Haro sur Osman !

La loi sur les partis oblige le RNI à  organiser un congrès avant les élections. Ahmed Osman souhaite que ce soit une simple formalité, ses opposants veulent en profiter pour changer de dirigeants.
Réunion du bureau politique
le 13 janvier pour statuer sur la question et arrêter la date du congrès,
le troisième
en 29 ans.
Parlementaires
et hauts cadres
du parti ont rejoint
les rangs des contestataires.

Branle-bas de combat inhabituel au Rassemblement national des indépendants (RNI). Samedi 13 janvier, une réunion annoncée du bureau politique devrait déterminer la date du prochain congrès du parti, le troisième seulement (!) depuis sa création, en 1978. Le plus surprenant pour ce parti est que la décision qui, selon certains, fait suite à  des pressions de la part des parlementaires de la formation, semble y faire l’unanimité : la rencontre aura très probablement lieu ce printemps, signale-t-on dans les différents clans du parti, le temps de coordonner l’événement avec les sections locales. «Dans la réunion qui est prévue, nous allons certainement fixer une date et nous allons quand même consulter la base, comme d’habitude, c’est-à -dire les coordinateurs dans les régions», annonce le président du RNI, Ahmed Osman, qui, fait surprenant, semble lui aussi être de la partie.

Par quel miracle la cinquième force de la Chambre des représentants, longtemps adepte de la politique de la sourde oreille en matière de démocratie interne, a-t-elle décidé de jouer le jeu ? Le miracle est en fait l’Å“uvre… de la loi sur les partis politiques, la formation étant désormais menacée de perdre l’aide de l’Etat. «De toutes les manières, nous sommes obligés de tenir un congrès pour être conformes avec la loi sur les partis. Normalement, nous avons jusqu’au mois de juin, donc nous avons encore le temps. Mais nous comptons en fait l’organiser dans deux ou trois mois», explique Mustapha Oukacha, membre du bureau politique du RNI et président de la Chambre des conseillers.

Si cette obligation légale peut être considérée comme une simple formalité pour des partis plus assidus, ce n’est pas le cas pour le RNI. A preuve, cette belle harmonie de circonstance quant à  la nécessité d’organiser un congrès vole en éclats dès qu’il s’agit de déterminer la nature dudit événement. Ce dernier sera probablement un congrès extraordinaire, signale Ahmed Osman, qui reconnaà®t que «le problème du congrès ordinaire reste posé. Beaucoup de coordinateurs préconisent de le faire après les élections, comme à  l’Istiqlal», explique-t-il. Pourtant, chez ses opposants au sein du parti, l’on annonce d’emblée que la prochaine rencontre sera un congrès ordinaire. La différence est tout sauf négligeable, le congrès extraordinaire étant destiné à  mettre le RNI en conformité avec la loi sur les partis tandis que l’ordinaire implique obligatoirement le renouvellement des instances, et même des élections à  la tête du parti…

Congrès ordinaire ou extraordinaire ? La question reste posée
Sommes-nous en train d’assister aux préliminaires d’une nouvelle opération anti-Osman ? «Je ne pense pas, mais l’essentiel, c’est le parti et non pas les individus», indique Mustapha Oukacha. Pourtant, ses propos ne semblent pas vraiment faire l’unanimité au sein de la formation. «M. Osman n’est pas un problème et ne l’a jamais été. Nous allons tenir une réunion du bureau exécutif avec lui et sous sa présidence. Il ne s’agit pas d’une révolte contre lui, nous allons l’associer à  la décision, même s’il s’agit de son départ», rassure, un brin sarcastique, ce militant haut placé dans le RNI. «C’est juste que si M. Osmane s’incline et se soumet aux décisions du bureau exécutif, il n’y a pas de raison de mener une action contre lui. S’il ne veut pas, nous serons forcés d’agir autrement», ajoute-t-il. Et de préciser : «Cet “autrement” n’est pas encore décidé, mais nous allons lui donner une dernière chance. L’objectif, c’est de discuter de l’avenir du parti, du congrès, de la date de sa tenue, de la manière dont il faudra s’organiser pour faire face à  l’échéance 2007, etc.».

Ainsi, après des mois de pressions, le congrès devra finalement se tenir, seulement six ans après le précédent, contre 23 ans entre les deux premiers. Il avait été particulièrement réclamé depuis le printemps dernier, date à  laquelle un certain nombre de militants, rassemblés sous la bannière de l’ancien ministre des droits de l’homme, Mohamed Aujar, avaient réclamé des changements au niveau de la gestion du parti, allant jusqu’à  brandir la menace de la scission. Le mouvement avait, toutefois, fini par se tasser avec un accord à  l’amiable sur l’organisation d’un congrès, et aucun remous notable n’a été observé depuis au RNI, y compris lorsque les «anti-Osman» ont réalisé que le congrès réclamé n’allait pas avoir lieu en juin dernier, comme ils l’avaient demandé. Il est vrai qu’à  l’époque, déjà , le camp Osman était plus favorable à  sa tenue en novembre, et quelques mois ne faisaient pas une grande différence. Au final, ni l’une ni l’autre option ne s’est réalisée. «2006 est passée, il n’y a même pas eu une réunion du comité central ou du conseil national, et le congrès est encore une chimère», déplore ce cadre du parti, qui affirme que le président a déçu, y compris ses partisans, et que le parti risque désormais un échec mémorable aux élections.

Bientôt un poste de secrétaire général ?
En effet, le principal reproche qui est fait aujourd’hui au chef du parti est son immobilisme. «Notre RNI n’a rien fait jusqu’à  maintenant», déplore un cadre désabusé qui attribue la situation à  une psychose du changement. «Cela fait cinq ans que nous sommes assis à  ne rien faire. On ne peut pas faire bouger une voiture sans démarrer son moteur, et même si on a un moteur, sans clé de contact, on ne peut pas démarrer», caricature cet autre cadre. «Lors des élections du tiers de la Chambre des conseillers, il y a eu une commission présidée par Mustapha Oukacha. C’est lui qui a sauvé la mise. Osman, lui, est parti deux mois en vacances», souligne un troisième.

Désormais, l’objectif annoncé aussi bien des opposants à  Ahmed Osman que des modérés prônant une réactivation du parti avec ou sans lui, est de renflouer le RNI à  tout prix, quitte à  «couper quelques plumes» à  son leader et fondateur, explique ce militant, par exemple via l’instauration d’un poste de secrétaire général qui prendrait le parti en main, reléguant le concerné dans un rôle honorifique. Il ne s’agit certes pas de la première tentative du genre, puisque, à  l’occasion du second congrès du parti, les militants avaient essayé de compenser les pouvoirs du président via un comité exécutif fort, qui, finalement, aura échoué dans sa mission. Mais, cette fois-ci pourrait bien être la bonne. Depuis près d’un mois déjà , des réunions très discrètes se succèdent au sein du parti, aussi bien au niveau régional qu’au niveau central, et, cette fois, elles ne semblent pas être l’Å“uvre d’un seul clan, mais l’on n’en saura pas plus, sauf que plusieurs parlementaires seraient de la partie, ainsi qu’un certain nombre de cadres hauts placés. En attendant, les partisans du changement devront également faire face aux accusations de calcul préélectoral dont ils commencent à  faire l’objet. Sauront-ils démontrer que leur objectif n’est pas de profiter d’un renouvellement des instances pour s’y faire élire et bénéficier ainsi d’un plus au moment des élections ? En face, Ahmed Osman, qui s’est maintenu malgré plusieurs tentatives de putsch, réussira-t-il à  garder les commandes du cockpit une nouvelle fois ? Il pourrait bien s’en avérer capable. Mais il aura déjà  un premier test à  passer, celui du bureau politique, le 13 janvier.