Des Belges islamophobes au Maroc

Les délégués d’un parti belge ouvertement islamophobe sont arrivés vendredi
8 décembre à Rabat

Objectif : convaincre les Marocains de ne
plus émigrer en Belgique

Stratégie inavouée : séduire
l’électorat en Belgique.

C’est une rencontre assez singulière qui a été prévue jeudi 8 décembre à Rabat. En effet, ce jour-là, trois membres-clés du Vlaams Belang, parti d’extrême droite flamand (Belgique), ont donné rendez-vous à la presse marocaine. Parmi eux, le président du parti et député européen Franck Vanhecke, le chef de groupe du parti au Parlement flamand, Filip Dewinter, et Gerolf Annemans, député à la Chambre des représentants de Bruxelles.
Objectif de la visite au Maroc ? Rencontrer les autorités marocaines mais aussi et surtout lancer une campagne avec pour slogan : «Hospitalier mais pas fou» (sic !), le parti visant ouvertement à limiter l’immigration marocaine en Belgique autant que possible.

L’affaire n’aurait pas beaucoup d’importance, n’était le profil du parti lui-même. Héritier des partis d’extrême droite et même nazis de Belgique, le Vlaams Belang est essentiellement basé en Flandre où il a dépassé la barre du million d’électeurs. C’est aussi un parti qui a non seulement décidé de s’attaquer aux immigrants, et particulièrement les Arabes et les musulmans, mais aussi, comble de l’opportunisme, de faire de sa politique un outil de persuasion envers la population juive locale, en agitant le spectre de «l’islamisation de l’Europe» (re-sic !).

Une opération gagnante à tous les coups
Ainsi, dans une interview au magazine américain Jewish Week publiée le 28 octobre dernier, le porte-voix du parti, Filip Dewinter, n’avait pas hésité à déclarer : «Xénophobie n’est pas le mot que j’utiliserais. Si cela doit absolument être une phobie, alors que ce soit “islamophobie”. Oui, nous avons peur de l’islam. L’islamisation de l’Europe est une chose effrayante… l’Europe deviendra aussi dangereuse (pour les juifs) que l’Egypte ou l’Algérie».
La réaction de la société civile locale ne s’est pas fait attendre. Quelques semaines après l’interview, deux associations contre le racisme, Kif Kif et Mrax, une des plus anciennes associations antiracistes de Belgique (créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale), ont décidé de lui intenter un procès pour appel à la haine raciale. Si leur demande aboutit, alors les dotations publiques accordées au parti pourraient bien être supprimées, du moins pour un temps.
Ce n’est pas la première fois que le Vlaams Belang, ex-Vlaams Blok, doit affronter la justice : tout récemment, le parti a été dissous et reformé avec un nom légèrement différent afin d’éviter que des poursuites contre des associations qui lui étaient affiliées ne finissent par le toucher. Cependant, même en étant la cible de plusieurs actions, dont le «cordon sanitaire» établi par les autres partis belges, le Vlaams Belang a fait montre d’une surprenante capacité à rebonbir et à utiliser les médias en sa faveur.

Ainsi, en se rendant au Maroc, les leaders du parti comptent «se donner plus de légitimité… ainsi que de l’humanité.Il aura beau jeu de dire à l’opinion publique belge : vous voyez, avec ma campagne de sensibilisation, moi je combats l’immigration clandestine sur le terrain et par des moyens non-violents… rien à voir avec cette Europe abstraite et inefficace qui frappe les clandestins quand ils escaladent les grillages de Sebta», explique Radouane Bouhlal, tout premier président d’origine marocaine du Mrax. Une opération gagnante à tous les coups puisque, même en cas d’échec, le Vlaams Belang pourra toujours se plaindre de ne pas avoir été écouté par ceux-là mêmes qu’il présente comme des réfractaires à la loi.
Cette action ne fait qu’illustrer la situation de plus en plus difficile des Marocains à l’étranger, à l’heure où la haine des Arabes et des musulmans, alimentée par l’amalgame «musulman-terroriste», devient de plus en plus ouverte. Le cas de Naïma Amzil, qui avait été obligée de quitter son travail après avoir reçu des lettres de menaces (à cause du port du voile), malgré le soutien du Roi de Belgique, est une triste illustration d’une tendance peu rassurante pour les centaines de milliers de Marocains résidant en Belgique

Une des affiches du Vlaams Belang à Bruxelles. Le parti extrémiste demande le départ de tous les Arabes musulmans du pays.

Il incite à la haine… avec nos impôts !

La Vie éco : Quel est l’objectif du Vlaams Belang ?
Radouane Bouhlal : Il y a de quoi s’étrangler en pensant que le Vlaams Belang, parti d’extrême droite flamand, entend mener une croisade des temps modernes au Maroc, pays dont il rejette tant les ressortissants en Belgique. En même temps, je suis bien obligé de reconnaître l’intelligence de la manœuvre : en allant au Maroc, ce parti raciste et xénophobe vise à se donner plus de légitimité… ainsi que de l’humanité.

Pensez-vous qu’il pourra réaliser son projet ?
Cela dépend de la fermeté des autorités politiques marocaines, de la vigilance de la presse marocaine et de la mobilisation de la société civile marocaine. Si chacun de ces trois acteurs s’en tient à fermer la porte au Vlaams Belang, ce dernier ne pourra que subir un échec.

Vous avez esté en justice ce parti. Où en est la procédure ?
Pour que notre action en justice réussisse, il faut au préalable que le procureur d’Anvers, saisi de notre plainte, demande la levée de l’immunité parlementaire de Philip Dewinter. Franchement, je doute que le procureur ait assez de courage pour faire une telle demande qui, je dois le dire, serait vraisemblablement critiquée par l’opinion publique flamande. En revanche, une part importante des partis démocratiques (surtout de gauche) nous soutiennent puisqu’ils ont accepté de soutenir une autre de nos actions : introduire une requête auprès du Conseil d’Etat pour faire supprimer les dotations publiques accordées au Vlaams Belang… Il est plus que temps que ce parti raciste cesse d’inciter à la haine entre les communautés avec nos impôts !
houda filali-ansary

Radouane Bouhlal Président du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX), Belgique