La majorité vue par ses responsables politiques

La majorité gouvernementale est-elle sortie fragilisée de l’épreuve des communales ? Faut-il changer de majorité ? Nous avons posé la question à quelques-uns de ses membres. Des points de vue légèrement divergents. Quant à Ahmed Osman, sa seule préoccupation semble être le poids du RNI à la Chambre des conseillers. Edifiant.

Abdallah Bekkali Membre du Comité exécutif de l’Istiqlal
«Vers un léger remaniement ministériel»

Je ne crois pas qu’il y aura changement de majorité gouvernementale après l’épreuve des élections communales et les péripéties de l’élection des maires des grandes villes. Ce gouvernement a, dès l’origine, été formé de composantes contradictoires, mais ça ne l’a pas empêché de gouverner depuis presque une année. La course aux mairies à laquelle se sont livrés les partis de la majorité est une compétition somme toute normale de la part de ces partis pour gagner plus de sièges et mieux se positionner sur l’échiquier politique national. Changement de majorité, non, je ne crois pas. Léger remaniement ministériel, oui, c’est fort probable.

Driss Lachgar Membre du bureau politique de l’USFP
«Toute évaluation est prématurée»

Il m’est impossible de faire une analyse sur les conséquences qu’entraîneront les dernières consultations électorales sur l’actuelle majorité gouvernementale. C’est une entreprise prématurée. Les instances de notre parti attendront la fin des échéances électorales pour évaluer la situation et pour déterminer quels effets ces élections entraîneront autant sur notre parti que sur l’évolution démocratique dans notre pays.

Ismaïl Alaoui S.G. du PPS
« La majorité se maintiendra, le pays a d’autres priorités»

Malgré les péripéties, souvent affligeantes, de l’épreuve des élections communales, je ne pense pas que la majorité gouvernementale en sortira fragilisée. Cette majorité, parce qu’elle est un succédané de l’expérience dite d’alternance consensuelle, est une continuation des choix de «compromis historique» faits par notre pays pour assurer sa transition vers un système conforme à une vie politique démocratique «normale», et ce depuis 1998.
S’il en était autrement, on pourrait affirmer qu’aucune majorité stable n’est concevable, les protagonistes les plus importants de la Koutla (PI, USFP), s’étant littéralement étripés, malgré les efforts que nous avons déployés, au PPS, pour empêcher cela, et les autres composantes de la majorité s’étant retrouvées souvent dans des camps opposés.
Partant de ce constat, le Maroc serait ingouvernable sinon d’une manière «quatrième République». Je crois que les élections locales, comme partout, peuvent n’être qu’un sous-ensemble non déterminant de la politique nationale.
Il n’y aura donc pas, à mon avis, de changement significatif de la majorité «confortable» qui soutient le Cabinet Jettou. L’enjeu national et les défis que notre pays a à affronter sont trop importants et trop graves pour qu’une crise gouvernementale puisse être acceptée actuellement.

Aïssa El Ouardighi S.G. du PSD
«Son programme devra être revu en profondeur»

Dès le départ, la coalition gouvernementale actuelle a été formée de partis aux horizons et à la nature assez éloignées, d’autant que s’y trouvent des formations qui avaient combattu avec acharnement le gouvernement d’alternance. Les rivalités qui ont mis aux prises les partis de la majorité pendant les élections communales et celle des maires des grandes villes ne manqueront pas d’avoir certaines séquelles.
Jusqu’à quel point pèseront-elles sur la marche de ce gouvernement ? A mon avis, il va falloir attendre le renouvellement du deuxième tiers de la Chambre des Conseillers, l’ouverture de la session d’automne du Parlement et la constitution des groupes parlementaires pour voir clair.
Mais d’ores et déjà, on peut dire que le programme de la majorité actuelle doit être revu en profondeur et corrigé dans un sens qui tient compte des attentes et des interrogations rappelées lors des dernières consultations locales et régionales.

Essaïd Ameskane Membre du bureau politique du MP
«Distinguer entre les partis et la majorité gouvernementale»

Tout le monde sait comment la majorité gouvernementale actuelle a été constituée. Je dirai en toute sincérité qu’il n’y a pas d’affinités entre ses différentes composantes. Mais, à mon avis, il faut distinguer entre les partis constituant cette majorité et la majorité gouvernementale elle-même. Celle-ci ne peut souffrir d’aucune fragilité. Les partis politiques se sont certes livré bataille pendant les élections dans un esprit de concurrence, ce qui est tout à fait normal. Même si l’élection des présidents de conseils de certaines grandes villes a donné lieu à des alliances incompréhensibles.
Ce qui est sûr c’est que le gouvernement en tant qu’équipe est innocent de toute implication dans ces alliances. S’il y a des retombées de ces élections sur le gouvernement, elles ne sauraient toucher la solidarité de la majorité gouvernementale.

Ahmed Osman Président du RNI
«Conforter la majorité à la Chambre des Conseillers»

Le RNI s’est classé parmi les grands gagnants des élections communales du 12 septembre confirmant ainsi ses performances lors des élections législatives du 27 septembre 2002, et confortant sa position sur l’échiquier politique national.
Nous sommes convaincus que le développement global et intégré du pays commence à l’échelon local. Cela dit, toute analyse des élections avant la fin même du processus électoral est risquée. Il faut réunir les données qui nous parviennent de tout le Royaume, les étudier et les analyser, avant de se prononcer.
L’important pour nous, maintenant, est de conforter la position de la majorité au sein de la Chambre des Conseillers. Nous avons toujours insisté pour que le Parlement soit pris en considération dans son ensemble avec ses deux Chambres.
Il faut souligner que les attentes des citoyens et des citoyennes sont de plus en plus grandes et en premier lieu celle concernant la mise en œuvre des directives royales pour une meilleure gestion de la chose publique tant au niveau national que local. Répondre à ces attentes, c’est cela le plus important.