Conseil national de l’USFP : beaucoup de bruit pour rien ?

Le clash El Gahs- El Yazghi n’aura pas eu lieu.
L’USFP planche sur la modification de son règlement intérieur.
Un début de mutation, sous réserves.

Les récentes sorties médiatiques de plusieurs membres de l’USFP, dont Mohamed El Gahs, avaient laissé planer une odeur de soufre sur le conseil national du parti, prévu vendredi 28 octobre à Rabat. Pendant un temps, les observateurs avaient cru qu’une crise allait éclater ce jour-là, mais ce ne sera pas le cas. Driss Lachgar sera finalement «reconduit» comme président du groupe parlementaire de l’USFP, par la petite porte puisque sa nomination à la tête du groupe parlementaire ne sera pas soumise au conseil national comme prévu.

Le débat sur la manière dont il a été nommé aura été évité pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. Driss Lachgar, pour sa part, sort vainqueur de l’affaire, même si, pour certains, il l’est par défaut.
Autre figure-clé du parti, autre débat : Mohamed El Gahs aura essuyé le feu des critiques pendant la première partie de la réunion du 28 octobre. La raison en est que les Usfpéistes n’ont pas gobé les sorties médiatiques répétées de l’actuel ministre de la Jeunesse. D’abord dans Le Journal Hebdomadaire du 1er novembre, où il avait relégué l’USFP au rang de parti le plus proche de ses convictions. Ensuite, ses déclarations dans les colonnes du quotidien Aujourd’hui le Maroc, où il est allé jusqu’à publier un manifeste pour «une nouvelle école socialiste». Avait-t-il cherché alors à rattraper ses déclarations au Journal, auquel il s’était plaint de la difficulté à changer son parti ? Aucune excuse n’est valable aux yeux de ses collègues, d’autant plus qu’il n’en avait pas soufflé un mot lors du congrès ittihadi tenu au mois de juin dernier. La suite, on la connaît : il sera éjecté du quotidien francophone du parti, Libération. Son départ prendra des allures de victoire lorsqu’il entraînera une démission en bloc de la rédaction du quotidien. S’il ne restera pas jusqu’au bout de la rencontre du vendredi 28 octobre, M. El Gahs aura fait acte de présence, contrairement à d’autres personnalités USFP absentes, telles que les ministres Mohamed Achâari et Nezha Chekrouni, ou encore celui que l’on considère comme son dauphin, Hassan Tariq, secrétaire national de la Chabiba ittihadia. Ce dernier était en mission, explique-t-on au siège du parti. Une information contredite par des déclarations du concerné à Aujourd’hui le Maroc dans l’édition du 31 octobre dernier puisqu’il révèlera avoir boycotté la réunion. Quelle que soit la vérité, le prochain congrès de la jeunesse ittihadie aura quand même été annoncé par la presse du parti au moment où des militants reprochaient justement aux responsables de la jeunesse de ne pas avoir réussi à l’organiser depuis près d’un an…

Une crise ? quelle crise ?
Tous ces éléments signifient-ils que l’USFP traverse une crise pour autant ? Ce vendredi-là, dans les couloirs du parti de la rose, il régnait pourtant une atmosphère de retrouvailles. «Les gens s’attendaient à une bataille El Gahs-Yazghi, mais les médias ont été complètement hors sujet à ce niveau-là», explique un membre du parti. Et de poursuivre que «la tonalité générale de la rencontre consistait plutôt en une pression pour que le bureau politique assume mieux ses fonctions et procède à des changements». Ainsi, les militants auraient travaillé sans tomber dans la polémique, mais sans être tendres envers le bureau politique non plus, particulièrement en ce qui concerne les méthodes de travail, de communication et de délibération de ce dernier. Ils prouveront ainsi que les mois d’encéphalogramme plat qui ont suivi le VIIe congrès, pourtant caractérisé par un débat de fond particulièrement axé sur la réforme, n’ont pas altéré la volonté de changer les règles du jeu au sein du parti.
Quant aux dirigeants, si depuis l’été dernier ils ont cherché à montrer patte blanche à leurs bases en se disant ouverts au changement, leur empressement limité au moment de passer aux choses concrètes laisse planer le doute sur leur volonté réelle. Leur retard serait-il un effet secondaire des protestations d’El Gahs qui fulminait contre ces «vieux» qui «ne veulent pas partir» ? Peu importe, on ne peut pas s’empêcher de remarquer quelques transformations inhabituelles ici et là, même si elles restent extrêmement légères. Il ne s’agit pas des annonces relativement prévisibles au lendemain du conseil national, telles que l’appel à ressouder les liens avec le parti de l’Istiqlal, la prochaine création d’un centre du parti, présenté comme «l’institution socialiste de la recherche, des études et de la formation», un organe dépendant du parti mais autonome aux niveaux financier et administratif, ou encore l’organisation d’une pléthore de rencontres au niveau des régions et des sections jeunesse et femmes du parti.
Les nouveautés sont plutôt techniques : on apprend que les conseils régionaux seront bientôt supprimés au profit de conseils locaux dotés de secrétariats comprenant sept à neuf personnes. Plus intéressant encore, on assistera aussi à des changements au niveau de l’organisation du travail au sein même du conseil national.

Le bureau politique commencera ainsi par organiser le travail en répartissant les 350 participants en plusieurs commissions, suivant des suggestions du VIIIe congrès. Elles auront pour mission de plancher sur des thèmes comme la formation, la recherche et l’encadrement, les relations extérieures ou l’unité territoriale du Maroc, mais aussi et surtout le règlement intérieur du parti, ce qui les conduira à débattre sur des thèmes délicats tels que le cumul des mandats ou la gestion des interventions au niveau de la presse. Chaque commission sera chapeautée par un à deux membres du bureau politique et son travail devra être soumis à l’assemblée plénière. Dans les faits, les commissions n’ayant pas fini de travailler vendredi, leurs membres auront emmené leurs devoirs à la maison puisqu’ils devront se réunir à nouveau, à leur niveau, après Aïd El-Fitr.
Si les uns verront en cela une preuve que le bureau politique veut laisser aux commissions le temps de bien examiner les projets de texte qui lui seront soumis, d’autres voix, si l’on se fie aux déclarations de Hassan Tariq à Aujourd’hui le Maroc – puisqu’il est resté injoignable depuis -, considèrent le seul fait de travailler par commissions comme une manière de noyer le débat et regrettent la commission administrative du parti.
Des progrès, sous caution… Peut-on déduire de tous ces petits changements que l’USFP est en train de subir des mutations profondes ? Pas sûr. Certes, une dynamique est en marche, mais il ne faut pas oublier qu’elle a, elle aussi, connu un temps mort jugé suffisamment long par les partisans du changement pour susciter l’impatience. Il faudra attendre encore quelques semaines, le temps que les commissions finissent leur travail et présentent leurs résultats pour en savoir plus, sans oublier que les résultats dépendront de la volonté des leaders de les appliquer suffisamment vite ou pas. Et sans oublier que la manière dont M. Lachgar a été réélu et dont le conseil a été cloisonné en commissions a été interprétée comme une tentative de verrouiller le parti.
Dans un sens, Mohamed El Gahs aura attiré l’attention sur l’impatience qui ronge les militants de son parti. Et si certains de ses collègues semblent prêts à passer l’éponge en oubliant son dernier coup de gueule, il reste toujours un risque de le voir devenir le bouc émissaire qui servira de prétexte pour verrouiller le parti. Malade, l’USFP ? Pas vraiment puisque le parti en a vu d’autres, mais il n’est pas en bonne santé non plus .

Plusieurs membres du bureau politique n’ont pas assisté au conseil national du parti qui s’est réuni le 28 octobre. El Gahs, lui, n’a pas fait partie des absents.

Des absences remarquées…

Le conseil national de l’USFP aura connu des absences remarquées, dont celles de Mohamed Achaâri, Khalid Alioua, Nezha Chekrouni, ou encore Mohamed Boubekri, tous membres du bureau politique. Ce dernier, plus particulièrement, aurait boycotté la réunion du conseil national pour protester contre le traitement que la presse du parti, et notamment, «Al Ittihad al Ichtiraki», a réservé à son article, relégué à une des dernières pages du journal. Il y avait réagi aux déclarations de Abdelouahed Radi sur la 1ère chaîne dans l’émission «Hiwar», le 25 octobre dernier. Le président du Parlement avait déclaré qu’il était prêt à considérer une alliance avec le Parti de la justice et du développement (PJD).