La GSU trouve une sortie de crise

Deux déceptions électorales ont failli avoir raison de l’aventure
du grand parti de gauche.
Aujourd’hui les esprits se sont calmés et on se remet au travail
sans souci des enjeux électoraux.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la création de la GSU (Gauche socialiste unifiée) en juillet 2002. La performance du parti aux élections législatives de septembre 2002 et aux communales de septembre 2003 a plongé les amis de Mohamed Bensaïd Aït Idder dans le doute. Alors même que la fusion ayant donné naissance à la GSU n’est toujours pas digérée, le parti doit relever un nouveau défi : regrouper les autres composantes de la gauche radicale. «Quand nous avons décidé de créer la GSU, se souvient Mustapha Meftah, dirigeant du parti et ancien cadre de l’OADP, notre philosophie était la suivante : s’unir (avec les composantes de la gauche radicale) avant de se mettre d’accord». Démarche centriste, plutôt inédite pour une formation de gauche.

Il favorise les passerelles avec les autres formations politiques de gauche
L’union par le haut avait, l’on s’en souvient, commencé par les bureaux politiques et les comités centraux avant de descendre, progressivement, vers la base des quatre composantes de la GSU : l’OADP, le Mouvement pour la démocratie, le Mouvement des indépendants démocrates et les potentialités démocratiques de gauche. Le PADS (Parti d’avant-garde démocratique et socialiste) et Ennahj Addimokrati (organisation héritière de Ilal Amam des années 70) avaient été mis sur la touche, de peur
de déstabiliser l’union naissante.
A côté, la GSU a pu fédérer des centaines d’hommes politiques sur le retour. Des militants associatifs, pour la plupart anciens prisonniers politiques pendant les années de plomb (les Salah El Ouadie, Abdelkader Chaoui…), ont ainsi effectué leur come-back politique autour de la GSU. «Cet élan, se souvient un dirigeant du parti, a été aussi sincère que précipité. La dissolution des quatre structures existantes s’est faite dans la perspective des élections législatives de septembre 2002. Cela a été sans doute mal calculé…».
Mal calculé ? Peut-être, mal préparé aussi car le nouveau parti n’obtint que trois sièges aux législatives de 2002, alors que la seule OADP en totalisait quatre auparavant. Énorme déception. La frustration des uns et des autres a donné la première vague des dissidents en rupture de ban. Certains, parmi les illustres revenants, ont claqué la porte. D’autres, comme Mohcine Ayouche, ont préféré prendre du recul, en s’éloignant des centres de décision. La crise était ouverte.
«Nous étions désormais unis mais toujours pas d’accord, se souvient M. Meftah. Nos différences de culture, de vécu, ont approfondi le malaise. Pour éviter l’implosion, le parti a choisi de reconstruire son réseau et ses structures à travers le Royaume, de façon à rendre toute tentative de marche arrière quasi-impossible». Cela fut fait et, aux communales de septembre 2003, l’essai fut concluant. Avec 302 élus locaux, la GSU a effacé le revers des législatives
Intéressant, mais toujours insuffisant pour un parti qui ambitionne d’être autre chose qu’un simple figurant sur l’échiquier politique. «Si nous avons choisi la voie de l’union, raconte un membre de la GSU qui a requis l’anonymat, c’est pour aller beaucoup plus loin que la défunte OADP. Pour peser plus, via un groupe parlementaire, par exemple, en tant que force d’opposition et de proposition».
Une stratégie basée sur la real politik pour ne pas s’enliser
C’est ce qui explique le repositionnement dont le parti fait l’objet depuis quelques mois. Après une courte absence due aux élections et au raffermissement de son infrastructure régionale, la GSU, fidèle à l’esprit de l’OADP, a été la première à réchauffer le débat sur la renaissance de la Koutla.
Des contacts avec l’USFP, et surtout avec le PPS, ont été renoués. Avec le parti d’Ismaïl Alaoui, il n’est d’ailleurs pas exclu d’ébaucher des démarches dites unionistes. En attendant, la GSU se tourne de plus en plus vers ses voisins immédiats : les partis de la gauche dite radicale. Sous l’étendard du «pragmatisme sans rupture», le parti de Bensaïd a entamé des contacts à plusieurs niveaux avec les militants et les dirigeants du dernier front des refuzniks : le PADS d’Ahmed Benjelloun, le PCNI (Parti du Congrès national ittihadi) de Noubir Amaoui, Ennahj Addimokrati de Abdellah El Harif, ainsi que le courant Fidélité à la démocratie, conduit par Mohamed Sassi.
Cette fois, ce sont les bases qui se sont occupées de mener les rapprochements. La démarche a abouti et, premier résultat concret, des représentants des bureaux politiques de toutes ces formations se donnent rendez-vous, le 25 janvier, pour débattre des possibilités concrètes et de l’intérêt de faire fusionner tout ce bon monde. «Ce n’est pas utopique, prévient Mustapha Meftah, parce que cette fois-ci, il n’y a aucun enjeu électoral dans l’immédiat».
Dans le proche entourage de Mohamed Bensaïd, on prévoit aussi d’autres contacts en vue de constituer un «large rassemblement autour d’un projet démocratique qui pourrait aller des libéraux modernistes aux islamistes modérés».
Il y a encore quelques années, en 1996 par exemple, quand l’OADP avait enfanté le PSD dans la foulée des tumultes provoqués par le débat autour de la Constitution, une telle démarche aurait été tout simplement inimaginable. La donne, aujourd’hui, est différente. La GSU prévoit, dans ses statuts, la possibilité d’un vrai débat interne contradictoire.
Un Ahmed Herzenni, transfuge des Potentialités de gauche, qui n’ont jamais fermé la porte aux démocrates de tous bords, a d’ailleurs lancé un pavé dans la mare, à la fin 2003 : «Il est temps, avait-il dit en substance, de réfléchir sur l’identité future du parti et, au-delà, de toute la gauche». En poussant un peu plus la réflexion, Herzenni disait haut ce que certains pensaient tout bas : «En face de nous, il y a le pouvoir, alors pourquoi ne pas envisager dans l’absolu de jeter les ponts avec l’aile la plus ouverte, ou la moins fermée, du pouvoir ?».
A la GSU, il est clair qu’un courant pragmatique est en train de se développer pour prôner une real politik hier encore impensable. Une real politik qui fait peser sur la GSU les mêmes risques d’implosion qui avaient amené l’OADP à la scission, il y a huit ans. Un bémol toutefois, que l’on retient des propos de Mustapha Meftah : «Les propositions de Herzenni ont été reprises par le journal du parti, en toute transparence. Preuve qu’à la GSU, la meilleure façon de sortir de la crise est d’en débattre librement, pourvu que la compétition des idées l’emporte sur tout le reste»