Conférence de Rabat sur la migration et le développement : un résultat mitigé

L’aide au Maroc passe de 40 à 70 millions d’euros

Une nouvelle rencontre est prévue avant la fin 2006, en Libye n Beaucoup de concepts nouveaux à l’impact inconnu.

Finalement, près de soixante pays auront répondu à l’appel du Maroc et de l’UE concernant la lutte contre la migration clandestine. Réunis les 10 et 11 juillet à Rabat pour débattre du problème, ces pays d’origine, de transit ou de destination des clandestins sont tombés d’accord, via la Déclaration de Rabat, sur le lancement d’un partenariat euro-africain pour la migration et le développement. Pas de grande surprise : les pays réunis se proposent d’appliquer une large série de mesures destinées à lutter contre la migration et/ou la décourager tout en invoquant, entre autres, la nécessité d’intensifier le dialogue bilatéral, le problème du rapatriement des migrants, le respect de leurs droits, la lutte contre les mafias de passeurs, mais aussi le soutien au développement des pays émetteurs de migrants.

Harhoura : la société civile internationale a organisé sa propre conférence
Les pays participants prévoient de se retrouver avant la fin de l’année, en Libye, sur proposition de cette dernière, qui vient ainsi concurrencer la proposition de l’Algérie, grande absente de la conférence de Rabat, de tenir une rencontre de l’Union africaine sur ce thème, à Tripoli.

Annoncée en automne 2005 alors que les assauts des migrants subsahariens sur les enclaves espagnoles de Sebta et Melilla avaient montré les limites de la capacité du Maroc à endiguer le phénomène, cette conférence s’est tenue au moment où le phénomène entre dans une nouvelle phase. Ainsi, les fréquentes expulsions de migrants opérées par le Maroc en auront amené beaucoup à tenter la traversée à partir des côtes mauritaniennes. Par ailleurs, à quelques jours de la conférence, certains de ceux restés au Maroc ont tenté l’escalade des barrières de 6 mètres qui séparent désormais les présides espagnols des terres marocaines, laissant trois morts.

La rencontre aura toutefois été fortement critiquée par la société civile internationale qui, si elle n’a pas été invitée aux travaux de la conférence gouvernementale, aura organisé sa propre «Conférence non gouvernementale euro-africaine sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de circulation» du 30 juin au 1er juillet à Harhoura (près de Témara) et un sit-in devant le Parlement, lundi 10 juillet.

Mais que résultera-t-il de la conférence de Rabat, d’autant plus que les concepts utilisés, comme «l’immigration concertée», le «co-développement», ou le «partenariat Sud-Sud» n’ont pas été bien expliqués ? Autre souci, le Maroc n’a toujours pas touché les 40 millions d’euros promis par l’UE pour compenser les dépenses engendrées par son rôle de garde-frontières, et si la somme prévue a été élevée à 70 millions d’euros, elle reste peu importante comparée aux 800 millions d’euros attribués à son voisin espagnol, pour la période 2007-2013, ce qui amène à se demander combien de temps le Maroc, pays en développement, devra continuer à financer la protection des frontières européennes.