«La réussite de la refonte du système de santé dépend de l’implication des secteurs public et privé»

Khalid Ait Taleb, Ministre de la Santé et de la Protection sociale

Durant ces deux dernières années, le secteur de la santé a été marqué par des changements importants, grâce aux décisions et aux actions mises en place à travers le programme gouvernemental 2021-2026, le Nouveau modèle de développement ainsi que la loi cadre 09.21 relative à la protection sociale qui a initié le projet de loi relative à la refonte du système de la santé nationale. Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé, livre un état des lieux du secteur et fait le point sur les chantiers et projets en cours.

• Quels sont les principaux axes du projet de refonte du système de santé qui a été lancé ?
Le projet de cette refonte a été présenté devant SM le Roi au cours du conseil ministériel tenu le 13 juillet 2022. La loi-cadre 06.22 s’articule autour de la bonne gouvernance, la revalorisation des ressources humaines, la réhabilitation de l’offre sanitaire et la création d’un système informatique intégré pour une optimisation des ressources et des données liées à la santé.
Dans ce sens, le renforcement de la sécurité sanitaire est mis au premier plan avec le renforcement des missions du Centre national des opérations d’urgences de santé publique (CNOUSP), des Centres régionaux des opérations d’urgences de santé publique (CROUSP) et des Equipes d’interventions rapides; la signature des conventions pour les partenariats avec les universités, le développement du réseau des laboratoires spécialisés au niveau national et régional et du système de veille sanitaire.

• Cette réforme permettra-t-elle un réaménagement de l’offre de soins avec la mise en place d’une carte sanitaire ?
Sur le volet de la réhabilitation des établissements de santé, on peut dire qu’il y a une grande avancée au cours des deux dernières années à travers la mise en service de 49 nouveaux établissements de soins de santé primaires et du programme d’équité spatiale et sociale au niveau rural avec la construction de 295 établissements de soins de santé primaire dont 211 sont en cours de construction, la réhabilitation et/ou l’extension de 500 établissements dont 332 en cours de réhabilitation et l’acquisition de 681 unités mobiles dont 102 sont en cours d’acquisition.
Ainsi, cette réhabilitation qui touche aussi les centres hospitaliers régionaux et provinciaux a permis un taux d’exploitation de 90% des nouvelles structures hospitalières avec une capacité de 1350 lits. En parallèle, le ministère a signé des conventions de partenariats avec les Centres hospitaliers universitaires visant à élaborer un plan d’action pour la réhabilitation des infrastructures des CHU et le développement de ses équipements pour une enveloppe budgétaire de 1,7 MMDH.
Dans le même cadre, des projets hospitaliers verront le jour avant la fin de cette année, avec une capacité de 1066 lits. Il s’agit du CHU de Tanger, du nouveau Centre hospitalier provincial d’El Hoceima, et de l’hôpital de proximité d’Ait Ourir.

• L’offre sanitaire implique aussi l’accès aux médicaments. Couvre-t-on les besoins actuellement ?
Dans le but d’assurer la couverture des besoins en matière de médicaments à l’échelle nationale, 70% des besoins du marché local ont été assurés par l’industrie marocaine, avec une hausse de 40% de l’utilisation des médicaments génériques. Aussi, afin d’atteindre une certaine souveraineté pharmaceutique, une série de mesures ont-elles été prises. Il s’agit de la constitution du stock stratégique national des médicaments et produits de santé, la révision du décret relatif au prix de vente des médicaments génériques ou importés qui date de 2013. A cela s’ajoute l’élaboration d’une nouvelle politique pharmaceutique 2022 – 2026. Par ailleurs et pour élargir l’accès aux soins, le ministère s’investit dans le renforcement des programmes de santé et de lutte contre les maladies, relatifs à la santé de la mère et de l’enfant, à la prise en charge des catégories sociales à besoins spécifiques, à la prise en charge des maladies chroniques, la continuité du contrôle des maladies transmissibles.

• Quid des ressources humaines ?
En 2022, les ressources humaines ont été renforcées par la création de 5 500 nouveaux postes dont 1 425 cadres médicaux, 2 984 infirmiers, et 1 091 cadres administratifs et techniques. Environ 19 000 fonctionnaires sont montés en grade. Toujours dans le cadre de la valorisation des ressources humaines, une convention cadre a été signée avec les ministères de l’Economie et des Finances et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de l’Innovation dans l’objectif d’augmenter l’effectif du secteur de la santé à l’horizon 2030. Le dialogue social avec les différents partenaires sociaux fait partie de cette valorisation par le biais de la signature d’une convention entre le gouvernement et les syndicats représentant le secteur de la santé et de la protection sociale le 24 février 2022. Cette convention vise l’amélioration de la situation des professionnels de la santé, en plus d’une augmentation de 53% du nombre d’étudiants dans les Instituts Supérieur des professions infirmières et techniques de santé par rapport à l’année 2019.

• Pour l’amélioration du système de santé, votre département a aussi lancé le chantier de la digitalisation…
Concernant le volet de la digitalisation du système de santé, les hôpitaux publics de 9 régions bénéficient aujourd’hui du développement et de la mise en place du système informatique hospitalier intégré, tandis que les 3 régions restantes en sont à 85% dans l’avancement de ce projet.

• En parallèle, le département prépare aussi la mise en place de la protection sociale. Comment cela se passe-t-il ?
Afin d’accompagner la généralisation de la protection sociale dans notre pays le ministère de la Santé et de la Protection sociale poursuivra le chantier lié à la refonte du système de santé. Cela rentre dans le cadre des quatre piliers de la refonte qui sont les suivants: L’instauration d’une bonne gouvernance par la création des autorités de gestion et de gouvernance, à savoir la Haute autorité de la santé, les groupements sanitaires territoriaux, l’Agence nationale des médicaments et des produits de santé, l’Agence nationale du sang et ses dérivés. Le deuxième pilier est la valorisation des ressources humaines sur deux volets, notamment l’adoption d’un système salarial basé sur les travaux professionnels réalisés, l’intégration d’une complémentarité entre les pratiques au secteur public et au secteur privé, l’ouverture sur les compétences étrangères et la motivation des compétences marocaines résidant à l’étranger à venir exercer dans le pays. On retiendra aussi la réforme du système de formation pour la mise à disposition de ressources humaines qualifiées en réponse à la demande accentuée relative aux services de santé, la mise à niveau de l’offre sanitaire. Cette dernière va passer par la réforme des établissements de soins de santé primaires, la réhabilitation des hôpitaux, l’obligation du respect du processus de soins, en plus de l’adoption d’un système de labellisation et de contrôle des établissements de santé. Le dernier pilier est la digitalisation à travers la diffusion d’un système d’information hospitalier intégré dans toutes les régions du Royaume, la mise en place du système informatique des établissements de soins de santé primaire, l’opérationnalisation du dossier médical commun, la poursuite des travaux du projet d’exploitation des plateformes reliant les systèmes informatiques et les hôpitaux du Ministère avec une base de données nationale.

• Qu’en est-il pour le secteur privé ? Quel sera son apport ?
La réussite de la refonte du système de santé national dépend de la réussite des piliers et projets précités et de l’implication des parties prenantes du secteur public et du secteur privé. Ainsi, l’intégration du secteur privé dans cette transition nationale permettra d’améliorer l’offre de soins et la gouvernance du secteur. Cette refonte vise à assurer un accès aux médicaments sûrs, de qualité, et efficaces à travers une nouvelle stratégie pharmaceutique et la création de l’Agence nationale des médicaments et produits de santé. Dans ce sens, l’encouragement de l’investissement pharmaceutique et l’amélioration du processus de sa mise en place est plus que nécessaire.
C’est l’engagement des parties concernées qui épaulera l’avancement de cette refonte et nous permettra d’instaurer un climat social favorable basé sur des conditions de travail et de rémunération améliorées pour les professionnels de la santé.