Hassan Koronfoul : «Les partis administratifs n’ont plus de raison d’exister»

La multiplication des partis administratifs a été un aveu d‘échec
quant à leur efficacité.
Ils n’ont jamais rempli les conditions nécessaires à l’existence
d’un parti.
Seul le RNI a pu tirer son épingle du jeu.

Professeur de sociologie politique à la faculté de droit d’El Jadida, Hassan Koronfoul estime que les partis dits administratifs ont joué un rôle bien déterminé qui ne se justifie plus aujourd’hui. Pour lui, leur existence est même un obstacle à l’évolution politique du pays.

Les partis administratifs ont-ils encore un rôle à jouer ?
Les partis dits «administratifs» ne jouent plus aucun rôle et ce ne sera pas mieux à l’avenir. Il y avait des raisons politiques qui ont fait que ces partis ont vu le jour. Leur création remonte au «processus démocratique» déclenché après 1975. A cette époque, le régime voulait se donner des apparences de démocratie multipartite. C’est dans ce cadre que plusieurs personnes proches de Hassan II ont encouragé ou participé à la création de partis politiques qui ont d’ailleurs rapidement remporté, et de la manière que tout le monde connaît, la majorité au sein des différents Parlements élus. Ces partis ont joué un rôle politique bien déterminé dans une période politique précise.
Aujourd’hui, alors que les partis issus du Mouvement national sont au gouvernement, les partis «administratifs» n’ont plus de raison d’être puisqu’ils n’ont plus aucun rôle à jouer. A preuve, lors des dernières élections, ces partis ont perdu beaucoup de leurs forces.

Ont-ils au moins rempli le rôle pour lequel ils avaient été créés ?
En politique, aucun acteur politique ne peut remplir son rôle à la perfection. Ils ont essayé de le faire, tant bien que mal, mais la multiplication de ces partis est un aveu de leur échec. Cela dit, le premier objectif pour lequel ces partis ont été créés a été atteint, à savoir donner du Maroc l’image d’un pays où le multipartisme est de rigueur.

Et que s’est-il passé par la suite ? Des choix différents de ceux du gouvernement d’alternance ?
Il faut distinguer entre les partis. Le RNI, à mon avis, s’est toujours comporté avec une certaine intelligence. Tout en gardant une allégeance totale à la personne du Roi, il s’est permis d’avoir une grande marge de liberté afin de critiquer les pratiques politiques du ministère de l’Intérieur. Nous savons tous que les relations entre Ahmed Osman et Driss Basri étaient plus que froides. Ceci a permis au RNI de jouir d’un peu de crédibilité au sein de l’opinion publique. Du coup, il s’est démarqué des autres partis «administratifs» qui obéissaient aveuglément aux prescriptions du ministère de l’Intérieur. Le RNI continue d’ailleurs de recruter parmi les hommes d’affaires et les investisseurs.

Avec les «coups de pouce» dont ils ont bénéficié, ils auraient pu s’imposer, pourtant…
Là, on revient à la question nodale, celle des conditions de création d’un parti politique. Les partis «administratifs» n’ont jamais rempli les conditions nécessaires à l’existence d’un parti, et notamment un ancrage au sein des classes populaires. Ils ont toujours eu recours aux notables. Aujourd’hui, vu que les nouveaux gouvernants, dans le cadre d’une nouvelle politique, veulent couper les ponts avec le passé, les notables ne voient plus l’utilité à ces partis qui leur garantissaient une certaine protection.

Quelle solution pour ces partis ? S’unir pour s’en sortir ?
Il y a une ultime tentative du PND pour rassembler quelques petits partis autour de lui. Le problème, c’est que ces petits partis ne jouissent à leur tour d’aucune crédibilité électorale. Ces tentatives de rassemblement sont également dictées par les dirigeants de ces partis. Il reste que l’harmonisation entre les bases militantes, si bases militantes il y a, est quasi absente. Ces alliances «conjoncturelles» vont exploser dans un avenir proche, quand apparaîtront les premières dissensions concernant les intérêts immédiats de chacun de ces partis.

Vous êtes pessimiste quant à leur avenir…
Non, je ne suis pas pessimiste. Je pense que ces partis ont vu le jour dans des circonstances politiques déterminées pour remplir un rôle qui leur a été dévolu. Aujourd’hui, le régime politique marocain n’a plus besoin de ces partis. Au contraire, tous les observateurs du champ politique national s’accordent à dire que leur existence est un obstacle à l’évolution politique du pays. Le foisonnement des partis n’est pas un gage de multipartisme. La disparition de ces partis ne sera regrettée ni par les décideurs ni par les observateurs de la scène politique.