Le 8-7-4-4-4-2 de Abbas El Fassi

29 postes ministériels sont prévus.
8 ministères apolitiques ou de souveraineté et
7 pour l’Istiqlal.
USFP, MP et RNI sur un pied d’égalité.
Justice : la patate chaude dont personne ne veut.

Le Maroc aura-t-il un nouveau gouvernement pour la rentrée parlementaire, vendredi 12 octobre ? Plus que probable, quasi sûr en fait. Selon les informations recueillies auprès de différents partis, sa composition sera officiellement dévoilée au début de la deuxième semaine d’octobre. En décidant finalement de participer au gouvernement, l’USFP aura facilité la tâche à  Abbas El Fassi, Premier ministre désigné, qui aura évité de reprendre de nouvelles négociations en se tournant vers l’UC ou le PJD. Le Premier ministre a mis les bouchées doubles, début octobre, pour que la liste des ministrables soit remise au Souverain dès ce vendredi 5. Déjà , mercredi 3 octobre dans la soirée, des propositions concrètes étaient attendues aussi bien en ce qui concerne la structure du futur gouvernement que la nature des portefeuilles attribués aux partis. A l’heure o๠nous mettions sous presse, mercredi à  midi, la composition du gouvernement s’acheminait vers une équipe de 29 membres, illustrée par le nombre 874 442 : soit, pour les deux premiers chiffres, huit ministères apolitiques ou de souveraineté et sept pour le Parti de l’Istiqlal, Premier ministre compris. Quatre portefeuilles ainsi que la présidence de la Chambre des représentants étaient promis au Mouvement populaire, autant au Rassemblement national des indépendants déjà  détenteur de la présidence de la deuxième Chambre, et enfin quatre autres pour l’USFP, le PPS en obtenant un à  deux, dont l’un devrait prendre la forme d’un secrétariat d’Etat.

Vers des super ministères pour l’habitat, les infrastructures et le social
Ainsi, le gouvernement El Fassi semble bien placé pour tenir sa promesse de rationaliser l’équipe gouvernementale en ramenant le nombre de portefeuilles ministériels à  moins de trente, soit huit de moins qu’en 2002 ; et si, à  l’heure o๠nous mettions sous presse, la structure du gouvernement faisait toujours l’objet de discussions – certains craignant des regroupements non fonctionnels, d’autres insistant sur la nécessité de cohérence au niveau du fonctionnement -, les grandes lignes de son organigramme ne devaient pas connaà®tre de changements majeurs.
Caractérisé davantage par une série de réaménagements que de véritables mutations structurelles, le nouveau gouvernement devrait voir, entre autres, le partage du ministère de l’aménagement du territoire, de l’eau et de l’environnement entre les actuels portefeuilles de l’équipement et du transport et celui du logement et de l’urbanisme. Une redistribution des tâches qui devrait donner naissance à  un pôle équipement, eau et transport, destiné, entre autres, à  faciliter la lutte contre les problèmes d’approvisionnement en eau à  moyen terme en incluant cette donne dans la politique de grands travaux du pays.

Le second pôle, issu de la division du ministère de Mohamed El Yazghi, devrait, pour sa part, regrouper l’habitat, l’aménagement du territoire et l’environnement, se caractérisant par un rôle nettement plus «transversal » que celui du ministère actuellement détenu par Taoufik Hejira (PI).

Autre grande nouveauté du gouvernement à  venir : la mise en place d’un pôle social marquant le passage entre des mains partisanes de deux ministères apolitiques : le ministère du développement social, de la famille et de la solidarité ainsi que celui de la santé, que l’on propose, du côté de l’Istiqlal, de regrouper sous la forme d’un ministère général du social et de la santé, soutenu par un secrétariat d’Etat à  la santé. Une répartition des tâches plutôt critiquée. «On ne voit pas un ministère de la santé réduit à  un secrétariat d’Etat alors que les attentes sanitaires de la population sont énormes», explique-t-on du côté du Mouvement populaire o๠l’espoir demeure de voir la santé faire l’objet d’un ministère à  part entière.

L’Education nationale ira-t-elle au PPS ?
D’autres changements de moindre importance devraient également toucher certains portefeuilles. Ainsi, un regroupement est pressenti du côté des ministères du commerce tandis que les dossiers de l’agriculture, de la pêche et du développement rural devraient très probablement être séparés, une mesure plutôt critiquée dans le cas du dernier que certains verraient bien dépendre de la Primature, ou tout au moins du ministère de l’agriculture.

Enfin, certains ministères ne devraient pas connaà®tre de mutations majeures. Ainsi, si l’économie et les finances feraient comme auparavant l’objet de ministères séparés, l’artisanat devrait continuer de dépendre du tourisme. Quant au ministère de la communication, selon son ministre actuel, Nabil Benabdallah, il devrait conserver sa forme actuelle, gardant également la fonction de porte-parole du gouvernement.

Ainsi, après le passage en 2002 des trois portefeuilles de la justice, de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur entre des mains partisanes, la proportion de ministères apolitiques devrait se réduire davantage avec la mise en place du pôle «socio-médical». Leur nombre dans le nouveau gouvernement devrait ainsi s’établir entre 7 et 8 (contre 9, dans le gouvernement Jettou II), dont les traditionnels portefeuilles des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de la Défense, le Secrétariat général du gouvernement ou encore les Affaires islamiques. Il faudra très probablement ajouter à  cette liste la Justice. En effet, le portefeuille semble avoir du mal à  trouver preneur auprès des partis politiques aujourd’hui. Pour le moment, du côté de l’Istiqlal, l’on souligne que le portefeuille sera remis au profil, partisan ou pas, jugé capable de mener un défi majeur en lançant le chantier de la réforme de la justice.

Au-delà  de la répartition des portefeuilles, prélude indispensable au partage des ministères entre les partis de la coalition, la plupart des partis se refusaient encore, à  l’heure o๠nous mettions sous presse, à  indiquer les portefeuilles visés. Toutefois, plusieurs indices présageaient déjà  des négociations à  venir sur ce sujet. Ainsi, au-delà  du portefeuille des Finances visé aussi bien par le PI que par le RNI, le développement des ministères du transport, de l’habitat et du social semble indiquer que le parti de Abbas El Fassi cherche à  capitaliser sur les portefeuilles o๠ses ministres sortants se sont caractérisés par des performances très positives. L’on remarquera au passage que le ministère des affaires générales est assez souvent cité, Nizar Baraka, membre du comité exécutif du parti, étant pressenti pour en prendre la tête.

Du côté du MP, si l’on insiste sur le fait que le parti n’a pas encore pris position pour un portefeuille donné, certaines sources indiquent qu’il pencherait en faveur de l’équipement et du transport, l’agriculture, l’énergie et les mines, voire la pêche.

Oualalou ne rempile pas. Est-ce pour aller à  Bank Al Maghrib ?
Le RNI, lui, qui a confié à  Mustapha Mansouri le soin de négocier en son nom, ne semble pas avoir pris position pour une liste précise. «Nous attendons des propositions pour pouvoir présenter les profils nécessaires», indique le nouveau président du parti de la colombe, qui privilégie toutefois un mode de sélection des portefeuilles permettant une diversification des ministères gérés par les différents partis. Ainsi, selon Abdelhadi Alami, membre de son bureau politique, le RNI penche pour la mise en place de plusieurs «paniers de portefeuilles» classés par ordre d’importance et dans lesquels les partis iraient piocher selon les profils de leurs cadres. Mais en attendant, il ne serait pas étonnant de voir le parti réclamer un portefeuille supplémentaire, de manière à  compenser le fait qu’il n’ait pas obtenu de bonus en plus de ses quatre ministres, à  l’instar du MP, qui s’est vu promettre la présidence de la première Chambre.

Quant à  l’USFP, qui, depuis son Conseil national, s’est fait particulièrement discret, il ne serait plus intéressé par le ministère des finances. Il faut reconnaà®tre que non seulement la cinquième position du parti ne lui permet plus d’imposer l’un des siens à  un poste aussi convoité, mais aussi que le premier cadre concerné par un retour aux affaires, le ministre sortant Fathallah Oualalou, est donné partant pour la Banque du Maroc, o๠ce dernier devrait remplacer Abdellatif Jouahri. Une situation qui n’aurait pas empêché le parti de proposer la création d’un ministère de la régionalisation et de l’action communale.

Quant au PPS, par la voix de son ministre de la communication, il réclame trois portefeuilles et cherche à  compenser son manque de poids face aux autres membres de la coalition gouvernementale en se disant prêt à  fournir des ministres pour 10 postes différents : «Nous disposons d’un spectre de compétences assez large. C’est une manière de dire que nous pouvons être utiles à  différents niveaux. Le jour o๠on nous dira quels sont les ministères qui pourront nous être attribués, nous désigneront les profils adéquats», explique Nabil Benabdallah, ministre PPS de la communication. Ces derniers incluent notamment l’éducation nationale, la culture, la communication, l’emploi, le développement social, la modernisation des secteurs publics, la santé ou encore la jeunesse et les sports, autant de domaines dans lesquels même les candidats malheureux aux élections pourront bénéficier d’un poste grâce à  une décision du bureau politique dans ce sens, et qui devrait permettre à  7 ou 8 de ses membres de garder l’espoir de participer au gouvernement.

Toutefois, le PPS n’est pas le seul à  réclamer plus de postes. Le RNI tout comme le MP, en réponse à  la suggestion de Abbas El Fassi de leur offrir quatre portefeuilles chacun, ont déclaré vouloir au moins cinq postes. En coulisse, cependant, on affirme que ce sera plutôt quatre, pour éviter l’inflation de ministères et l’unanimité s’est faite sur un point : si l’un ou l’autre des partis (USFP, RNI, MP) dispose de plus de 4 postes, les autres en demanderont autant. Autrement dit, une neutralisation par la concurrence. Vivement les noms.