En 2007… les voix pour le PJD et les sièges pour l’Istiqlal

L’Istiqlal avait décroché 52 sièges au Parlement pour 975 000 voix en sa faveur, le PJD seulement 46 sièges pour 1,05 million de voix. Le découpage joue grandement…

Un grand nombre de voix ne veut pas toujours dire un grand nombre de sièges. Et ce sont les aléas du découpage électoral. La preuve en est, qu’en 2007, le PJD, parti qui a recueilli le plus de voix, a fini deuxième en nombre de sièges. Pour illustrer encore plus ce paradoxe, le Premier ministre sortant, Abbas El Fassi, n’a obtenu que 5 942 voix, soit 9,1% du suffrage exprimé, dans sa circonscription, Larache. Cela alors que la liste du PJD a obtenu 22 315 voix (36,1%). Le Premier ministre a pu décrocher son siège de député grâce à la règle du plus grand reste.
En 2007,  l’Istiqlal est arrivé premier en nombre de sièges et la méthodologie démocratique a été respectée. Et même avec ses 5 942 voix (sur les 221 161 votants dans la circonscription de Larache pour un corps électoral national estimé à 15,462 millions d’électeurs), Abbas El Fassi a été appelé à former le gouvernement. La suite est connue, les négociations engagées avec différents partis politiques ont duré plus d’un mois et le gouvernement a finalement été formé par une majorité formée de quatre partis (Istiqlal, USFP, PPS et RNI). Le Mouvement populaire les a rejoints à la veille des élections communales de 2009, lorsque le PAM, créé entre-temps, a décidé de retirer son appui à la majorité gouvernementale qui s’est retrouvée de fait en minorité.   
Bref, c’est pour dire d’abord que les partis qui ont pu obtenir la confiance du plus nombre d’électeurs ne sont pas forcément les premiers, ensuite les électeurs ne sont pas représentés au Parlement de manière proportionnelle à leur vote. Une simple lecture de la carte électorale issue des élections de septembre 2007 nous permettra de relever cette réalité. En nombre de voix, le PJD est arrivé en tête (10,9% des voix), il faut préciser que le raz-de-marée islamiste craint par certains n’a finalement pas eu lieu. L’Istiqlal suit de près (10,7%), arrivent ensuite le RNI (9,7%), le MP (9,2%), l’USFP (8,8%), l’UC (7,2%)… Ceci pour les voix, en termes de sièges, c’est l’Istiqlal qui est arrivé en tête (46 sur 295), suivi du PJD (40), du MP (36), du RNI (34), de l’USFP (33) de l’UC (27)…

Le monde rural fausse les calculs

La répartition des 30 sièges de la liste nationale n’a pas altéré ce classement. En tenant compte des voix obtenues par la liste nationale, le PJD reste premier et totalise 1 049 032 voix, suivi de l’Istiqlal avec 974 817 voix, du RNI (876 297 voix), du MP (837 046 voix), de l’USFP (789 416 voix) et du PPS (502 032 voix).  
On y regardant de plus près, les résultats des élections de 2007 nous renseignent également sur la répartition géographique des votes. Pour les analystes, elle apparaît à la fois «contrastée et complexe». Ainsi, il ressort de cette première analyse qu’aucun parti n’est implanté de manière régulière dans l’espace. En atteste les scores réalisés par chacun des partis dans différentes régions. Celui de l’Istiqlal, par exemple, va de 1 à 44% selon les provinces et celui du PJD de 1,7 à 36%. En même temps, les répartitions répondent rarement à des logiques simples. Le PJD ne semble toutefois pas s’intégrer dans ce raisonnement. Il est le seul parti dont la répartition n’est pas aussi contrastée. Son implantation est fondamentalement urbaine et surtout concentrée le long de l’axe atlantique, de Tanger (31,7%) à Casablanca (19,8%). Hors de cet axe, on ne trouve guère que Fès (30,4%), Oujda (20,8%), Agadir (25,9%) et Meknès (13,5%), qui sont toutes des villes importantes. La nature du vote est également pour beaucoup dans ce déphasage entre sièges et voix. Dans le milieu rural qui compte le plus grand nombre de circonscriptions pour un faible nombre de votants, les partis s’effacent. Les votes répondent à des considérations tribales et familiales, qui profitent aux notables. Cette situation ne favorise nullement un positionnement politique clair des partis.