Il y a cinq ans, le Maroc faisait son retour à l’UA

Le Royaume vient d’être élu pour un deuxième mandat au CPS. La question du Sahara n’a été évoquée, cette année, dans aucun document de l’UA. La présidence tournante du Sénégal et une Troïka formée de pays «amis», confortent encore plus la position du Maroc au sein de l’UA.

Cinq ans maintenant que le Maroc a réintégré sa grande famille, l’Union africaine. En janvier 2017, alors que le Royaume signait son retour triomphal au sein de cette instance, des bruits de couloirs lui prêtaient l’intention d’œuvrer pour éjecter le Polisario de l’organisation panafricaine. Il y est arrivé, mais pas de la manière à laquelle on s’attendait. Lors du 35e Sommet ordinaire de l’UA, qui s’est réuni la semaine dernière à Addis-Abeba, aucune référence à la question du Sahara marocain n’a eu lieu dans les rapports de l’Union. Dans trois rapports où la question du Sahara était souvent évoquée, il n’y en a eu aucune indication. Il s’agit, comme l’a d’ailleurs souligné le ministre des affaires étrangères Nasser Bourita, des rapports de la Commission africaine sur les droits de l’homme, du Conseil de paix et de sécurité de l’UA et sur la situation humanitaire. Ainsi, le rapport sur la situation humanitaire en Afrique, qui a été toujours exploité pour n’aborder qu’un seul point de vue sur le sujet, est devenu désormais un rapport avec beaucoup d’équilibre et très objectif. Autant d’acquis qui confortent la vision du Maroc pour l’Union Africaine en ce qui concerne la question du Sahara, c’est-à-dire que le dossier relève du ressort exclusif des Nations Unies. Ce qui fait dire au ministre des affaires étrangères «qu’aujourd’hui, une harmonie sera créée entre New York et Addis-Abeba. La même perspective, la même logique. La référence, c’est les résolutions du Conseil de sécurité. La référence, c’est la voie onusienne. L’Union africaine, comme toute organisation régionale, apporte son soutien et accompagne les efforts déployés par les Nations Unies».

Des acquis, ce sommet qui s’est clôturé le 6 février en compte justement un bon nombre. Le plus important est sans doute l’élection du Royaume, pour un second mandat de trois ans, au Conseil de paix et de sécurité (CPS) qui est, faut-il le rappeler, l’organe décisionnel pour la gestion et le règlement des conflits. C’est un acquis d’autant plus important que le Royaume a été élu avec une majorité très confortable malgré les manœuvres et les tentatives qui ont été vouées à l’échec. Faut-il souligner qu’à l’issue de la visite au Maroc, la mi-novembre dernier, du Nigérian Bankole Adeoye, le nouveau commissaire de l’UA aux «Affaires politiques, à la paix et à la sécurité», tout le monde a conclu que la page du conflit entre le CPS et le Maroc était définitivement tournée. Dirigé par des Algériens, depuis sa création, en 2002, ce département, sans doute le plus puissant et le mieux doté budgétairement de l’UA, a été le fer de lance de l’Algérie pour contrer les intérêts du Maroc en Afrique.

Comme il a été précisé plus tard, le Maroc souhaitait, en effet, siéger au sein du CPS de l’UA, dans l’optique de mettre à contribution son savoir-faire dans l’aboutissement de l’Agenda 2063 de l’organisation panafricaine, particulièrement dans les domaines sécuritaire, environnemental et humanitaire.

Notons au passage que depuis octobre de l’année dernière, c’est le Maroc qui occupe en la personne de Fathallah Sijilmassi le poste de Directeur général de la Commission de l’UA. Il est d’ailleurs le premier à occuper ce poste, puisqu’il n’a été créé qu’en novembre 2018, dans le cadre de la réforme structurelle de la Commission de l’UA. En gros, c’est une sorte de super directeur pouvant discuter avec tous les commissaires qui sont au nombre de huit au total. Peu avant cette élection, on se souvient de la course au poste de commissaire à l’agriculture, le premier tour a été serré avec 27 voix pour l’Angola et 25 pour le Maroc qui, selon plusieurs observateurs, ne voulait pas vraiment de ce poste tant convoité mais souhaitait tester son influence. Et il s’est avéré justement que quatre ans seulement après le retour du Royaume dans l’institution, cet épisode démontre combien l’influence du Maroc a grandi en peu de temps. Rappelons que le candidat du Maroc n’était autre que l’actuel ministre de l’agriculture Mohamed Sadiki.Autre objet de satisfaction du Maroc, en tout cas pour le mandat qui vient de commencer, c’est le président sénégalais Macky Sall qui assurera la présidence tournante de l’Union africaine durant l’année 2022. Une nouvelle bien accueillie du côté de la diplomatie marocaine, vu les «relations particulières» entre les deux pays. C’est le cas d’ailleurs pour les membres de la Troïka qui sera composée à partir de 2022 de la RDC, du Sénégal et des Îles Comores. De toutes les manières, soulignent les observateurs, au sein de l’UA, si personne ne souhaite rompre avec le Maroc, c’est que le Royaume jouit d’un poids économique important et de ressources conséquentes, que l’ensemble du continent peut tirer profit. C’est, du reste, note-t-on, la ligne de conduite du Royaume, qui préfère se concentrer sur le développement économique au sein de l’UA. Et c’est également la question de l’heure, puisque la 35e session du Sommet a justement été placée sous le thème : «Bâtir une résilience en matière de sécurité nutritionnelle sur le Continent africain : renforcer l’agriculture, accélérer le développement socioéconomique et du capital humain».