Communales : les partis s’activent mais hésitent sur les alliances

Les principales formations seront prêtes bien avant le délai légal fixé pour déposer les candidatures. La Koutla souhaite éviter le désastre de 2003, mais attend la tenue du congrès de l’Istiqlal pour trouver un accord. Les alliés du PAM dans le flou en attendant son congrès constitutif en février. Le MP ouvert à  toute proposition sérieuse.

Fait inhabituel, les 27 et 28 décembre dernier, le centre Moulay Rachid de Bouznika, local privilégié des grand-messes partisanes, a accueilli non pas un mais deux partis politiques, aux orientations politiques opposées. En effet, réunis à l’occasion de leurs conseils nationaux respectifs, les islamistes du PJD et les militants du Parti travailliste (PT) se sont partagé le centre, le temps d’un week-end. La coïncidence ne s’est pas limitée au local, car parmi les thématiques abordées, les deux formations se sont attaqué, chacune de son côté, aux préparatifs des élections communales du 12 juin prochain. Alors que le parti de Abdelilah Benkirane a déterminé, entre autres, les critères de sélection de ses futurs candidats aux élections professionnelles et communales, la formation de Abdelkrim Benatiq a discuté alliances, et mis en place une commission chargée de préparer sa stratégie en vue du rendez-vous électoral de l’été. Au même moment, à Rabat, c’était le PPS dirigé par Ismaïl Alaoui qui organisait la VIIIe session de son comité central. Là encore, les préparatifs électoraux étaient au rendez-vous.
A quatre mois des communales, ces trois partis ne sont pas les seuls à mobiliser leurs troupes. Au Mouvement populaire, la première semaine de janvier marque une nouvelle étape dans des préparatifs. «Nous allons bientôt terminer les préparatifs au niveau central, et, début janvier, nous irons à la rencontre de nos responsables provinciaux. C’est une grosse opération qui nécessite le quadrillage des territoires et une concertation avec différents niveaux locaux», explique Mohand Laenser, secrétaire général du parti haraki.
Ambiance similaire du côté du PSU, du PADS, et du CNI qui ont décidé d’unir leurs forces, comme en 2007, et qui sont en train de mettre en place une série de commissions conjointes au niveau des régions, provinces et sections. Quant aux autres partis, s’ils ne sont pas aussi avancés dans leurs préparatifs, c’est souvent bien malgré eux. «Nous sommes dans une situation un peu particulière, dans la mesure où nous devons réorganiser les sections tout en préparant les élections», reconnaît Hassan Tariq, membre du nouveau bureau politique de l’USFP, qui indique que le processus n’est pas toujours de tout repos. Même chose côté RNI, où la restructuration du parti et la création de nouvelles sections dans les régions ont toujours la priorité, même si, mardi 30 décembre, le numéro 1 du parti, Mustapha Mansouri, a appelé les commissions régionales à entamer les préparatifs électoraux. Enfin, à l’Istiqlal, le retard est lié aux préparatifs du congrès ordinaire du parti, prévu du 9 au 11 janvier. Le Parti authenticité et modernité (PAM), lui, nouveau venu dans le champ politique, est encore en chantier au niveau des régions, et attend le 5 janvier pour connaître la date exacte de son congrès constitutif, entre la fin du mois et la mi-février.

Près de 23 000 postes à pourvoir
Quoi qu’il en soit, même les retardataires ne manqueront pas d’accélérer leurs préparatifs dans les mois à venir. Plusieurs formations prévoient même de distribuer leurs accréditations en mars ou avril, comme l’Union constitutionnelle ou le Mouvement populaire, pour lequel environ 30% des candidats sont déjà connus. Il faut dire qu’il n’y a pas de temps à perdre : le dépôt des candidatures démarre officiellement le 18 mai prochain, et, au vu du nombre de sièges à pourvoir – près de 23 000 -, respecter les délais ne sera pas une mince affaire. A l’UC et au tout jeune PT, l’on vise à couvrir respectivement 100 et 50%, des candidatures, mais on ne se fait pas d’illusions. Au PJD, qui n’avait présenté «que» 4 268 candidats en 2003, l’on se montre réaliste : le parti projette de couvrir 30 à 40% du territoire, soit présenter près de 8 000 candidats. Même chose du côté du PPS, qui en avait présenté quelque 6 000 en 2003, et qui vise à en atteindre 10 000 cette année, pour obtenir au moins 2 500 sièges. L’alliance PSU-PADS-CNI, elle aussi, affiche de grandes ambitions. «Nous visons 7 000 à 8 000 candidats, mais il ne s’agit là que d’une ambition. Il n’est pas indispensable que nous atteignons ce chiffre», explique Mohamed Moujahid, secrétaire général du PSU, qui insiste quand même que le chiffre est réaliste : en 2003, son parti, qui se nommait alors la GSU, avait présenté à lui seul plus de 4 000 candidats. Face à l’ampleur de ce défi, le PAM part-il défavorisé ? Il pourra quand même compter sur les conseillers communaux hérités des cinq partis qui se sont fondus en son sein, et sur « l’effet El Himma » pour rattraper la concurrence.

Les partis délèguent aux régions, mais gardent un œil sur les accréditations
Avec des objectifs aussi importants, l’on comprend que les partis délèguent la gestion des candidatures aux régions. Ainsi, à l’UC, les coordinateurs joueront un rôle déterminant dans la distribution des accréditations. «A Larache, par exemple, il faut au moins trois jours pour parcourir la province, visiter les communes en pleine montagne. Il n’y a que le coordinateur, qui se trouve sur place, qui peut faire ce travail», explique Abdallah Firdaous, membre du bureau politique du parti de Mohammed Abied. «Selon les régions, le choix des candidats devra se faire au niveau de l’arrondissement, d’une circonscription électorale plus grande, ou même au niveau de la province, comme dans le cas de la région saharienne, où il n’y a pas beaucoup d’habitants», précise Ahmed Moussaoui, chargé de la préparation des élections au MP. Du côté de l’alliance PSU-PADS-CNI, les branches locales des trois partis ont été invitées à se mettre d’accord, à leur niveau, pour désigner leurs candidats, le recours aux instances centrales étant limitées aux gros désaccords. «Nous voulons que toutes nos listes soient communes. Bien sûr, il est possible que dans une circonscription, une majorité des colistiers appartiennent à l’un des partis, et que cette proportion soit inversée dans une autre circonscription», explique Mohamed Moujahid. La priorité sera donnée aux membres de l’un ou l’autre parti en fonction de leurs chances de victoire, et non pas sur la base d’un équilibre rigide entre les trois partis.
Bien entendu, face aux écarts éventuels au niveau du choix des candidats, des garde-fous sont prévus par les différentes formations politiques, qui, souvent, maîtrisent la distribution des accréditations.

Plus de 100 000 candidats en 2003
En 2003, ils avaient été pas moins de 122 658 candidats, de 27 partis politiques différents, à tenter leur chance pour obtenir l’un des 22 944 sièges mis en jeu. Combien seront-ils en 2009 ? Une chose est sûre, l’unification de la mouvance populaire, le regroupement de plusieurs partis sous la houlette du PAM, ou encore l’alliance du PSU, PADS et CNI ont réduit le nombre de formations en lice. D’autres données viennent également rendre ce rendez-vous électoral différent du précédent, à commencer par le retour du scrutin uninominal dans les communes de moins de 35 000 habitants. L’abaissement de l’âge des élus, l’imposition d’un quota de femmes dans les différentes circonscriptions, et surtout l’élévation du seuil d’entrée dans les conseils communaux de 3 à 6%, devraient également avoir un impact, notamment en influant sur le jeu des alliances. Surprise toutefois. Si les partis sont nettement avancés en matière de préparatifs électoraux par rapport aux années précédentes, ils le sont nettement moins en matière d’alliances. Certes, le fait que le PJD n’ait encore entamé de contacts avec aucune autre formation ne surprend personne. Qu’en est-il cependant des autres partis ? A gauche, au-delà de l’alliance PSU-PADS-CNI, le rapprochement entre les partis de la Koutla est encore hésitant : une rencontre a bien eu lieu entre dirigeants de l’USFP et du PPS, jeudi 25 décembre dernier, mais le duo clé, USFP – Istiqlal, ne devrait passer aux choses sérieuses qu’après le congrès du parti du Premier ministre prévu du 9 au 11 janvier. De l’autre côté du spectre politique, l’UC affiche sa préférence pour des alliances à droite, mais le MP se contente de se déclarer ouvert aux formations qui partageront ses valeurs. Quant au RNI, il confirme qu’il compte bien s’allier au PAM, avec lequel il partage deux groupes parlementaires, mais semble manquer d’interlocuteur au sein de ce dernier.

Vers une alliance Koutla – RGD dans les villes ?
Associés à des problèmes d’organisation, ces retards sont aussi souvent liés au mode de scrutin adopté, explique cet observateur averti de la scène politique. En effet, dans les villes, le relèvement du seuil de représentativité de 3 à 6%, associé à la conservation du scrutin de liste, a réduit les chances des partis d’intégrer les conseils communaux, mais ne les a pas forcément encouragés à présenter des listes communes. «Le problème, c’est que quand on présente des listes communes, on réduit ses chances de victoire. Le mieux est donc d’en présenter séparément, et de se retrouver au conseil communal», explique Hassan Tariq. Dans les campagnes, c’est un autre problème qui se pose : les conseillers élus ont beau représenter des formations politiques différentes, il arrive souvent qu’ils appartiennent aux mêmes familles ou tribus, ou tout simplement partagent des intérêts, et s’allient en fonction, parfois contre les positions adoptées par leurs partis respectifs, qui à force de ratisser large pour présenter un maximum de candidats, arrivent à des effets néfastes pour leurs intérêts. Face à cette situation, les alliances préélectorales perdent de leur intérêt. Reste que dans certains cas, les partis gagneraient quand même à accorder leurs violons.La Koutla, par exemple, n’a pas oublié ses désaccords de 2003, et les mairies clés qu’ils lui ont coûté. Du coup, lors de la dernière rencontre PPS – USFP, les représentants des deux partis se sont déjà accordé sur la nécessité de permettre à leurs structures «locales et régionales de coopérer au maximum, compte tenu des intérêts des uns et des autres», une option qui pourrait aller jusqu’à la présentation de listes communes, explique M’hammed Grine, membre du bureau politique du PPS. Ils se sont également mis d’accord sur la mise en place d’une cellule commune en ce sens, et pourraient même s’engager, comme en 2007, à figurer ensemble dans les majorités des conseils communaux, ou se rendre, ensemble, dans leur opposition. Un accord qui, s’il est respecté, pourrait s’avérer d’autant plus bénéfique que l’alliance PSU- PADS-CNI, projette de leur prêter main-forte.