Elections : des candidatures et des retraits inattendus

Plusieurs ministres et chefs de partis se retirent de la course.
Quatre femmes boudent la liste nationale USFP.
Le PJD redistribue
ses députés à  Casablanca.
Des têtes tombent au Mouvement populaire.

Samedi 21 juillet. La 6e rencontre du conseil national de l’USFP est suivie avec une attention particulière. Ce jour-là , le parti de la rose finalise la liste de ses candidats aux législatives de septembre. Il faudra toutefois patienter encore quelques jours avant que ne soit organisée la rencontre nationale de présentation des 325 candidats. En effet, plusieurs nominations ont provoqué un malaise au sein du parti, notamment au niveau de la liste nationale réservée aux femmes oà¹, face à  un classement jugé injuste, quatre membres du bureau politique, Aà¯cha Belarbi, Rachida Benmessaoud, Fatima Belmoudden et Amina Ouchelh se sont retirées de la liste. Leur geste de protestation, qui n’impliquera pas une démission de l’USFP, n’a pas empêché leur parti de publier dans l’édition du lundi du quotidien Libération une liste nationale, sans elles. Pour autant, rien ne dit que les choses se sont calmées depuis, d’autant plus que d’autres points de discorde subsistent, concernant notamment les candidatures de Omar El Yazghi et Mohamed Benabdelkader, respectivement fils et chef de cabinet du Premier secrétaire, ainsi que la désignation du transfuge du RNI Hassan Derhem à  Laâyoune. Il faut dire qu’à  moins d’un mois du lancement de la campagne électorale, de telles tensions ne sont pas rares, les retournements de dernière minute non plus.

El Yazghi, Oualalou, Bouzoubaâ, El Gahs absents des listes USFP
Si nombre de grosses pointures de l’USFP ont finalement décidé de ne pas se présenter aux élections, il lui reste quand même un bon lot de notabilités sur ses listes. Ainsi, le président sortant de la première Chambre, Abdelouahed Radi, se présentera dans la circonscription de Kénitra Benihssen, comme de coutume depuis 1966. Driss Lachgar, président du groupe parlementaire USFP vise, lui, Rabat Chellah, o๠il tentera de regagner son siège face à  l’istiqlalien Mustapha Boukhriss, conseiller du ministre de l’habitat, au député sortant de Rabat Youssoufia Abdellah Baha, à  Faouzi Chaâbi (PPS), à  Omar Bahraoui (MP) et à  Abdelkrim Benatiq (Parti travailliste). Son collègue au bureau politique Abdelhadi Khayrat se présentera à  Settat face à  Adelmajid Omari, secrétaire provincial du PJD, tandis que Abderrafia Jouahri, également membre du bureau politique, se présentera à  Marrakech.
Toujours à  l’USFP, deux femmes membres du bureau politique se présentent sur les liste locales. Ainsi, Latéfa Jbabdi occupe la tête de liste dans la circonscription de Rabat Océan, tandis qu’à  Meknès Ismaà¯lia Guerouane, Nezha Chekrouni, qui avait occupé la tête de la liste nationale en 2002, a choisi de tenter la candidature sur le terrain dans sa ville natale. A Hamriya, la circonscription voisine, le ministre de la culture et député sortant Mohammed El Achaâri tentera de re-gagner son siège, tandis que Habib El Malki, ministre de l’éducation en fera de même dans la circonscription de Khouribga Oued Zem Boujaâd.
Ils ne seront toutefois que trois ministres USFP à  tenter l’épreuve des urnes, Mohamed El Yazghi, ministre de l’environnement, Fathallah Oualalou, ministre des finances, Mohamed Bouzoubaâ, ministre de la justice, et Mohamed El Gahs, secrétaire d’Etat à  la jeunesse s’étant retirés de la course pour des raisons diverses.

Istiqlal : le bout du tunnel pour M’hammed Khalifa
Du côté de l’Istiqlal, tous les ministres ne sont pas non plus prêts à  tenter l’aventure. Ainsi, si Abbas El Fassi, Yasmina Baddou et Karim Ghellab se présentent respectivement à  Larache, Casa Anfa et Benm’sick, Taoufiq Hejira, lui, ne devrait pas se présenter. Son frère, Omar Hejira, en revanche, devrait diriger la liste Istiqlal à  Oujda Angad. De son côté, Hassan Abdelkahleq, membre du bureau politique du parti, devrait se présenter à  Taourirt. A Fès nord, un remodelage de circonscription a mis face à  face le maire istiqlalien de la ville, Hamid Chabat, et le numéro deux du PJD, Lahcen Daoudi. A Marrakech, Ahmed Khalil Boucetta, député sortant de Marrakech Médina, est à  nouveau tête de liste du parti dans sa circonscription. Idem pour M’hammed Khalifa, membre du bureau politique du parti et député sortant de Marrakech Menara, qui n’a obtenu le feu vert de son parti que vendredi 27 juillet. Enfin, à  Laâyoune, Hamdi Ould Rachid, président du conseil de la ville, devrait occuper la tête de liste du parti face à  Hassan Derhem.

Au Mouvement Populaire, on accrédite au compte-gouttes
Au niveau du Mouvement populaire, les candidatures 2007 semblent se faire sous le signe de la surprise : si Mohand Laenser se présente dans son fief à  Boulemane, à  Kasbat-Tadla, Mohamed Mechahouri, ministre du commerce extérieur, se présentera à  la place de Mohamed Maâouni, député sortant et vice-président de la première Chambre. A Taza, Mohamed Boutaleb ne sera pas candidat, cédant la place à  un membre de la famille Kouskous, tandis qu’à  Rabat Océan, Abdelkader Tatou, ancien membre du bureau politique de l’Union démocratique (UD), bénéficie d’un retrait de Saà¯d Oulbacha. Enfin, Saà¯d Ameskane, ancien ministre du transport, se représentera dans son fief à  Ouarzazate.
Autre surprise, Lahsen Hasnaoui, président du groupe parlementaire du MP, n’a pas obtenu d’accréditation pour la circonscription Ziz-Tafilalet o๠le MP a préféré présenter une richissime personnalité locale, Mohamed El Omari. Hasnaoui se présentera quand même dans cette circonscription, sous les couleurs du Parti de la renaissance et de la vertu. Idem pour Mohamed Moubdii : le président de la commission des infrastructures à  la première Chambre n’a pas eu obtenu non plus d’accréditation du MP. Il se présentera donc en indépendant à  Fqih Ben Saleh, tandis que Mohamed Fadli, riche propriétaire terrien, défendra les couleurs du parti. De son côté, l’ex-député Sidi Moh Izik ne sera pas tête de liste MP à  Ighris Niflet (Ouarzazate). Cet inspecteur des finances, militant MP de longue date, a été écarté en faveur d’un ancien wali, Ali Kabiri. Enfin, Ouzine Aherdane devrait se présenter à  Khemisset Oulmès face à  Mustapha Annouhi (USFP), à  Abdellah Hammou (PJD) et à  Abdelhaq Sba௠(Forces citoyennes). Du côté des femmes, si la députée sortante Fatna Khiel devrait se présenter à  nouveau dans la circonscription de Kénitra Gharb, une autre candidate, Wafaa Laraqi, devrait représenter le parti haraki à  Fès sud o๠ses chances de victoire restent cependant limitées.

RNI : Talbi Alami candidat à  Tétouan
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) n’a pas officiellement annoncé la composition de ses listes mais elles sont quasiment bouclées. Le secrétaire général du parti, Mustapha El Mansouri, également ministre de l’emploi, se présente dans son territoire à  El Aroui (Nador) alors que Rachid Talbi Alami, ministre des affaires générales et économiques, se présente à  Tétouan. Maire de la ville, il y a été choisi aux dépens de Abdessalam Akhoumach, premier vice-président du conseil de la ville, pourtant favori de la section locale. Les deux autres ministres RNI, Salaheddine Mezouar et Mohamed Boussaà¯d, pour leur part, ne se portent pas candidats.
Notons que, pour le RNI, trois circonscriptions semblent toujours poser problème. A Berkane, un duel oppose en effet Anis Birou, secrétaire d’Etat à  l’alphabétisation et le député sortant Boujemâa Bouta. A Agadir, trois hommes se disputent l’accréditation : l’ex-député Brahim Chargaoui, président de la commune rurale d’Aourir, Mohamed Khnibla Benamara et le richissime Moulay Mohamed Masoudi. Ce dernier ferait figure de favori puisque soutenu par une majorité des militants et membres du bureau politique. A Essaouira, enfin, Mohamed Jinni, qui a la sympathie de plusieurs membres du bureau politique, et Moulay Ahmed El Annag, ex-député jouissant du soutien de la section locale du parti, se disputent l’accréditation du RNI.
A Rabat, dans la circonscription de Chellah, le candidat RNI n’est autre de Saâd Benmbarek, actuel président de la commune de Youssoufia, qui a claqué la porte de l’Istiqlal il y a quelques semaines. Quant à  Mohamed Aujjar, ex-ministre des droits de l’homme, il se présente à  Rabat Océan. A Thar Souk, près de Taounat, c’est le retour de Abdelaziz Alaoui Hafidi. Cet ancien député avait pourtant annoncé sa retraite politique après avoir été notamment premier vice-président du Parlement.
Mohamed Abbou fils, chef du groupe parlementaire, se représente à  Taounat. A Taroudant, c’est Mohamed Bouhdoud, premier vice-président de la région Souss Massa Draa, qui portera les couleurs du RNI, tandis que Omar Benbouà¯da et son frère Mohamed se présentent, le premier à  Tan-Tan, et le second à  Guelmim. Mohamed Zahidi, l’un des pontes du parti, se présente à  Sidi Bouzid, à  El Jadida. Seule femme tête de liste locale, Khadija Oulbacha, sÅ“ur de Saà¯d Oulabacha, secrétaire d’Etat à  la formation professionnelle, serait la candidate du parti à  Sfasif, près de Khémisset, commune rurale dont elle préside le conseil.

Le PJD redistribue ses cartes
De son côté, le PJD est tombé sur un os : Figuig, o๠le parti, absent, cherche activement des sympathisants pour se porter candidats, du moins pour tenir la promesse de candidature à  l’échelle nationale… En attendant, plusieurs poids lourds du parti se sont vu assigner de nouveaux territoires, essentiellement à  Casablanca. Ainsi, Saâd Dine Elotmani, secrétaire général du parti, annoncé à  Inezgane (Agadir), se présentera finalement à  Casa, dans la circonscription de Hay Hassani, conformément à  la demande de la section locale. Le numéro 1 du PJD a-t-il décidé de tenter sa chance ailleurs après une victoire de justesse dans sa région d’origine en 2002 ? Au parti, l’on explique que la proximité avec Rabat et le siège du parti devrait faciliter au chef du PJD le suivi de sa circonscription casaouie.
Toujours à  Casa, le soutien du PJD au secrétaire général de Forces citoyennes, Abderrahim Lahjouji, dans la section d’Anfa face à  Yasmina Baddou, à  Mohammed Mustapha Al Ibrahimi (USFP) et à  Si Mohamed Soulami (Badil Hadari), devrait se traduire par une redistribution des têtes de liste PJD. Ainsi, Rachid Medouar, député sortant d’Anfa, devrait désormais diriger la liste PJD à  El Fida Mers Sultan o๠il aura notamment affaire à  l’ancien secrétaire d’Etat chargé de la protection sociale, de la famille et de l’enfance, Mohamed Saà¯d Saâdi. De son côté, Mustapha Ramid, député sortant de Derb Soltan El Fida, devrait se présenter à  Casa Aà¯n Chock, o๠il devra affronter, entre autres, Kamal Dissaoui (USFP) et Mokhtar Dlimi (PSU). Messaoud Benabdessadeq, pour sa part, devrait diriger la liste PJD à  Hay Moulay Rachid dont le député sortant, Moqrie Abouzaà¯d, arrivé en deuxième position à  la suite du vote de la section locale du parti, a été envoyé dans sa ville d’origine diriger la liste d’El Jadida Azemmour, face à  Khalid El Hariri (USFP) et Abdellatif Toumi (Istiqlal). Pendant ce temps, à  Nouaceur, c’est Abderrahim Ouatass, premier vice-président du conseil de Casablanca qui devrait représenter le PJD face à  Brahim Rachidi (USFP) et Mohamed Rafiq (Istiqlal).
Au nord, à  Tanger Asilah, le député sortant Najib Boulif fera face à  Omar El Yazghi – fils du premier secrétaire de l’USFP – et à  Mohamed Rafiq (Istiqlal), tandis qu’à  Tétouan, Amine Boukhobza, reconduit pour la troisième fois, devra affronter Mohamed Ben Abdelkader, chef de cabinet de M. El Yazghi, et Rachid Talbi Alami, maire de la ville. Le PJD compte également présenter à  Benslimane Khalil Haddaoui, ex-ambassadeur en Espagne et à  l’ONU, face à  Ahmed Zaà¯di (USFP).

PPS : Ismaà¯l Alaoui sera-t-il candidat ?
Au PPS, le secrétaire général du parti, Ismaà¯l Alaoui, n’a toujours pas tranché. S’il avait initialement annoncé qu’il renonçait à  briguer un nouveau mandat (n’ayant pas été élu en 2002 lorsqu’il avait quitté son fief de Sidi Slimane pour se présenter à  Salé), des sources au sein du parti parlent d’un retour, ce dernier ayant été sollicité par des tribus de Taounate. Sa décision sera annoncée dans les jours à  venir. Pendant ce temps, Nabil Benabdallah, ministre PPS de la communication, se présente dans la circonscription de Skhirat Témara, o๠il aura affaire à  l’ex-secrétaire général du PSD, Aà¯ssa Ouardighi (USFP), et à  Moh Rejdali, le maire PJD de la ville.
Le parti de feu Ali Yata mise également sur l’homme d’affaires Miloud Chaâbi qui se présente finalement à  Essaouira, sa fille, Asmae Chaâbi, maire de la cité, étant deuxième sur la liste. A Hay Hassani, Abdelwahed Souhaà¯l se présente contre l’avocat Mohamed Karam (USFP) et le secrétaire général du PJD, Saâd Dine Elotmani.
Trois autres membres du bureau politique ont hérité de listes locales : Abdenbi Saligane à  Sidi Kacem, Mohamed Boudern à  El Hoceima et Mohamed Amine Tbihi à  Salé. De nombreux hommes d’affaires ont été accrédités PPS, comme Salaheddine Mouaddab à  Ksiba-Tadla et Abdelhamid Bentaghra, responsable à  la FNIP Nord qui se présente à  Larache.

Alliances à  rebondissements
Au niveau de l’alliance PSU, PADS et CNI, les trois partis semblent s’être partagés les circonscriptions en fonction de la présence de chacun dans les différentes régions. Ainsi, le Congrès national ittihadi, proche de la CDT dirigée par Noubir Amaoui, devrait présenter une bonne partie des têtes de liste à  Casablanca et à  Mohammédia. L’on notera tout de même que ce parti ne présentera pas de candidat à  Rabat Océan o๠ses deux alliés ont opté pour un face-à -face Mohammed Sassi-Ahmed Benjelloun. Idem à  Sidi Bernoussi, o๠le CNI s’est également retiré au profit des candidats de ses deux alliés.
De l’autre côté du spectre politique, l’union Alliance des libertés-Forces citoyennes a connu des difficultés encore plus importantes. En effet, après avoir présenté un programme commun, les deux partis ont finalement renoncé aux candidatures communes, une décision que l’on présente aujourd’hui comme prématurée et pas vraiment en faveur des candidats des deux partis, qui comptent en présenter 60 à  70 chacun.
Finalement, l’élément marquant dans ces candidatures est bien le retrait d’un nombre non négligeable de chefs de parti : Mohamed El Yazghi, Thami Khyari (FFD), Ali Belhaj, et très probablement Ismaà¯l Alaoui. Pour autant, pourra-t-on espérer assister à  un renouvellement des générations au Parlement en septembre ? A voirn