Gouvernance : L’Exécutif et la Région sur la même longueur d’onde

Pour une fois depuis son institution, la Région agit dans la continuité de la politique gouvernementale. Les Conseils régionaux viennent de programmer plusieurs milliards de DH d’investissement dans le déploiement local de la politique gouvernementale. Cela n’aura sans doute pas été aisé si ce n’est les mêmes partis de majorité qui dirigent les Régions.

Le jeudi 10 mars 2011, c’est-à-dire il y a onze ans, la Commission consultative sur la régionalisation rendait son rapport, après un peu plus d’une année de réflexion et de concertation. Un moment fort et historique et un point de départ pour une nouvelle étape dans le processus de démocratisation et de modernisation des structures de l’État. Comme tout le monde le sait, la régionalisation a été institutionnalisée, la même année, dans la Constitution de juillet 2011, la loi organique relative aux régions a été adoptée en 2014. Il a fallu dix ans pour que la région soit finalement opérationnelle. Du moins, en parlant du cadre organisationnel. La réalité étant autre. Aujourd’hui, depuis l’installation des instances dirigeantes au niveau des régions et la formation de la majorité gouvernementale, un peu partout, et surtout de la part de l’opposition, on ne cesse de pointer du doigt ce que l’on considère comme une domination de trois formations sur la gestion des affaires publiques. Ce qui est observé par certains partis comme antidémocratique, ou en tout cas contraire au pluralisme politique s’est révélé payant en termes d’intérêt général. C’est une démarche qui aura certainement un impact positif sur la mise en œuvre des projets sociaux et de développement lancés ou en phase de lancement par le gouvernement. Aujourd’hui, on mesure ainsi combien cette cohérence verticale, depuis les communes jusqu’au gouvernement, peut être productive. On assiste à une manifestation concrète de ce qu’est la rationalisation de la gestion publique et la bonne gouvernance. En d’autres termes, les régions sont mobilisées, non pas pour faire le contre-pied de la politique gouvernementale, mais en complément à l’action de l’Exécutif. Les deux ne se marchent plus sur les pieds, mais, c’est tout le contraire, ils agissent en concert. La région, et dans une moindre mesure la Commune –surtout dans le cas des grandes villes-, est en train de se substituer littéralement au gouvernement pour ce qui est du déploiement de certaines de ses prérogatives. Ce qui, après tout, est en totale conformité avec l’esprit de la régionalisation avancée telle qu’énoncé par la Constitution. Bref, les exemples ne manquent pas. Dans la conjoncture particulière que traverse le Maroc actuellement, ce sont par exemple les régions qui prennent le relais en matière de lutte contre les effets du déficit pluviométrique. Ainsi, à Oujda, l’une des régions les plus touchées, le Conseil régional vient de signer une convention de partenariat relative au financement et la mise en œuvre des mesures structurantes d’urgence, prévues au niveau du bassin hydraulique de la Moulouya. Cette convention, à caractère urgent et dotée d’un budget de 1,5 milliard de DH, portera sur l’ensemble des provinces de la région. Dans la région de Fès-Meknès, le Conseil régional a programmé, ces dernières années, un total de 332 projets d’un investissement global de près de 2,6 milliards de DH, dans le cadre du programme de réduction des disparités spatiales et sociales en milieu rural. Là encore c’est un programme mené au niveau du gouvernement et piloté par le ministère de l’agriculture dont la poursuite de la réalisation ne manquerait pas de gagner en performance dans le contexte actuel de synergie entre le gouvernement et les régions. Il aura fallu justement que la carte politique change aussi bien au niveau local que régional pour que la région Draa-Tafilalet, par exemple, puisse enfin disposer de son propre programme de développement. Dirigée par le PJD lors du mandat précédent, cette région a vécu un blocage institutionnel permanent. Ce n’est plus le cas. D’ailleurs, ce programme de développement régional qui revêt une grande importance pour la promotion de la région est le fruit d’une concertation continue et a été élaboré sur la base des propositions des élus et des citoyens qui ont déterminé les besoins les plus importants. Autre exemple de cette convergence de vision entre le gouvernement et la région, le cas de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, présidée par le RNI. Le Conseil de la région, en partenariat avec d’autres acteurs institutionnels, envisage de lancer un fonds de soutien aux entreprises, d’attraction de l’investissement et d’insertion sur le marché du travail au niveau de la région. Le cahier des charges de ce fonds vient d’être approuvé. Le document régit les relations entre les parties contractantes et définit les formes d’accompagnement et les entreprises bénéficiaires des mesures prises à cet effet. La région de Souss-Massa a approuvé, à son tour, la mise en place d’un programme pour l’appui des jeunes pour le développement de micro-activités entrepreneuriales au niveau de la région. Le Conseil régional compte également mettre en place un programme d’appui des jeunes pour la création et le développement d’activités génératrices de revenus (AGR), ainsi qu’un projet d’appui, d’accompagnement des coopératives et groupements d’intérêts économiques (GIE) pour la valorisation et la commercialisation des produits du terroir. Dans la région de Casablanca-Settat, plusieurs projets de développement à caractère économique, écologique et socioculturel ont été validés pour un investissement global de plus de 2,9 milliards de DH. Ces projets portent sur plusieurs domaines. Il s’agit notamment de l’emploi, l’entreprise, la création, l’investissement et les générations montantes mais aussi de l’intégration du monde rural, l’attractivité sociale et culturelle et le cadre de vie dont la santé et l’enseignement. Globalement, on retrouve, là encore, les grandes lignes du programme gouvernemental.