Corruption à  la Chambre des conseillers : 166 affaires en cours d’investigation

L’administration s’apprête à  commencer l’examen des justificatifs des dépenses de campagnes.
35 personnes déjà  poursuivies en justice et 154 devant la police judiciaire.

Parlement, vendredi 13 octobre. Dans la salle archi-comble, des sièges vides parsèment çà  et là  les rangs de djellabas blanches sagement alignées à  l’occasion du traditionnel discours royal de la rentrée. Ce sont les places d’une douzaine de conseillers accusés de recours à  la corruption lors des élections de septembre dernier. Selon l’un d’entre eux, les concernés étaient auditionnés le même jour par les juges d’instruction. Désormais poursuivis en justice, ils s’étaient vu interdire de facto le voyage à  Rabat, étant obligés de rester dans leurs villes respectives et de se rendre régulièrement au siège de la police locale.

A l’heure o๠nous mettions sous presse, les investigations depuis le renouvellement de la Chambre des conseillers concernent un total de 166 affaires. Pour 154 cas, les parquets ont saisi la police judiciaire. Parmi les 35 personnes déjà  poursuivies, l’on retrouve des membres de la Chambre des conseillers, des candidats malheureux aux élections, ou encore des grands électeurs directement mis en cause. Cinq membres de la chambre des représentants sont également entendus par la justice. Soupçonnés d’avoir appuyé des candidatures véreuses en septembre, ils sont pour l’instant protégés par leur immunité parlementaire.
Le nombre de parlementaires mis en examen a déjà  atteint un niveau record, mais l’effet boule-de-neige n’est pas près de s’arrêter : en plus des affaires en cours, une nouvelle source de soucis se profile pour les candidats.

Levée de l’immunité parlementaire
En effet, une commission composée de représentants de la Cour des comptes, des ministères de l’intérieur, des finances et de la justice devrait bientôt se réunir pour examiner les justificatifs des dépenses des candidats pour la campagne 2006 et se prononcer sur leur validité. Le dépôt des documents en question, obligatoire depuis des années, n’a été vraiment pris au sérieux qu’avec les premières poursuites. Depuis, les dossiers sont arrivés en masse, mais déjà , certains semblent bien trop maigres pour être acceptés.

Cette mesure vient s’ajouter à  une palette de moyens inédits mis en Å“uvre par les ministères de l’intérieur et de la justice comme les écoutes téléphoniques, qui ont permis la saisie des coupables en flagrant délit, faisant sauter du même coup l’immunité parlementaire de certains. Pour les autres, il faudra attendre que les bureaux du Parlement, fraà®chement élus, accordent des levées en bonne et due forme, avec tout ce que cela implique comme tensions dans les deux chambres.
Ainsi, la course aux législatives de 2007 se place sous le signe de la chasse aux corrompus.
Jusqu’o๠ira-t-elle ? Une chose est sûre, la classe politique ne sortira pas indemne de cette affaire.