Istiqlal/USFP : les raisons d’un divorce

Le malaise entre les deux partis a commencé à  la fin de la magistrature de Youssoufi.

Les couteaux sont tirés entre les frères ennemis de la Koutla, et les élections à la tête de la Chambre des représentants n’en sont pas le dernier épisode. Déjà mise à mal au lendemain des législatives d’octobre 2002 et de la course à la primature qu’elles ont engendrée, l’alliance entre l’Istiqlal et l’USFP n’en finit pas de battre de l’aile. Un coup, c’est l’USFP qui se comporte en parti hégémonique en se souciant peu des intérêts de son partenaire. Un autre, c’est l’Istiqlal qui cherche à «être calife à la place du calife» au mépris des rapports de forces générés par les résultats des élections législatives.
L’origine du malaise est à situer vers la fin de la magistrature de Abderrahmane Youssoufi. Les dirigeants de l’Istiqlal soupçonnent alors l’USFP d’être à l’origine de la cabale dont est victime son leader, Abbès El Fassi, en marge de l’affaire «Annajat» révélée par la presse. Youssoufi est également suspecté de favoriser le RNI et les Mouvements populaires au détriment de son allié traditionnel.

L’Istiqlal voudrait refonder l’alliance sur d’autres bases
Chez les socialistes, Abbès El Fassi n’est pas en odeur de sainteté. Ils clament ici et là que le secrétaire général de l’Istiqlal fait double jeu en critiquant à répétition les choix du premier ministre socialiste: la fameuse politique «un pied dedans, un pied dehors». Duplicité que l’USFP ressent dans sa chair.
La liste des griefs peut encore s’allonger tant la méfiance et l’animosité semblent s’être installées entre les deux partis. «C’est un problème psychologique entre des dirigeants à l’ego surdimensionné», note un militant socialiste. Hypothèse séduisante. Mais comment expliquer alors qu’au sein même de la base des deux partis, les militants s’allient rarement, comme lors des dernières élections communales. Preuve s’il en est que ce ne sont pas seulement les dirigeants qui s’étripent mais également les militants. C’est donc que le malaise est profond. Dans les deux camps, on ressent une jalousie, un désir de vengeance et une rage qui n’est plus retenue. C’est comme si la disparition de Hassan II avait désuni les deux alliés qui avaient pourtant affronté ensemble tant de périls !
Alors, y a-t-il éclatement de la majorité ? L’éventualité est à écarter, selon Abdelhadi Khairat, membre du bureau politique de l’USFP.
Aujourd’hui, c’est l’Istiqlal qui muscle son jeu en s’attaquant frontalement à un poste occupé par un socialiste. Le parti de Abbès El Fassi voudrait en fait rebâtir l’alliance avec l’USFP sur d’autres bases. Plus facile à dire qu’à faire. Le champ politique n’étant plus traversé par la ligne pro/anti-Makhzen, les alliances se font et se défont désormais au gré des seuls intérêts électoraux. Pour un membre du bureau exécutif de l’Istiqlal, «la candidature de Abdelhamid Aouad est à inscrire dans la logique même de la Koutla. Ce sera l’occasion de renforcer les liens de l’Istiqlal avec les autres formations»… Prière de sous-titrer pour ceux qui ne parlent pas «koutla» !.w