Déçu par ses résultats électoraux, le PAM monte au créneau

Guerre des communiqués et échanges d’accusations entre le parti de Ali El Himma et l’USFP. L‘élection du candidat UC à  Marrakech contestée, plusieurs plaintes déposées. Aucun parti n’a remporté plus d’un siège, le PJD fait carrément chou blanc.

Après des élections décevantes, bientôt une polémique entre l’USFP et le PAM ? Lundi 22 septembre, alors que le public découvrait les derniers résultats des législatives partielles du vendredi 19 et du dimanche 21, le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) se fendait d’un communiqué au ton plutôt acerbe vis-à-vis du parti de la rose.

Présenté comme une réponse à un autre communiqué de l’USFP, daté du 16 septembre, le PAM y reproche à ce parti d’avoir mené une campagne «enragée» contre lui et le Mouvement de tous les démocrates pour détourner le regard des siens des véritables problèmes, liés à la restructuration de l’USFP et à son rôle national.

Réagissant aux accusations de «dépassements, de pressions, d’abus de pouvoir» et «d’usage de méthodes illégales» durant la campagne électorale, le PAM reproche au parti socialiste de ne pas présenter de plaintes à son encontre ni même fournir de preuves pour étayer ses accusations, alors que la performance décevante du bras politique du MTD infirme de telles dénonciations et prouve qu’il n’est pas un parti de l’administration…

Une session de rattrapage pour candidats malheureux en 2007
Il faut reconnaître que le communiqué de l’USFP n’est pas le seul élément déclenchant de la réaction du PAM. Durant ces dernières élections, la formation dirigée par Hassan Benaddi aurait fait l’objet d’attaques en règle lors de meetings électoraux de l’USFP.

Et la presse ittihadie n’est pas en reste : dans un entretien publié par le quotidien francophone Libération, le 22 septembre dernier, le candidat malheureux de l’USFP à Tiznit, Houcine Ibn Saïh, a ouvertement accusé son concurrent du PAM, victorieux, d’avoir, entre autres, eu recours à l’achat de voix. «Le parti de l’ami du Roi a distribué de l’argent.

Ceux qui en ont perçu nous ont confirmé que le candidat d’El Himma et ses hommes ont fait du porte-à-porte pour corrompre les électeurs. C’est un billet de 200 DH par voix que les maisons visitées ont reçu», a-t-il déclaré. L’USFP, fort occupée aujourd’hui à préparer la deuxième partie de son congrès national, répliquera-t-elle à son tour, et si oui, comment ?

En attendant, le moins que l’on puisse dire à propos du PAM et de l’USFP, c’est que le verdict des urnes n’a été favorable à aucune de ces deux formations. Alors que tout le monde s’attendait à une performance similaire à celle de la liste de l’ancien ministre Ali El Himma à Rhamna, en 2007, et malgré les moyens importants mobilisés lors de la campagne électorale, le PAM n’a remporté qu’un seul siège, à Tiznit.

Et cette victoire n’en est pas vraiment une : le nouveau député, Saïd Benmbarek, était déjà arrivé en tête des votes il y a un an, sous l’étiquette ADL. Il n’a fait que récupérer son siège au terme d’élections où il était donné largement favori. A Safi, l’USFP, elle, a également remporté un siège, mais, là aussi, à part une augmentation significative du nombre de voix en sa faveur, son candidat, Mohamed Ajdia, n’a fait que regagner un siège qu’il avait déjà remporté en septembre 2007, sous l’étiquette du Parti socialiste de Abdelmajid Bouzoubaâ…

Il n’y a donc pas de quoi pavoiser d’un côté comme de l’autre. Mais la situation des deux partis ne se distingue pas vraiment de celle des autres formations. En effet, les 7 élus de 2007, dont les sièges ont été soumis à un nouveau verdict des urnes la semaine dernière à Marrakech, Tiznit, Mohammédia et Safi, les ont tous regagnés, sans exception.

Rien de bien surprenant pour ces circonscriptions, dont les zones rurales, plus ou moins importantes, sont souvent les territoires électoraux des notables locaux et de leurs proches, sauf qu’elles se sont caractérisées par un taux de participation encore plus bas que l’année dernière (27% – simples élections partielles, rentrée scolaire et Ramadan obligent).

Hormis cette répartition somme toute attendue, et malgré leur enjeu non stratégique, ces élections ont été fortement marquées par des suspicions d’achats de voix. Certes, pour le moment, il est difficile de s’assurer de la véracité des accusations portées: la société civile n’a pas été aussi présente qu’il y a un an. A l’heure où nous mettions sous presse, l’AMDH annonçait une réunion mercredi 24 septembre pour décider de l’opportunité, ou non, de produire un rapport sur le sujet.

La corruption dénoncée dans les quatre circonscriptions
Toutefois, plusieurs candidats et acteurs associatifs ont présenté des témoignages concordants, et ce dans les quatre circonscriptions concernées par ces élections (voir encadré en page suivante). Salah El Ouadie, porte-parole du PAM, le reconnaît : «Nous avons remarqué qu’il y a encore, au niveau d’un certain nombre de circonscriptions, une utilisation de l’argent, du népotisme et des pratiques nuisibles de ce genre. Nous avons également observé une sorte de démission troublante de certains agents d’autorité.»

Quoi qu’il en soit, sur le terrain, à Mohammédia, c’est Mohamed El Atouani, maire RNI de la ville, réélu avec un peu moins de voix qu’en 2007, qui participera à la session d’ouverture du Parlement, vendredi 10 octobre prochain. Dans la ville des fleurs, on raconte que l’argent a circulé, comme partout ailleurs.

Toutefois, les accusations de corruption y semblent moins virulentes qu’à Marrakech, qui a connu l’un des taux de participation les plus bas de ces élections (15,29%).

Dans la ville ocre, le candidat de l’UC, Abdellah Reffouch, a regagné son siège au Parlement, mais son nom est régulièrement associé aux nombreux écarts constatés dans la circonscription de Guéliz-Annakhil. Joint à plusieurs reprises, le concerné s’est refusé à livrer sa version des faits.

Toutefois, il n’est pas le seul candidat de la ville à faire l’objet d’accusations. Egalement visé, bien que dans une bien moindre mesure, le candidat du PAM est accusé par certains d’avoir lancé sa campagne avant l’heure, ce que dément son parti, qui présente cela comme une simple réunion de sympathisants.

Selon un candidat concurrent, il aurait même bénéficié du soutien des forces de l’ordre, bien qu’il semble que ces dernières ne sont intervenues que pour ouvrir l’accès à des bureaux de vote, bloqués par les partisans d’un concurrent, qui n’y laissaient entrer que les électeurs ralliés à leur cause.

A Tiznit, Saïd Benmbarek, candidat du PAM, a été réélu avec plus du double des voix qu’il avait récoltées en 2007, soit 26 282 voix, loin devant son principal concurrent, Larbi Akssam (RNI), qui n’en a recueilli que 12 219. C’est dans une partie de cette circonscription que le taux de participation le plus bas a été signalé : à Sidi Ifni, où les troubles de l’été n’ont pas été oubliés.

Moins de 10% des électeurs ont fait le déplacement jusqu’aux urnes. Cela n’a pas empêché, encore une fois, plusieurs cas de distribution d’argent d’être signalés dans la région, notamment dans les communes rurales de Lakhssass et de Oulad Jerrar. Quant au vainqueur des élections, son appartenance au PAM ne l’a pas mis à l’abri des accusations de plusieurs de ses concurrents qui le soupçonnent d’avoir distribué de l’argent, notamment dans la nuit du jeudi au vendredi 19 septembre. Son parti le défend.

«Nous voulons des preuves de cela. Aucune n’a été avancée dans ce sens, toutes nos campagnes électorales ont été propres», proteste Salah El Ouadie, porte-parole du PAM. A Tiznit également, certains de ses rivaux malheureux ont pointé du doigt Saïd Benmbarek, l’accusant d’avoir utilisé les bus de la ville et des régions avoisinantes pour transporter des électeurs vers les bureaux de vote.

Enfin, à Safi-Sud, où elle était attendue en force, la liste du PAM a déçu, souffrant visiblement de la concurrence de Fatima Arich, l’ex-candidate PND-Al Ahd à l’origine de l’annulation des résultats de 2007 dans la circonscription. Ayant réussi à obtenir l’accréditation du Parti marocain libéral (PML) de Mohamed Ziane, après avoir quitté le PAM, la candidate a réussi à recueillir 2 000 voix de plus que Salah El Ouadie (6 711 contre 4 701).

«Si les gens du PAM m’avaient donné l’accréditation et que Salah El Ouadie avait été placé en seconde position sur la liste, ils auraient pu avoir leur siège», clame-t-elle. Désormais, elle insiste sur le fait qu’elle n’a pas l’intention de retourner au PAM ni de se ranger derrière Abdallah Kadiri, ex-numéro un du PND, qui a également quitté le nouveau parti. Toutefois, ni elle ni Salah El Ouadie n’ont pu obtenir de siège au Parlement : une fois de plus, les places mises en jeu ont été remportées par ceux-là mêmes qui les avaient perdues.

Surpris par sa propre défaite, le PAM réagit
Finalement, que faut-il retenir de ces élections ? Après avoir été la coqueluche des médias pendant un an, le PAM et sa mouvance ont-ils échoué à détourner les électeurs des arguments sonnants et trébuchants et qui datent d’un âge que l’on voudrait aujourd’hui voir révolu ? Le succès inédit de la liste El Himma à Rhamna ne serait-il en réalité que le fruit du statut de notable local de ses membres?

Au parti, on tempère : cet échec électoral est présenté avant tout comme la preuve que le PAM n’est pas un parti de l’Administration. Toutefois, cette maigre performance lui permettra-elle de continuer à prétendre à une place sur la scène politique à long terme ? Au PAM, l’on rappelle que le parti est à peine âgé d’un mois, que malgré une participation aux élections décidée quasiment à la dernière minute, la formation a remporté le plus grand nombre de voix, sur les quatre circonscriptions et, enfin, que la plupart des candidats présentés étaient sans expérience électorale…

Il n’en demeure pas moins que cette semi-défaite, ajoutée aux accusations dont ses candidats ont fait l’objet, montre que le parcours à venir du parti ne sera pas de tout repos. Sa place sur la scène politique ne semble pas garantie non plus.

Et c’est peut-être cela qui risque de rendre les choses plus intéressantes, car la formation de Ali El Himma commence enfin à montrer les dents : après le communiqué de réponse à l’USFP, le parti signale qu’il a l’intention de répondre à ses détracteurs, y compris dans les rangs des médias. Plus encore, aujourd’hui, il annonce son intention de contester l’élection de Abdellah Raffouch à Marrakech, auprès du Conseil constitutionnel.

Il est possible qu’il ne soit pas le seul à déposer un recours, mais le PAM ne compte pas s’arrêter là. Le parti envisage de déposer une série de plaintes contre le candidat élu, auprès de la Wilaya et du procureur du Roi – une vingtaine ont d’ailleurs déjà été déposées et plusieurs dizaines pourraient suivre.

Cette mesure devrait également concerner Safi, et les autres circonscriptions, où les incidents jugés «non conformes», seront «signalés aux autorités compétentes», indique Salah El Ouadie.

Et s’il obtient gain de cause à Marrakech et que de nouvelles élections sont organisées, le PAM ne compte pas en sortir les mains vides, même si la priorité reste aux élections communales, pour lesquelles il promet déjà, par la voix de son porte-parole, des propositions pour lutter contre les abus : « Que cela concerne le découpage électoral, le mode de scrutin ou la supervision, nous avons des idées sur la manière de contrecarrer l’utilisation de l’argent et le népotisme »… Avis aux amateurs !