La course aux candidatures est ouverte

Ministres, maires, chefs de partis, personnalités publiques…, le gratin de la politique concourt.
Choc des poids lourds dans certaines circonscriptions.
Yasmina Baddou, Abderrahim Lahjouji, Khalid Alioua et Ouadie Benabdellah à  Casa-Anfa.
A Fès, la tension atteint des sommets entre le maire, Hamid Chabat, et le ténor du PJD, Lahcen Daoudi.

«Ils ont des milices, des gens qui viennent nous empêcher de parler aux citoyens. Ce sont les gens de Hamid Chabat, pas de l’Istiqlal, l’Istiqlal n’est pas connu pour cela», proteste Lahcen Daoudi, membre du bureau politique du PJD. Mercredi 30 mai, après des mois de tension entre militants PJD et partisans du maire de la ville et ténor de l’UGTM, Hamid Chabat, le parti islamiste organisait, à son siège, à Rabat, une conférence de presse pour interpeller le Parti de l’Istiqlal à propos de ce qu’il présente comme des attaques à l’encontre de ses militants, allant jusqu’à distribuer des témoignages de citoyens, sur CD, pour appuyer ses propos.

Il faut dire qu’au cours des derniers mois, la capitale spirituelle a connu des clashs répétés entre les deux camps, et l’approche des élections législatives, où Hamid Chabat et Lahcen Daoudi projettent de se présenter dans la même circonscription, n’est pas pour améliorer le climat. Pendant ce temps, à Rabat, quelques jours seulement après l’annonce officielle de leur alliance, dimanche 27 mai dernier, le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national ittihadi (CNI) commencent à sortir du silence qui avait plané jusquelà sur leurs négociations.

Alors que rien n’avait filtré sur les discussions concernant les circonscriptions attribuées aux différents partis, deux articles publiés en début de semaine ont soudainement annoncé que le numéro un du PADS, Ahmed Benjelloun, allait représenter les trois formations au niveau de la circonscriptions de Rabat Océan, où la candidature de Mohamed Sassi, numéro 2 du PSU, était pressentie. Accord de dernière minute ? Faux, proteste-t-on au PSU où l’on soutient qu’aucun accord n’a encore été passé à ce sujet. Bien qu’officieuse, l’annonce est perçue comme une pression indirecte du PADS.

Rabat Océan fera-t-elle partie des 25% de circonscriptions où chacun des trois partis fera bande à part, dans la limite autorisée par la loi sur les partis politiques en matière d’alliances ? Pourtant, le terrain ne se prête pas vraiment à l’exercice.

Rabat, Salé, Témara, attention, poids lourds !
En effet, le PSU et le PADS ne sont pas les seuls à viser l’un des quatre sièges de Rabat Océan. Ainsi, si la candidature de Labied Grine, membre du bureau politique du PPS, est toujours en discussion, Mohamed El Yazghi, secrétaire général de l’USFP et actuel ministre de l’environnement, Abdelhamid Aouad, membre du bureau politique de l’Istiqlal, Mohamed Aujar, ancien ministre RNI des droits de l’homme et Abdelmajid Bouzoubaâ, ancien numéro un du CNI devenu secrétaire général du Parti socialiste, seront aussi de la partie.

Autres candidats potentiels, Abdelkader Tatou (MP), ancien chef de cabinet du ministre de la jeunesse et des sports Ahmed Moussaoui, devrait également profiter du retrait du ministre Saïd Oulbacha, secrétaire d’Etat chargé de la formation professionnelle, pour se présenter, tandis que Lahoucine Kerroumi (PJD), ancien transfuge du MP, qui a cumulé deux mandats dans la circonscription, devrait, sauf décision contraire des autorités du parti, être remplacé par Abellatif Benyaâkoub, élu par les militants locaux du PJD.

Ailleurs, les trois sièges de la circonscription de Rabat Chellah devraient être disputés, entre autres, par le maire MP de la ville, Omar Bahraoui, les deux chefs de groupe parlementaire Driss Lachgar (PPS) et Abdellah Baha (PJD), Faouzi Chaâbi (PPS), Abdelkarim Benatiq, le chef du Parti travailliste et, probablement, Omar Britel, coordinateur régional du RNI pour Rabat, dont la candidature est pressentie.

Si les négociations concernant les têtes de listes dans les principales villes battent encore leur plein, les noms de plusieurs candidats tombent au fur et à mesure. A Salé Médina, Driss Sentissi, le maire haraki de la ville, devrait se présenter face à Amine Sbihi et Abdelilah Benkirane, respectivement membres du bureau politique du PPS et du PJD. Toutefois, le choc le plus important devrait avoir lieu à quelques kilomètres de là, au niveau de la circonscription de Sala Al Jadida. Cette dernière, qui comprend le quartier chaud d’El Ayayda, devrait voir s’affronter Abdelkader Amara (PJD), Abdessamad Zemzami (PPS) et Rachid Aït Himmi (PT).

Omar Sentissi, frère du maire de la ville, est également cité parmi les candidats potentiels du MP dans cette circonscription. Plus au sud, à Skhirat Témara, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdallah, devrait affronter le maire PJD de la ville, Moh Rejdali. Par ailleurs, si cela venait à être confirmé, le leader du défunt PSD et membre du bureau politique de l’USFP, Aïssa El Ouardighi, devrait s’y présenter à la place de Taïeb Mounchid, que ses soucis de santé éloignent de plus en plus de la scène politique. Plus loin, à Mohammédia, Nourredine Kerbal (PJD) devrait prétendre à un nouveau mandat. Idem pour le maire UC de Casablanca, Mohamed Sajid, qui se présente à nouveau dans son fief à Taroudant.

PJD : tous derrière Lahjouji à Anfa
Au niveau de la capitale économique, c’est la circonscription d’Anfa qui devrait connaître les batailles les plus acharnées. En effet, bien que le nombre de sièges y ait été ramené à quatre, Yasmina Baddou (PI), l’actuelle secrétaire d’Etat chargée de la famille, de l’enfance et des personnes handicapées, devrait y affronter Khalid Alioua (USFP), Ahmed Zaki, membre du bureau politique du PPS, Ouadie Benabdallah, député (RNI), Hassoun Filali (PT) et Abdellatif Zahar (PND). Elle devra également compter avec la concurrence de l’exchef du patronat Abderrahim Lahjouji (Forces citoyennes) qui occupe la tête d’une liste commune avec le PJD.

D’autres noms apparaissent au niveau des autres quartiers de Casablanca. Ainsi, si l’on ignore encore que le secrétaire d’Etat à la jeunesse, Mohamed El Gahs (USFP), se présentera ou non à Sidi Bernoussi, l’on sait déjà que Saïd Saâdi, ancien ministre PPS, devrait tenter sa chance à Mers Sultan El Fida face, entre autres, à Moulay Abdallah Hassani (UC). A Aïn Sebaâ Hay Mohammedi, Ismaïl Douiri, fils de M’hamed Douiri, est pressentí pour diriger la liste Istiqlal face à Abdelaziz El Omari (PJD), Abdelfettah Mounadil (PPS) et Hicham Jabri (PND).

De même, à Hay Hassani,Abdelouahed Souheil, membre du bureau politique du PPS, devrait se présenter face à Najib Ammor (PJD), tandis qu’à Ben Msik, Karim Ghellab, le ministre istiqlalien de l’équipement et du transport, devrait affronter le député sortant Abdelmalek Lakhaili (PJD).Ailleurs, l’on sait déjà que Abderrafie Jouahri (USFP) est pressenti pour représenter le parti à Marrakech, tandis qu’à Essaouira le PPS attend de savoir qui de son député actuel, Miloud Chaâbi, ou de sa fille, Asmaa Chaâbi, la maire d’Essaouira, devrait le représenter dans la cité des alizés.

A Fès, Hassan Chehbi (PPS), membre du comité central et président du groupe parlementaire de l’Alliance socialiste, devrait faire concurrence à Hamid Chabat et Lahcen Daoudi, tandis qu’à Tanger, Omar ElYazghi, fils du secrétaire général de l’USFP, est cité parmi les candidats potentiels. Pendant ce temps, toujours à Tanger, Fatna Belahsen, élue PJD sur liste locale à Fahs Béni Mqada, est en difficulté à la suite des changements opérés au niveau de sa circonscription. Devra-t-elle se contenter d’une place sur la liste nationale ?

Quelques kilomètres plus loin, à Tétouan, le PPS prévoit de présenter une femme en tête de liste. Cette dernière viendra concurrencer Mohamed Ben Abdelkader (USFP), chef de cabinet de El Yazghi, et El Amine Boukhoubza (PJD).

Programmes : des machines électorales sans carburant !
Enfin, à Oujda, c’est Omar Hejira, frère du ministre de l’habitat, qui devrait se présenter au nom du Parti de l’Istiqlal, en concurrence avec Abdelaziz Aftati (PJD) et très probablement le parlementaire sortant du RNI, Driss Houat, également président de la Fédération des chambres de commerce. A trois mois des élections, si aucune de ces candidatures n’est encore officiellement avalisée par les partis, l’on sait déjà que la plupart des formations ont dépassé les 70% de candidats connus, même si des changements de dernière minute sont toujours possibles, en fonction des profils présentés par la concurrence.

Tel est le cas du PPS qui, le 3 juin courant, devrait trancher sur les 15% de circonscriptions dont les têtes de listes n’ont pas encore été déterminées. Pendant ce temps, au PJD, après les sélections au niveau local, on passe à la phase de l’approbation au niveau central. En parallèle, le calendrier de sa campagne se précise, les slogans sont en cours de préparation et une séance de formation en matière de campagnes électorales, destinée aux candidats et aux directeurs de campagne, est même prévue pour le 20 juin courant.

Au RNI, qui a préféré jusque-là se concentrer sur le congrès, l’investissement a été fait sur le long terme. Pour 2007, les députés sortants devraient se présenter d’office, ou presque : on ne change pas une équipe qui gagne. Sauf que la crise vécue par le parti a entraîné un nombre non négligeable de défections, plusieurs parlementaires actuels ayant préféré se tourner vers l’USFP ou le Mouvement populaire. Pendant ce temps, au parti haraki, si plusieurs notables fortement enracinés dans leurs circonscriptions sont déjà plus ou moins assurés de se représenter en septembre, la crainte de départs liées à la baisse du nombre d’accréditations disponibles au lendemain de la fusion des trois partis harakis obligent à prendre des précautions pour ne froisser personne.

«Nous avons publié un communiqué qui stipule que toute personne désirant se présenter en 2007 doit déposer sa candidature avant le 31 mai. Alors nous attendons cette échéance pour décider », indique, de manière diplomatique, Saïd Ameskane, membre du bureau politique. A l’instar du RNI, toutefois, les jeux seraient déjà faits dans un certain nombre de circonscriptions telles que Rabat, Salé, Témara, ou encore certaines sorprovinces du Sud. Ailleurs, dans les circonscriptions où plusieurs prétendants se disputent le titre, le parti encourage les concurrents à trouver un accord à l’amiable, à l’instar de MM. Tatou et Oulbacha, et éviter, du coup, une intervention des instances dirigeantes.

Autre tendance politique, autres susceptibilités au sein de l’alliance PSU, PADS, et CNI, qui doivent aussi négocier le partage des candidatures. A l’heure où nous mettions sous presse, les trois formations approchaient de la barre des 72 circonscriptions communes. En attendant, les circonscriptions posant problème, comme celle de Rabat Océan, pourront toujours faire partie des 25% de candidatures séparées autorisées par la loi. Après tout, cette dernière permet la comptabilisation des voix obtenues parmi les 5% de voix nécessaires pour prétendre à l’aide de l’Etat.

Ainsi, la plupart des partis ont déjà atteint leur vitesse de croisière préélectorale. Il reste toutefois un vide de taille: où sont donc leurs programmes ? A trois mois des élections, personne n’a jusqu’à présent accepté d’en révéler ne serait ce qu’une partie. Crainte de se faire copier, ce qui est déjà arrivé, ou manière de masquer tout simplement une absence de projet ?

Absence
Où sont les femmes ?
Où sont passées nos candidates ? Le patron du PPS, Ismaïl Alaoui, se dit déçu par «le nombre insuffisant de femmes qui vont se présenter en tête de listes dans les circonscriptions». «Je pensais, dit-il, que les femmes seraient plus partantes et qu’elles pourraient s’imposer, mais apparemment, et les mentalités des hommes, et celles des femmes, sont encore en retard par rapport à ce qu’on voudrait ». Le verdict, sévère, du secrétaire général du PPS semble s’appliquer à l’ensemble de la carte politique marocaine. De gauche à droite, si bon nombre de militantes devraient figurer sur les listes locales des partis politiques, seule une minorité devrait en occuper la tête.

Or c’est là quasiment le seul moyen d’accéder au Parlement en cas de victoire. Ainsi, au PPS, elles ne seraient que quatre à tenter leur chance sur le terrain. Le PJD ne fait pas mieux à moins que l’intervention du bureau politique du parti, habilité à changer les têtes de listes dans une limite de 20%, ne change la donne d’ici septembre. Une chose est sûre, chez les islamistes, la liste nationale pourrait voir ses usages élargis. Ainsi, parmi les militantes qui devraient en bénéficier, figurent deux MRE. Une décision qui, certes, ne serait pas très rentable en termes de présence sur le terrain mais qui devrait constituer un investissement à long terme, auprès de l’électorat MRE surtout si leur participation aux élections, qui vient d’être relancée à l’occasion des législatives de 2007, devait se développer davantage.

Mentalités des électeurs, manque de moyens pour financer la campagne électorale, les arguments ne manquent pas pour justifier l’absence des femmes au niveau des listes locales. Ironie du sort, les femmes sont peut-être victimes de la liste nationale pourtant conçue initialement pour encourager la présence féminine dans la politique. Comme l’analyse Mohamed Abied, secrétaire général de l’Union constitutionnelle, «depuis que la liste nationale s’est mise en place, la circonscription est devenue plus difficile». Ces dames semblent préférer la facilité.