Grandes manÅ“uvres chez l’opposition pour la rentrée

En attente d’un nouveau gouvernement, l’USFP et l’Istiqlal apportent les derniers détails à  leur plan d’attaque. Une alliance conjoncturelle tripartite Istiqlal-USFP-PAM n’est pas à  écarter, la situation actuelle s’y prête. Le Parlement qui vient de reprendre ses travaux est appelé à  abriter des débats politiques très animés.

Une opposition plus forte qui se prépare à une rentrée politique particulière. C’est du moins ce qui filtre des quartiers généraux des trois principales forces de l’opposition, l’Istiqlal, le PAM et l’USFP. Cela vaut plus précisément pour l’Istiqlal sorti il n’y a pas longtemps de l’expérience gouvernementale et les socialistes qui entendent revenir, en force, sur la scène politique par la voie de l’opposition.

Les deux anciens alliés de la Koutla enchaînent, en effet, les réunions de coordination. Au niveau du staff dirigeant, une rencontre est attendue en ce sens entre le bureau politique de l’USFP et le comité exécutif de l’Istiqlal. D’autres rencontres sont également prévues au niveau des groupes parlementaires et même des organisations syndicales affidées aux deux formations, la FDT et l’UGTM. Pendant ce temps, le comité de coordination de haut niveau mis en place aux premiers jours de la sortie de l’Istiqlal du gouvernement devrait présenter les premières conclusions de ses travaux et les dossiers sur lesquels les deux formations devraient s’engager en commun. «Mais avant toute action concrète, il faut d’abord attendre que le nouveau gouvernement se mette en place pour voir ce qu’il apportera de nouveau et quelle sera sa nouvelle politique», affirme ce membre de la commission administrative, organe décisionnel de l’USFP. Une position que partage d’ailleurs la direction de l’Istiqlal. «Nous attendons que le gouvernement se mette en place pour agir», affirme Toufiq Hejira, président du conseil national du parti. Une chose est sûre, ajoute-t-il, «nous n’allons pas pratiquer l’opposition comme nous le faisions il y a quinze ans. Les choses ont changé et nous allons nous organiser autrement», promet-il. L’Istiqlal qui vient de claquer la porte de l’Exécutif après l’échec de son expérience de cohabitation avec le PJD saura certainement, lui qui est déjà au fait des arcanes du gouvernement, comment tenir tête au parti au pouvoir et sa nouvelle majorité. Mais sur ce «comment», l’Istiqlal ne veut pas en dire plus : «Nous travaillons sur plusieurs dossiers et tout se précisera dans deux ou trois semaines», se contente de confier le président de son conseil national.

L’attente est aussi l’attitude qui marque cette rentrée politique chez le PAM. «Nous attendons la formation du nouveau gouvernement qui, il faut le dire, accuse beaucoup de retard. Et ce retard va certainement nuire à son rendement», affirme le député et membre du conseil national du PAM, Mehdi Bensaid.

La jeunesse comme prétexte

Cela dit, le parti du tracteur n’est pas resté les bras croisés. «Nous travaillons déjà sur de nombreux projets de loi, certains en concertation avec les autres formations de l’opposition. Nous essayons également de participer à l’élaboration des lois organiques nécessaires à la mise en œuvre de la Constitution», ajoute ce jeune député PAM.

En attendant, les deux camps, le PJD et les formations de l’opposition, ont déjà eu quelques escarmouches. Que ce soit le PAM ou l’Istiqlal, aucune des deux formations n’a jugé utile de répondre aux provocations des dirigeants du PJD commises lors de la dernière rencontre de leur jeunesse, la 9e, du 25 août au 1er septembre, organisée à Casablanca. «Ce n’est que de la surenchère politique et nous avons décidé de ne pays y répondre. Ou plutôt de répondre par des propositions. Des propositions concrètes qui vont dans le sens des attentes des citoyens», précise ce député PAM. L’Istiqlal fait de même, en dehors de quelques sorties de son secrétaire général «à inscrire sur le compte de la fougue du syndicaliste en lui», le parti a choisi le silence. La jeunesse reste néanmoins un enjeu sur lequel les principales formations misent beaucoup. Ainsi, à l’image du parti du chef du gouvernement, les principaux partis de l’opposition apportent une attention particulière à leurs jeunesses. Mais contrairement au PJD qui profite d’une rencontre de ses jeunes pour distiller des messages politiques pour le moins virulents, pour l’Istiqlal qui réunit quelque 4000 jeunes du parti au centre d’estivage de Harhoura, pour plusieurs jours, le but est plutôt de mieux former et d’encadrer ses jeunes pour en faire des cadres de demain. Dans le même sens, mais pour d’autres raisons, l’USFP planche sérieusement sur le dossier de sa jeunesse. Et c’est le premier secrétaire, Driss Lachgar, qui sillonne le pays pour superviser, lui-même, les travaux des congrès régionaux de la jeunesse du parti, en vue de la tenue de son congrès national dans quelques semaines. Le PAM  vient pour sa part de lancer les travaux de la tenue du congrès constitutif de sa jeunesse. Le parti du tracteur vient aussi de nommer des coordinateurs régionaux qui ne devront pas tarder à former le comité préparatoire du congrès.

Sur le front social, les deux centrales syndicales affidées à l’USFP et à l’Istiqlal sont en train d’apporter les dernières retouches à leur plan d’attaque pour la rentrée. L’UGTM de l’Istiqlal et la FDT, bras syndical de l’USFP, sont déjà en pourparlers très avancés. La centrale syndicale affidée au parti socialiste et la centrale de Noubir Amaoui, la CDT ont également fait un long chemin sur la voie du rapprochement. L’UMT a été, de même, approchée par les socialistes pour une éventuelle coordination sur des actions conjoncturelles. Ce qui met de facto le gouvernement face à un puissant front syndical fortement ancré dans la classe ouvrière.

Pour le PAM, la question syndicale n’a pas encore été tranchée. «C’est vrai que nous avons décidé, à l’issue de notre dernier congrès, que l’action politique et l’action syndicale sont deux choses distinctes et qu’il ne fallait pas mélanger les deux, cela n’empêche que le débat sur la question est maintenu au parti», affirme le député et membre du conseil national Mehdi Bensaid.
Quid d’un éventuel front politique d’opposition ?

Pour le moment, affirme Taher Abouzaid, membre de la commission administrative de l’USFP, «la commission conjointe mise en place par les directions de l’USFP et l’Istiqlal n’a pas encore fini ses travaux. En réalité, tout dépendra de l’issue des tractations engagées entre le PJD et le RNI en vue de la formation du gouvernement. Si elles aboutissent à un nouvel Exécutif, la coordination entre les deux partis concernera l’action au Parlement. Et cela à deux niveaux. En premier, au niveau de la législation avec textes de loi concertés, amendements communs, travaux des commissions…, surtout que le gouvernement sera appelé à produire un nombre important des lois organiques en plus de celles qui sont déjà dans le circuit. En deuxième lieu, il s’agira d’une coordination des actions des deux formations au niveau du contrôle du gouvernement: questions orales et écrites, commissions d’information ou d’enquête, … ».

Dans l’autre cas, peu probable en revanche, si les négociations échouent et que l’on s’achemine vers des élections anticipées, «il y a possibilité d’une large coordination pouvant même aboutir à un programme politique commun et des candidatures communes dans certaines circonscriptions».
Qu’en est-il pour le PAM? «Il ne s’agit pas d’être pour ou contre une coordination avec le PAM. L’USFP et le PAM peuvent se retrouver dans une alliance objective contre le gouvernement. Ils peuvent coordonner leurs actions sur un point de la politique publique. Cela ne fait pas forcément d’eux des alliés politiques», affirme ce membre de la commission administrative de l’USFP. Du côté du PAM, «tout rapprochement avec un parti ou un autre se travaille à long terme», affirme le jeune député Mehdi Bensaid. Cela dit, nuance-t-il, «il y a déjà eu, par le passé, un rapprochement entre le PAM et l’USFP sur certaines idées et propositions ou amendement de lois. Ce sont des actions ponctuelles comme les deux formations seront certainement amenées à multiplier. Car après tout, même si l’on ne peut pas parler, pour le moment, d’alliance politique, nous ne sommes pas seuls dans l’opposition. Nous serons forcément amenés à joindre nos efforts à un moment ou à un autre».   

Cela dit, observe le socialiste Taher Abouzaid, «il faut entendre une fois pour toutes que les partis de l’opposition ne sont pas forcés de se constituer en alliance. Seul le gouvernement est censé être issu d’une coalition forte et homogène. L’opposition ne produit pas de politiques publiques pour être amenée à trouver un consensus auprès du plus grand nombre d’acteurs politiques autour d’un projet donné».

C’est pour dire que les partis de l’opposition ne sont pas redevables de comptes. Il n’est pas non plus nécessaire que les partis de l’opposition fassent montre d’une certaine affinité avant de s’allier, ils peuvent se retrouver, aussi antinomiques que soient leur idiologie et leur projet de société à coordonner leurs efforts sur des questions précises et ponctuelles.

Vers une alliance progressiste-centriste

Sauf que dans le cas actuel, un rapprochement entre les trois formations de l’opposition n’est pas à écarter. En effet, note ce jeune député PAM, en cette phase cruciale qu’est celle de la construction d’un nouveau Maroc, «il y a beaucoup de points sur lesquels on peut se retrouver». Cela ira-t-il jusqu’à la construction d’une alliance progressiste-centriste ? «Pourquoi ne pas pousser la réflexion dans ce sens, suggère ce jeune député. Le Maroc aura beaucoup à y gagner». Cela est d’autant plus possible que la nouvelle mouture du règlement intérieur de la première Chambre, telle qu’elle a été validée par le Conseil constitutionnel, s’est penchée de manière plus explicite sur les droits constitutionnels de l’opposition.

Toujours au niveau de l’action parlementaire, les trois formations ont déjà initié une quarantaine de textes de lois sur les 94 propositions soumises par les groupes parlementaires au bureau de la première Chambre depuis le début de l’actuelle législature. Certains textes portent d’ailleurs la signature des trois formations. Ce sera certainement le cas pour d’autres à venir, comme la proposition de loi organique de l’opposition actuellement en cours de finalisation. Une proposition qui ne manquera pas d’alimenter le bras de fer qui oppose déjà le gouvernement aux députés au sujet justement des lois organiques et des attributions de chacun des deux pouvoirs en matière législative.