Elyazghi : « c’est le danger d’Al Quaida qui va contraindre le Maroc et le Polisario à  un accord sur le Sahara. »

Entretien avec Mohamed Elyazghi, ministre d’Etat.

Le Maroc et le Polisario reprennent les négociations en mars prochain, dans le cadre du 5e round des négociations sur le Sahara. Est-ce qu’on peut s’attendre à un 6e, voire un 7e round ?
D’abord il faut préciser qu’il s’agit  de négociations informelles préparatoires aux négociations à proprement parler et c’est le représentant personnel du Secrétaire général qui proposera, s’il y a lieu éventuellement, d’autres rounds après les réunions du mois de mars 2011.

Est-ce que les négociations ont évolué d’une manière concrète depuis 2007 ?
Certes, les négociations ne semblent pas avoir évolué depuis 2007. Mais, l’essentiel c’est la prise de position du Conseil de sécurité en faveur des négociations  en appelant les parties, lors de ses réunions du mois d’avril, à continuer les négociations afin d’arriver à une solution politique mutuellement acceptable.

Quels sont les scénarios possibles sur lesquels peuvent déboucher ces négociations ?
Le Conseil de sécurité a relevé, effectivement, le caractère positif de la proposition marocaine d’autonomie interne. Normalement, il faut que les parties arrivent à discuter cette plate-forme proposée par le Maroc et apporter, s’il le faut, des amendements souhaités. Or, le Polisario campe sur ses positions traditionnelles appelant à l’organisation d’un référendum. Bien entendu, le Conseil de Sécurité avait abandonné cette procédure et le Secrétaire général de l’ONU avait désigné un représentant personnel pour piloter les négociations directes entre les parties.
 

Est-ce que la situation que vivent certains pays de la rive sud de la Méditerranée pourrait constituer un élément de pression sur les deux parties pour les contraindre à s’acheminer vers une solution ?
Ce qui préoccupe plus actuellement c’est la stratégie d’Al Qaida au Maghreb islamique. Cette stratégie qui fait de la région du Sahara et du Sahel une base d’attaque terroriste du Tchad jusqu’au Maroc. Donc ce foyer terroriste menace la stabilité de tous les pays du Maghreb et du Sahel. Cette menace doit amener la communauté internationale à encourager les parties aux conflits du Sahara à se mettre d’accord sur la solution politique préconisée par le Conseil de Sécurité.

Est-ce que l’élection, cette année, de l’Afrique de Sud, partisan déclaré du Polisario, en tant que membre non permanent du conseil de sécurité va affaiblir la position du Maroc ?
C’est vrai, le Conseil de sécurité examinera fin avril le dossier et prendra note du rapport du Secrétaire général et du représentant personnel Christopher Ross. Certes, l’Afrique du Sud qui intègre le Conseil du sécurité, en tant que membre non permanent, joue le trouble-fête dans ce conseil mais il ne peut affaiblir la proposition du Maroc dans ce conseil. D’autant plus que le Conseil de sécurité avait déjà qualifié la proposition marocaine d’autonomie interne de crédible et constructive.
Le rôle prépondérant est joué, en fait, par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Il appartient à ceux-ci d’exercer diplomatiquement une pression sur le gouvernement algérien pour l’amener à favoriser la solution politique souhaitée.

Dans quelle mesure la prochaine mise en œuvre du projet de régionalisation (et d’autonomie au Sahara) pourrait conforter la position du Maroc ?
Il faut préciser d’abord que la proposition marocaine d’autonomie interne au Sahara a été présentée au Conseil de sécurité, donc l’autonomie interne ne peut être appliquée à Sakia El Hamra et Oued Eddahab qu’après accord des parties et consultations de la population du Sahara marocain. Le Maroc ne pourra cependant pas attendre indéfiniment cet accord. Il œuvre pour une régionalisation avancée pour l’ensemble du territoire national. Il faut attendre maintenant quelle proposition a faite ou fera la Commission royale consultative sur ce sujet. Cela mènera à un débat national sur la régionalisation, ce qui ne peut que conforter la position du Maroc à l’échelle internationale.

Lors les deux dernières rencontres de Manhasset, le ministre des affaires étrangères a évoqué des éléments concrets dans le cours des négociations. Cela voudrait-il dire que le Maroc a fait des concessions ?
Le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération a proposé des démarches nouvelles lors de ces négociations informelles. Premièrement, il s’agit de la méthodologie de négociation. Il a en effet proposé le nécessaire engagement de l’Algérie dans ces négociations pour arriver à la solution politique. Deuxièmement, il a mis sur la table la question des richesses du Sahara. Et l’on connaît le tapage qui est fait par les adversaires de l’intégrité territoriale sur l’exploitation de ces richesses par le Maroc. Troisièmement, il a proposé qu’il faille améliorer le rôle de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU en lui demandant de s’ouvrir sur les potentialités représentatives au Sahara afin d’accueillir leurs points de vue. Cela pose en filigrane la représentativité du Polisario. En effet, que représente le Polisario qui est le partenaire du Maroc dans cette négociation ?
D’où la nécessité pour le gouvernement algérien de procéder à un recensement des réfugiés dans les camps de Tindouf et  Lahmada que le Secrétaire général avait réclamé dans son dernier rapport. Donc, il ne s’agit nullement de concessions mais simplement de méthodologie qui permette aux parties d’avancer dans les négociations étant entendu que c’est à ces parties d’arriver à la solution politique du problème.