Elections Processus : Inscrits, candidatures, résultats… , ce que les chiffres nous apprennent

Compte tenu des résultats des élections professionnelles et des représentants des travailleurs et du nombre de ses candidats aux communales, les chances du PJD de siéger à la 2e Chambre semblent quasi nulles. Tout indique que le taux de participation sera important. Les prochaines institutions élues compteront nettement plus de jeunes et de femmes.

Une première lecture des statistiques électorales atteste de l’importance du scrutin du 8 septembre. Les chiffres le prouvent, les Marocains n’ont pas perdu confiance dans leurs institutions, ni en l’opération électorale, et encore moins en le processus démocratique en nette progression. Près de 18 millions de citoyens se sont inscrits aux listes électorales, dont près de 2,3 millions de nouveaux inscrits. Le nombre des jeunes inscrits âgés de 18 à 34 ans est passé à plus de 4,85 millions.

Le nombre des candidats aux législatives est passé de 4 742 en 2016 à 5 045 aujourd’hui, soit 304 candidats de plus. Le nombre de candidats aux élections communales a connu une hausse de 20% par rapport à 2015. En même temps, le nombre des candidats sans appartenance politique aux mêmes élections est passé à 1002. Le nombre de femmes candidates est en progression de 30% par rapport au dernier scrutin.

Des chiffres qui indiquent l’importance que requièrent les élections aussi bien pour l’Etat et les partis politiques que pour les citoyens dans le processus de consolidation des institutions. C’est aussi une marque de l’importance de ces élections par rapport aux échéances passées et, sans doute, d’un désir accru de renouveler la carte politique après dix ans du gouvernement du PJD. Justement, et d’après plusieurs analystes, sauf grosse surprise de dernière minute, ces élections apporteront un changement, sinon radical, du moins notable, dans le champ politique. C’est un constat général. Dans les détails, les chiffres relatifs à ces élections sont riches en enseignements.

Combinés aux résultats des élections des représentants des travailleurs et de ceux des élections des membres des Chambres professionnelles, les chiffres se rapportant aux candidats du PJD, leader de la majorité sortante, on peut d’ores et déjà s’attendre à ce que ce parti ne sera pratiquement pas représenté à la deuxième Chambre. Avec l’UNTM, rappelons-le, le parti islamiste disposait à la deuxième Chambre d’un groupe parlementaire de 16 membres dont 4 syndicalistes.

Aujourd’hui, avec le revers qu’il a subi aux élections des représentants des travailleurs, l’UNTM ne fait même plus partie des syndicats les plus représentatifs. Aux élections des Chambres professionnelles du 6 août, le parti n’a remporté que 50 sièges (2,24%), soit 146 sièges de moins qu’en 2015. En conséquence, parmi les deux collèges électoraux, en plus de la CGEM, qui élisent un total de 48 sièges de la Chambre des conseillers, le parti islamiste n’a, pour ainsi dire, presque aucune chance de faire élire un de ses candidats.

Il reste les 78 sièges élus par le collège électoral constitué des collectivités territoriales. Là encore les chances du parti sont très minimes. Il n’a présenté, en effet, que 8 681 candidatures (5,51%), soit moins que la moitié qu’en 2015. A de rares exceptions près, le parti ne s’est pas présenté dans le monde rural, ni dans les villes de moins de 50 000 habitants. En 2015, le parti avait présenté 16 392 candidatures. Selon des spécialistes de la géographie électorale, avec le nombre des candidatures qu’il a déposées, le PJD perd automatiquement plus de 3 450 sièges. Ce qui représente plus de 68% des sièges qu’il a remportés en 2015 et qui était au nombre de 5 021.

Les 7 autres partis qui le devancent, en termes de nombre de candidatures, totalisent, en effet, 70% des candidatures. Le PJD se partage les 30% restants avec les 22 autres partis politiques en lice pour les élections du 8 septembre. Etant donné que les conseils communaux forment, de leur côté, un collège électoral pour les conseils préfectoraux et provinciaux, il va sans dire que la représentation du PJD dans ces derniers sera également très réduite. A l’issue des élections de 2015, le parti islamiste avait remporté 2019 sièges dans ces conseils.

Cela dit, alors que les listes de candidatures du PJD ont subi une cure forcée, principalement faute de candidats, le PAM, lui, n’a pas trouvé de grande difficulté à convaincre de nouveaux candidats, il est passé à 21 187 candidatures, soit environ  3 000 de plus qu’en 2015. Il en est de même pour l’Istiqlal et l’USFP. Le premier, avec ses 19 845 candidatures, il a présenté  2 631 candidats en plus qu’en 2015. Même chose pour l’USFP dont les candidatures  (12 945) ont gagné en nombre, avec un millier de candidats en plus qu’aux dernières élections.

Quant au RNI, il a presque doublé le nombre de ses candidats. Avec ses 25 492 candidats aux élections communales il est parti pour réaliser un bon score électoral. S’il maintient le même taux d’équivalence, c’est-à-dire le nombre de sièges remportés par candidature, réalisé lors des élections des Chambres professionnelles, il remportera haut la main ces élections. Ses chances sont tout aussi importantes pour les élections législatives, en raison notamment, observent plusieurs analystes, du travail du terrain qu’il a mené sans relâche durant les cinq dernières années. Notons à ce propos qu’un fort taux de participation joue contre le PJD qui compte sur un réservoir stable d’électeurs qui lui est propre.

Or, là encore, le fait que le nombre des inscrits et des candidats aux élections communales et l’organisation de trois scrutins simultanément augure déjà d’un fort taux de participation. Paradoxalement, tenant en compte la chute de sa popularité aussi bien auprès des fonctionnaires, salariés, commerçants, artisans prouvée par les scrutins passés et sans doute auprès du reste de la population et étant donné les dissensions internes qui le minent depuis son dernier congrès, le PJD pourrait bien être sauvé par… le quotidien électoral.

Avec le changement de ce facteur, lors du dernier amendement des lois électorales, le maximum de sièges qu’un parti pourrait remporter aux législatives se situerait, selon plusieurs analystes, entre 104 et 107 sièges. Il n’y aura alors pas de parti dominant, et encore moins de tendances hégémoniques. Une étape est donc révolue, le Maroc en entame une autre.