et dans nos rapports avec nos partenaires africains et du monde entier. Le changement climatique, estiment les membres de l’Otan, a de lourdes conséquences pour la sécurité des alliés. Il agit comme un multiplicateur de menaces. Un constat que le Maroc ne cesse de mettre en avant. En outre, les membres ont également décidé de mettre en œuvre un ambitieux programme «femmes, paix et sécurité». C’est un triptyque qui nous interpelle directement. Enfin, les membres s’engagent à renforcer plus qu’avant leurs partenariats, de sorte qu’ils continuent de répondre aux intérêts tant des alliés que des partenaires.