Le Forum Vérité et Justice veut poursuivre le travail de l’IER

Son IIe congrès a adopté une plate-forme à cet effet.
En tête des chantiers, les disparitions non élucidées et
la lutte contre l’impunité.

Oncroyait que le Forum Vérité et Justice (FVJ), créé en 1999 pour défendre la cause des victimes des années de plomb, n’allait pas survivre longtemps à la création de l’Instance équité et réconciliation (IER) en janvier 2004. Et pour cause, plusieurs de ses membres fondateurs et non des moindres, comme Driss Benzekri, Salah El Ouadie ou encore Khadija Rouissi l’avaient quitté pour lancer ou rejoindre les rangs de l’instance.

Pourtant, loin de tomber en désuétude, l’association, dirigée par Ahmed Sebbar, a lancé, lors de son deuxième congrès, tenu à Bouznika du 10 au 12 mars, un vaste programme destiné à combler les lacunes du travail de l’IER, résumées dans son rapport final. Dans une plate-forme présentée et validée par son IIe congrès, le FVJ souligne les domaines où il s’agit de «continuer le combat». Parmi ces chantiers: poursuivre le travail d’enquête sur les disparitions forcées non élucidés par l’IER, avec, en tête, l’affaire Ben Barka.

On connaît la polémique entre l’instance et l’USFP à propos de cette figure devenue emblématique de la disparition forcée. Dans une lettre publiée par l’hebdomadaire Assahifa du 6 mars dernier, Abdelaziz Bennani, ex-membre de l’IER, avait vivement critiqué l’absence de fermeté de Driss Benzekri, et le fait qu’il n’ait pas approfondi l’enquête sur certains cas de disparitions pour des raisons politiques. La question des disparus, avait-il écrit, «reste d’actualité puisque la vérité sur la disparition d’un grand nombre d’opposants n’a toujours pas été dévoilée (…) Sans collaboration des services de sécurité, aucune instance ne peut établir la vérité et permettre de tourner la page des années de plomb». Et sur l’affaire Ben Barka, plus précisément, l’ex-président de l’OMDH, dans cette lettre, considère que le rapport final «a été mitigé. Même s’il apporte des éléments considérables sur la responsabilité des autorités marocaines, la mouture finale estime que l’Etat marocain n’est qu’une des parties prenantes dans cette affaire, dans la mesure où un de ses services a été mis en cause».

L’autre chantier sur lequel le FVJ veut se pencher est celui des réformes institutionnelles. Enfin, l’un des chantiers les plus urgents, sans lequel la page des années de plomb ne sera pas tournée, selon les congressistes, est celui de la lutte contre l’impunité. Le communiqué final du congrès précise quelques priorités : fixer avant tout les responsabilités individuelles, donner droit aux victimes de poursuivre leurs bourreaux devant la justice, écarter des fonctions qu’ils occupent tous ceux qui ont [effectivement] trempé dans les exactions commises durant ces années noires… Vaste et ambitieux programme auquel doit s’atteler le prochain bureau exécutif. L’élection de ce dernier et du futur président du Forum (Ahmed Sebbar est fortement pressenti pour se succéder à lui-même) est prévue le 26 mars courant.