Comment le campus de Rabat

Des étudiants d’origine sahraouie ont été interpellés en possession de bidons d’essence qu’ils voulaient utiliser à des fins criminelles.
Une minorité sème la violence et la terreur à Souissi I et Souissi II.
La politique de deux poids deux mesures appliquée par l’administration de la cité est décriée par les autres étudiants.

Vendredi 27 mai, la cité universitaire Souissi II est passée à deux doigts de la catastrophe. Selon des sources bien informées, les vigiles du campus ont interpellé en fin d’après-midi des étudiants originaires des provinces du Sud, en possession de 15 litres d’essence et de quelques bouteilles vides. De quoi préparer des cocktails Molotov. Toujours selon les mêmes témoins, les «terroristes en herbe» ciblaient les bonbonnes de propane qui alimentent les cuisines des restaurants universitaires. Si l’action avait abouti, les menaces des dirigeants du Polisario de commettre des attentats au cœur du Maroc ne seraient plus restées de simples fulminations verbales.
Tout avait commencé après la prière du vendredi. En écho à ce qui s’est passé durant toute la semaine à Lâayoune, une trentaine d’étudiants sahraouis, massés près de la porte de la cité universitaire Souissi I, ont commencé à scander, devant les caméras des télés espagnoles qu’ils avaient pris le soin d’avertir, des slogans à la gloire du Polisario. Une vingtaine de policiers dépêchés sur place ont essayé d’enlever les deux banderoles accrochées au portail de la cité. Réaction immédiate des étudiants sahraouis qui s’en sont pris violemment aux policiers, les bombardant avec divers projectiles : pierres, poubelles et bâtons. Surpris par la violence de la charge, les policiers reculent, laissant quelques blessés… Plus pour longtemps puisque les renforts ne tarderont pas à arriver. Les forces de l’ordre reprennent le dessus et poursuivent les assaillants jusqu’à l’intérieur de la cité universitaire Souissi II. La buvette est ravagée. Les matraques s’abattent sans distinction. Personne n’est épargné, ni les fauteurs de troubles ni les autres étudiants, ni le personnel de la cité. Tout cela devant les caméras des télés espagnols qui diffuseront, quelques heures plus tard, des images d’une répression sans merci.

Une minorité violente maintient un climat de terreur sur le campus
Pendant des heures, les forces de l’ordre encercleront le campus et procéderont à quelques arrestations parmi les fauteurs de troubles. Tous seront relâchés un peu plus tard dans la soirée et fêteront leur «victoire» dans la cité jusqu’à 22 heures… Ils ne se disperseront que chassés par la pluie.
« Impunité ! », telle est l’impression, le mot, qui revient le plus souvent dans la bouche des étudiants quand ils évoquent une minorité de résidents d’origine sahraouie. Ils dénoncent le climat de terreur dans lequel ils vivent à cause de ces étudiants jugés «violents» et qui multiplient les provocations depuis longtemps. La dernière en date est celle d’un étudiant originaire du Sahara venu se plaindre auprès de la direction. L’administration de la cité avait logé avec lui un «étranger», c’est-à-dire un Marocain originaire d’une autre province. D’autres anecdotes où le ridicule fait souvent place au tragique nourrissent les soirées des étudiants.
«Cette poignée d’excités empoisonne les relations des étudiants d’origine sahraouie avec leurs camarades des autres régions», constate un employé de la cité. La plupart des autres résidents sahraouis ont de très bons rapports avec tout le monde. En effet, ils sont 102 filles et 47 garçons originaires des provinces sahariennes à résider à Souissi II et quelque 300 à loger à Souissi I. «En réalité, les deux cités universitaires abritent le double de ces effectifs parce que l’administration ferme les yeux, pour des raisons humaines, sur ceux qui squattent illégalement les cités», renchérit un autre employé.
Ahmed S., étudiant à la faculté de droit et militant d’un parti de gauche, estime que ces comportements sont loin de tout activisme politique. «de tels agissements sont dignes de bandes de casseurs et de malfaiteurs et non d’une organisation politique avec des revendications politiques claires», s’alarme-t-il. «Ils sont loin d’être l’avant-garde du polisario comme ils aiment à se décrire. Ils reproduisent des pratiques tribales», déclare un autre étudiant.

Les résidents ne sont pas traités sur un pied d’égalité
Et d’ailleurs, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Quand on se promène sur le campus, il n’est pas rare d’entendre, de la bouche de plusieurs étudiants, des protestations contre la politique de deux poids deux mesures pratiquée par l’administration. «quand un résident de la cité qui n’est pas originaire du Sahara commet un impair, il est automatiquement sanctionné, ce qui n’est pas le cas des résidents sahraouis à qui tout est pardonné, même les émeutes », s’indigne une jeune locataire de la cité Souissi II.
Allal Rmich, directeur de cette cité, se refuse à parler des événements du vendredi 27 mai. Il s’est contenté par contre d’évoquer les problèmes généraux que connaît la cité, notamment ceux qui ont trait à la gestion quotidienne, comme le manque de personnel qui est passé, en l’espace de quelques années, de 340 à 180 personnes. Il nous a cependant affirmé que les étudiants sahraouis ont pu jouir, à l’instar de toutes les autres sensibilités culturelles, d’une semaine dédiée à la culture hassanie, organisée du 20 au 25 décembre 2004.
Aujourd’hui, le calme semble revenu sur le campus, même si la prudence est de rigueur. « Tant que ceux qui se livrent au vandalisme et insultent copieusement nos institutions sont systématiquement relâchés, le problème subsistera et ne fera que s’aggraver. Il faut que l’Etat traite tout le monde sur un pied d’égalité », conclut un des anciens résidents de Souissi II.

De gros efforts sont pourtant faits pour améliorer la qualité de vie des résidents sur le campus, comme en témoigne la bonne tenue du restaurant universitaire.