Films, romans, pièces de théà¢tre… la révolution culturelle a déjà  eu lieu

Les premiers films en amazigh remontent au début des années quatre-vingt.
Depuis cinq ans, la demande s’est envolée, la production a suivi.

Depuis la signature le 5 août 1991, par six associations, de la charte d’Agadir relative à la langue et à la culture amazighe au Maroc, et qui déplorait «la marginalisation systématique de la langue et de la culture amazighes», la reconnaissance par l’Etat marocain de l’identité berbère comme partie intégrante de l’identité marocaine a fait son chemin. Parmi les revendications, la charte réclamait «l’intégration de la langue et de la culture amazighes dans divers domaines d’activités culturelles et éducatives, et leur insertion dans les programmes d’enseignement», ainsi qu’un «droit de cité dans les médias écrits et audiovisuels».
Toutes ces revendications ne sont pas encore satisfaites, mais le mouvement pour la défense de la langue et de la culture amazighes dans l’espace culturel marocain a fait une percée remarquable. A preuve, le champ culturel berbère connaît depuis quelques années un foisonnement extraordinaire. Une virée à Derb Ghallef et à Al Koréa, à Casablanca, permet de prendre la mesure de la production cinématographique. Le film en langue amazighe est un véritable phénomène.

2M remporte un franc succès avec le premier film doublé en langue amazighe
Les premières productions remontent déjà aux débuts des années 1980. Le précurseur de ce mouvement est Ahmed Baddouz. Neuf films à son palmarès. Il a démarré avec Tamghart Ourgh (La femme en or). Un vibrant hommage à la femme dans les régions du Sud marocain (Souss). Une femme qui reste dans le bled à s’occuper des enfants, alors que le mari part travailler en Europe. Les téléspectateurs marocains, particulièrement les berbérophones, se rappellent aussi, non sans fierté, d’un autre titre Imouran (du nom d’une région dans le Sud) que la chaîne 2M a projeté en 2001. Ce fut une première. Ce film acquit ses titres de noblesse – et le cinéma berbère avec – lorsqu’il fut consacré deuxième meilleur film, une année après sa production, au huitième festival des radios et de télévision, organisé au Caire. Une autre initiative a marqué la culture amazighe et concilié le film marocain avec le public qui ne parle que cette langue : la traduction en langue berbère du succès de Saïd Naciri, Les bandits. La projection du film à grand succès commercial par 2M fit un tabac.
Depuis les années 1980, le théâtre est, lui aussi, en effervescence. On compte plusieurs troupes : Tissawin (lumières) du même Baddouz, Izouran (Racines), Tamount (unité), Atolios (une troupe de Nador)… Le one man show n’est pas en reste avec Aflal Nassim… Les précurseurs de ce vaste mouvement se plaignent d’une seule chose : aucun appui matériel du ministère de la Culture. Aucun film en langue amazighe, non plus, n’a eu droit jusqu’à ce jour à une subvention du Centre cinématographique marocain (CCM). Même la télévision, dit Brahim Baouch qui s’occupe du volet culture au sein de l’association «L’horizon amazigh pour la citoyenneté», reste «très frileuse à l’égard du film amazigh. Il est temps qu’elle diversifie ses projections et donne à l’art berbère marocain la place qu’il mérite.»
Dernier volet de cette profusion de la culture berbère, le livre en langue amazighe. C’est une véritable révolution qui s’opère à l’heure actuelle: l’histoire, les mœurs et l’identité berbère passent du conte oral à la typographie. La poésie orale berbère, un riche patrimoine qui remonte à des temps immémoriaux, est désormais transcrite et publiée. On se rappelle, toutefois, le recueil de Mohamed Moustaoui, Iscraf (chaînes), sorti en 1976, et avant lui Amanar (lustre), publié au début des années 1960, et qui ont marqué les débuts d’une littérature écrite berbère pratiquement inexistante auparavant. Avant l’adoption du tifinagh comme graphie officielle, c’était par le caractère arabe ou latin que les auteurs écrivaient, en fonction de leur formation, arabophone ou francophone. La presse amazighe, quant à elle, entre en scène à partir des années 1990. Le journal Tassafout (le flambeau), une publication de l’association Tamaynout, paraît en 1991 : une tribune en langues à la fois arabe, français ou amazigh, pour les étudiants qui voulaient publier leurs écrits.

La culture berbère est dorénavant écrite
Les pièces de théâtre et les romans ne sont pas négligés. Safi Moumen Ali a écrit Les jours froids. Une pièce jouée quelque temps après son écriture en 2001. Mohamed Aconate a commis, en 2002, «Tawarguit t inik (rêve et naissance) en caractères latins dans une langue berbère dite standard, c’est-à-dire qu’elle peut être lue aussi bien par les Rifains, les Soussis ou les imazighen du Moyen-Atlas, avec un lexique pour les mots difficiles. En tout, une dizaine de romans sont publiés depuis 2002. La thématique récurrente ? La personnalité et l’identité berbères. Ce réveil culturel, selon les pronostics, a de beaux jours devant lui avec l’enseignement du tifinagh dans les écoles marocaines.

Aujourd’hui, à Derb Ghallef, on peut s’offrir un film amazigh sur CD (non piraté SVP !) à partir de 25 DH.