Des dissidents appellent leurs partis à  faire la révolution culturelle

Sous nos latitudes, les dirigeants des partis politiques se refusent à  s’exprimer sur la crise de leurs propres organisations. Normal ! Oser le faire pourrait contrarier leurs ambitions, menacer l’équilibre fragile des directions en place.

Sous nos latitudes, les dirigeants des partis politiques se refusent à s’exprimer sur la crise de leurs propres organisations. Normal ! Oser le faire pourrait contrarier leurs ambitions, menacer l’équilibre fragile des directions en place, remettre en cause les positions acquises et entraver leur liberté de manœuvre dans la course à la succession des chefs vieillissants et inamovibles, sans parler de l’obligation de réserve à laquelle ils sont astreints…
C’est pourquoi les voix critiques, les contestations et les dissidences ne sont exprimées que par des dirigeants de partis en rupture de ban, à la marge de leurs partis, en froid avec les directions en place ou n’assumant aucune responsabilité de premier plan parce qu’ils ont décidé de prendre leur liberté pour s’exprimer librement. Simon Lévy (PPS), Naïm Kamal (PI), Mohsen Ayouche (GSU), Abdeslam Seddiki (FFD), Mohamed M’hamedi Alaoui (UC) ou Jalil Belaâbas Taârji (Forces citoyennes) sont dans l’une des situations décrites plus haut.
Exception faite de Simon Lévy, tous nos interlocuteurs ont privilégié le mode analytique à celui du témoignage. Bien entendu, ce qu’ils disent des partis politiques, en général, s’applique indubitablement au parti d’appartenance de chacun d’eux. Ils le reconnaissent volontiers.
Ceux qui s’expriment ici sont unanimes à appeler les partis politiques, y compris le leur, à faire leur propre perestroïka, en d’autres termes, à mener leur révolution culturelle. C’est là l’une des leçons des attentats du 16 mai. Les partis ont un rôle à jouer auprès des populations. Ils sont aujourd’hui interpellés pour le faire. Ils doivent tous simplement redevenir de véritables partis de militants.
Simon Lévy
Ex-membre du Comité central du PPS

«Le PPS a abandonné le terrain à la fin des années 80»
Si les partis politiques ont abandonné la politique d’encadrement à la base, c’est tout simplement par opportunisme. Certains partis ont estimé qu’il était temps d’avoir des sièges au Parlement. Ils ont négocié à cette fin, dans les années 1990, ce qu’on appelait un quota de députés, quitte à récupérer des transhumants venant de partis administratifs, y compris «mal famés».
C’était opter pour un «raccourci», avec des résultats assurés à l’avance, au lieu de militer sur le terrain avec le peuple. Dans l’esprit des partisans de cette politique, cela permettait de donner l’impression que le parti était crédible en termes de voix engrangées lors des élections.
Cette politique a été suivie par le PPS à partir des élections législatives de 1993. Le résultat à moyen terme a été le nombre de voix dérisoires obtenues par les candidats du parti le 27 septembre 2002 à Casablanca. Au moment où il fallait avoir des militants sur le terrain, il n’y en avait plus. Déçus, ils avaient depuis longtemps abandonné le terrain. Voilà le résultat tangible de cette politique.
Le PPS, héritier du PCM [Ndlr, Parti communiste marocain], était d’abord et avant tout un parti militant. Un parti qui collait à la vie des gens. Après l’Indépendance, le PPS a continué à travailler au sein des syndicats, dans les quartiers, les lycées et les facultés, dans les entreprises… Cela lui permettait de défendre les travailleurs et les déshérités. Ce pourquoi il avait été créé. C’est ce travail-là qui n’a plus été fait à partir de la fin des années 1980.
Résultat : dans les quartiers, les gens n’ont plus eu affaire aux partis politiques de gauche. Quelle est l’idée qu’ils ont retenue de la démocratisation à leur niveau, c’est-à-dire au niveau du quartier ? Principalement que la démocratie ne leur a apporté qu’un ramassis de corrompus qui dirigeaient les communes ! Cela s’est traduit par un taux d’abstention très élevé qui exprime un rejet global des élections telles qu’elles ont été pratiquées depuis le début du processus démocratique dans le pays. Pire, même l’utilité du vote a été remise en cause.
Pour ce qui est des relations entre les partis et les jeunes, il faut reconnaître que les partis de gauche ont des organisations de jeunesse qui fonctionnent. Sont-elles réellement «de masse» ? Le problème est que les partis auraient dû mettre plus de cadres à la disposition de ces organisations. Mais c’est également une question d’idéologie. Aujourd’hui, la lutte idéologique est absente. Dans les années 1970, ces partis avaient des militants dans les lycées et les universités. Depuis, on sait comment les choses ont évolué et comment le fondamentalisme et l’obscurantisme religieux ont dominé les esprits et modifié les programmes scolaires.
De plus, non seulement, les partis politiques ont abandonné le travail de proximité, mais aussi le combat d’idées autour des concepts de démocratie, de liberté, de pluralisme… des débats d’idées qui participaient naguère à la formation du citoyen. Mais l’Etat assume une large part de responsabilité dans ce recul de la rationalité et de l’esprit critique, par sa gestion du champ éducatif et religieux durant 30 ans.
Quant à la démocratie interne au sein des partis, il faut dire que, non seulement les directions ne se renouvellent pas, mais qu’elles font le vide autour d’elles. Les jeunes cadres qui ne peuvent évoluer finissent par abandonner ou par sombrer dans les compromissions. Les dirigeants des partis politiques croient-ils vraiment en la démocratie et en ses valeurs ? Ou bien ne sont-elles qu’à usage externe ?
Un exemple, entre autres, celui du PPS. Lors de son dernier congrès, la tendance «La Zilna aâla Tariq» [NDLR: dirigée par Simon Lévy] a proposé une plateforme concurrente à celle de la majorité et a suggéré un vote à la proportionnelle avec une représentation dans les instances du parti en fonction des résultats du vote. J’ai même proposé de ne pas me porter candidat si cela pouvait arranger les choses. En lieu et place, le bureau politique et ses affidés se sont rendus coupables d’un hold-up sur la direction du parti. Sans aucun décompte des voix.
Tant que les opinions divergentes n’apprendront pas à cohabiter ensemble, il n’y aura pas de démocratie partisane. Il est nécessaire que l’on discute, et publiquement. Malheureusement, les directions fuient le débat public parce qu’il met à nu leurs dérives. Et cela va désormais jusqu’au refus de solidarité à l’égard d’un membre menacé.
Pour conclure, je dirais que la nature du PPS est en train de changer. N’importe qui peut accéder, sans débat de fond préalable, directement au comité central du parti, voire au bureau politique. C’est une affaire de position sociale, de capacité électorale mesurée en capacité financière. Le PPS défend aujourd’hui d’autres intérêts que ceux pour lesquels il a été créé, à savoir la défense des intérêts des déshérités.
Jalil Belaâbas Taârji
Ex-membre du bureau politique de FC

«Tout le monde attend des signaux et personne ne prend d’initiative» Ne soyons pas si catégoriques ! Il y a et il y aura pendant longtemps encore un sérieux déficit en matière de proximité. Il faut donc relativiser. Il y a encore des partis de masse dans notre pays même s’ils sont en recul. Pour moi, le vrai problème se situe plutôt en amont : le militantisme politique et l’engagement sur le long terme sont largement déconsidérés. N’oublions pas que la dynamique démocratique n’a pas toujours fait l’unanimité dans notre pays ! Les jeunes et les moins jeunes sont bien nombreux à ne voir dans la vie politique que compromission et lutte d’intérêts.
Je ne sais pas s’il s’agit vraiment d’un affaiblissement des partis ou plutôt d’un désintérêt grandissant pour la politique et le militantisme qui est encore plus préoccupant. Les structures partisanes ne sont certainement pas exemptes de manquements et déficits divers. Les partis sont bien co-responsables, mais le système de gouvernance national ne les responsabilise pas suffisamment de même qu’il n’aide pas à la valorisation du militantisme politique.
Nous avons souvent l’impression que le principal objectif est seulement de remplir les urnes ! Ceci étant dit, pour les «anciens», il suffisait le plus souvent, avant le 27 septembre 2002, de bien négocier en amont. Pour les plus récents, on peut poser la question des moyens matériels et de l’expérience, entre autres.
Je suis soucieux car je constate que c’est toute la culture de «l’initiative» qui pose problème. Tout le monde attend des «instructions» ou du moins des «signaux». Plus personne ou presque, et pas seulement au sein des partis, ne prend d’initiative.
Pour ce qui est du débat public, rappelons que les «fondamentaux» démographiques pèsent beaucoup : les taux de l’analphabétisme et du niveau de vie font que les priorités des citadins, des ruraux, des sans emplois, etc, ne sont pas les mêmes. Pour beaucoup de Marocains, notre entretien est du domaine du virtuel !
Mohsen Ayouche Ex-membre du bureau politique de la GSU


«Pas de culture de proximité, même par le passé»
Je ne pense pas que les partis politiques, à quelques exceptions près, aient réellement eu, par le passé, une politique de proximité. Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu’ils ont une conception archaïque et makhzénienne de la politique, entendue comme une affaire d’élite. D’ailleurs, cette notion d’élite est fortement présente, sous différentes appellations, dans la littérature des partis.
Dans cette conception, les citoyens ne sont pas dépositaires de droits politiques et encore moins de légitimité et l’action de proximité est considérée comme le propre des émanations de la société civile et non point des partis. Dans ce contexte, l’évaluation, la sanction et la légitimité viennent toujours d’en haut, du pouvoir et non point du peuple, qui s’exprimerait par la voie des urnes.
Si, aujourd’hui, les partis politiques sont interpellés pour s’engager dans l’action de proximité, c’est parce qu’il y a un changement majeur de donne manifesté par l’aspiration à une véritable démocratie, dans laquelle les citoyens ont leur mot à dire dans la gestion de la chose publique et ne sont plus considérés par les acteurs politiques comme des sujets. D’où la nécessité de la modernisation du système politique marocain pour relever les défis de l’ouverture, de la libéralisation et du développement.
Ainsi, le retour à la politique de proximité n’est pas un simple changement de mode opératoire, mais plutôt un changement de conception de la politique ! Ce qui appelle une véritable révolution culturelle chez les acteurs. Les partis politiques sont-ils prêts à une telle révolution ? A mon sens, pas encore. Ils continuent malheureusement à faire de la politique politicienne, cantonnée dans les cercles étriqués des élites.
De plus, les partis n’ayant pas réussi à renouveler régulièrement leurs directions, un déficit générationnel s’en est suivi. De ce fait, deux générations n’ont pas été intégrées au sein des structures partisanes. Conséquence : elles s’expriment autrement et ailleurs. Et les dirigeants politiques commettent une grossière erreur en pensant que ces deux générations ne font pas de politique. Bien au contraire. Seulement, ils la font à leur manière, qui n’est pas forcément celle de leurs aînés.
Enfin, il est vrai qu’il y a une contradiction flagrante entre l’exigence de la démocratisation de l’Etat et de la société et le refus d’appliquer les mécanismes démocratiques dans la gestion des structures partisanes. En fait, cette exigence constituait un slogan de lutte pour l’accès au pouvoir d’Etat et non point une conception globale du politique.
Abdeslam Seddiki
Membre du bureau exécutif du FFD

«Pas de terrain car ils sont en panne d’idées»
Il faut relativiser les choses. Les partis politiques n’ont pas entièrement abandonné la politique de «proximité» et d’encadrement à la base, comme vous le dites. Il y a cependant une «baisse de régime» et un «essoufflement» du militantisme partisan. C’est un phénomène socio-politique complexe. Ses causes sont multiples. Elles ont pour nom : la crise des idéologies, la fin des certitudes, l’absence de repères et la confusion des genres ! Le manque de créativité au sein des organisations politiques, le manque de moyens matériels…
Il y a évidemment une relation de cause à effet entre l’ensemble de ces facteurs que je viens de citer et qui sont loin d’être exhaustifs. Depuis un certain temps, les partis politiques sont en panne d’idées et s’installent dans une posture attentiste en attendant des signaux venant d’ailleurs et des initiatives émanant toujours de la même source. La compétition politique entre les partis se réduirait à mesurer «qui va applaudir le plus» !
La dernière et récente initiative digne de ce nom prise par les partis formant la Koutla démocratique remonte aux années quatre-vingt-dix du siècle dernier !
Il va de soi que la démocratisation des partis politiques est une nécessité, voire un prélude à la démocratisation de la société. Certes, tout le monde prône la démocratie, mais sur le terrain, les choses se passent autrement. Souvent, l’intrigue et la manœuvre prévalent sur la confrontation d’idées et le débat démocratique. Il faut que tous ceux qui sont attachés aux valeurs démocratiques persévèrent et continuent de croire en la justesse du combat qu’ils mènent au sein de leurs partis.
Qu’en est-il de la participation des partis politiques au débat public ? Ce dernier suppose la transparence, le respect du droit à la différence, l’écoute de l’autre, la disposition à admettre la critique et à procéder à l’autocritique… Autant de préalables difficiles à réunir dans l’état actuel des structures des partis politiques.
Mohamed M’hamedi Alaoui Membre du bureau politique de l’UC

«La falsification des élections a rendu inutile toute politique de proximité»
Il faut reconnaître que les partis politiques, et particulièrement ceux de la gauche des débuts de l’Indépendance, par leurs menées révolutionnaires, avaient poussé le pouvoir à les contrecarrer, entre autres en encourageant la création de certains partis politiques, et à la fin des années 1970, en adoptant une attitude bienveillante à l’égard d’un mouvement islamiste naissant. Le pouvoir et les partis politiques, engagés dans un combat sans merci, assument donc une responsabilité partagée dans la situation actuelle.
Jusqu’aux élections du 27 septembre, les partis traditionnels, ou créés depuis 1977, ne voyaient pas l’utilité d’encadrer la population ou de se battre pour les voix des électeurs parce que de toute manière la composition du Parlement était décidée à l’avance par les soins du ministère de l’Intérieur. Cela a eu pour effet de jeter le discrédit sur les partis, les hommes politiques et les processus électoraux. Conséquence : les éléments les plus valables (intellectuels, universitaires, cadres) ont quitté les partis et le refus de l’engagement partisan s’est répandu.
Il n’y a pas de démocratie sans partis politiques, c’est évident. Mais il est urgent de remettre sur le tapis le projet de loi sur les partis, régissant les conditions de leur création, de leur organisation et de leur fonctionnement… Le financement public des partis sera ainsi conditionné par le respect des dispositions de la dite loi.
Naïm Kamal Membre du Parti de l’Istiqlal

«Les partis ont perdu en opérationnel ce qu’ils ont gagné en manœuvres de coulisses»
Pourquoi les partis politiques ont-ils abandonné la politique de proximité ? L’usure probablement ; la lassitude certainement. En fait, depuis que les partis ont réintégré le jeu institutionnel en 1976, ils ont perdu en opérationnel ce qu’ils ont gagné en manœuvres de coulisses. Tout s’est passé comme si la longue fréquentation du pouvoir les avait bureaucratisés. Auparavant, lorsque l’appartenance partisane était pénalisante, n’allaient aux partis, la plupart du temps, que des gens intéressés par l’amélioration des choses.
Le militantisme avait toujours un côté philanthropique qui s’est perdu dans les dédales du participationnisme, devenu dans les années 1970 le credo des forces politiques légalistes. La proximité avec le pouvoir et avec ce qu’il a, comme chacun sait, de corrupteur, a fait des formations politiques un refuge pour l’opportunisme et un ascenseur social pour nombre de carriéristes. Ce qui n’est pas toujours mauvais, encore faudrait-il que l’ambition – légitime – soit au service d’un vrai projet de société. S’il faut résumer, on dira, indulgents, que les partis, le vieillissement aidant, se sont embourgeoisés.
Leur affaiblissement est-il dû au vieillissement des élites partisanes ou au faible
renouvellement des directions ? Les deux à la fois ! Il y a même une forte dialectique entre ces deux causes. Mais il y a aussi une incapacité viscérale à innover tant au plan du discours, mué en logorrhée, que des idées et des programmes. Tout se passe comme si les partis et leurs élites vivaient «la fin de l’Histoire» chère à Francis Fukuyama, comme une fatalité.
En fait, nous vivons tous une paresse intellectuelle sans précédent depuis les indépendances. La chute de l’alternative socialiste avec ses différentes variantes, dont la social-démocratie et l’égalitarisme, nous a laissés orphelins. Le hiatus entre le discours et le comportement a fait le reste.
Les partis n’ont pas su créer de structures attractives pour les jeunes, les femmes et les cadres… Certes. Ils en avaient pourtant et de très fortes. Mais pour toutes les raisons qu’on vient de citer, l’attractivité des partis a beaucoup diminué. Absence sur le terrain mais aussi incapacité à produire de nouvelles utopies mobilisatrices lorsque les anciennes ont été rudoyées par l’exercice d’une partie du pouvoir. Tout a contribué au déclin qui s’est manifesté aux dernières élections législatives par des nombres de voix dérisoires pour les plus «performants» des partis.
Comment les partis peuvent-ils être crédibles s’ils exigent la démocratisation de l’Etat et de la société tout en ne la pratiquant pas en leur sein ? La vérité est que l’idée démocratique n’est pas une constituante des forces politiques marocaines. Même si le Manifeste de l’Indépendance de 1944 y fait référence, elle ne paraît dans la pratique que comme une clause de style, une concession de pure forme à la température ambiante.
Le Mouvement national marocain et les partis qui en sont issus sont les rares, sinon les seuls, à n’avoir pas hérité du pouvoir au lendemain des décolonisations. La frustration qui en a découlé a fait de l’idéal démocratique un simple outil de revendication d’une parcelle du pouvoir pour soi. D’autant plus que la culture politique de l’époque – panarabisme nationaliste pour l’Istiqlal, socialisme pour l’USFP – n’était pas un modèle de vertu en la matière. Sans doute, les choses sont-elles en train d’évoluer, mais les efforts restent en deçà du plancher requis.
Vous vous demandez pourquoi les partis politiques n’animent pas le débat démocratique public ? Depuis l’adoption, pratiquement à l’unanimité, de la réforme constitutionnelle de 1996, les partis, essentiellement de la Koutla, ont perdu le sens de l’initiative.
Ces forces avaient centré l’essentiel de leur énergie intellectuelle et militante sur ce sujet. C’est l’avatar de la longue lutte entre le Palais et les partis du Mouvement national sur le partage du pouvoir, qui s’est soldée par la victoire du premier. Cette défaite a, quelque part, été pour quelque chose aussi bien dans la sclérose de la pensée partisane que dans l’inertie qui a atteint l’action sur le terrain.
Le reste a été fait par un jeu de composition autour des élections et de la constitution des gouvernements. Pour avoir perdu de vue, en cours de route, la nuance entre le compromis et la compromission, les partis n’ont pas seulement brouillé l’échelle des valeurs pour leurs militants, mais cessé de réfléchir dans une perspective historique. L’immédiat et les intérêts égoïstes ont triomphé.
Pour l’équité, il faut dire que le pouvoir n’est pas innocent dans ce qui est advenu des partis. Par la violence ou par la ruse, il n’a souvent approché les partis – qui savaient à quoi s’en tenir – que pour les affaiblir. Dans le jeu des rapports de forces, ses étreintes étaient pour la plupart du temps des baisers d’araignée