Comment ils voient le premier ministre

Pour entrer dans une logique démocratique, il faut un retour à  un premier ministre partisan puisqu’il permet une sanction de la performance du parti par les élections. La période Jettou était transitoire, ce choix s’est avéré judicieux pour une période, mais il faut un retour à  la normale pour renforcer les institutions démocratiques.

Nizar Baraka
Membre du comité exécutif de l’Istiqlal

«Un retour à la normale pour renforcer les institutions démocratiques»

Pour entrer dans une logique démocratique, il faut un retour à un premier ministre partisan puisqu’il permet une sanction de la performance du parti par les élections. La période Jettou était transitoire, ce choix s’est avéré judicieux pour une période, mais il faut un retour à la normale pour renforcer les institutions démocratiques.
Le premier ministre devra avoir de l’audace, être diplomate, compétent. Il devra savoir gérer une équipe, développer une synergie, un arbitrage. Il doit être un leader d’opinion, pas un leader au sens traditionnel du terme, avec un passé nationaliste. C’est quelqu’un qui doit être capable de tirer avec lui le reste du gouvernement.

Abdellah Bekkali
Membre du comité exécutif de l’Istiqlal

«Si Jettou avait appartenu à un parti, il aurait été obligé de rendre des comptes»

Il faut un homme politique avec une expérience gouvernementale commis par l’opinion publique, qui connaisse son discours et qui soit reconnu. Doit-il avoir une connaissance du domaine économique, des entreprises ? Il peut travailler avec tout un staff d’experts. Quand Jettou va partir – et ce n’est pas pour critiquer sa performance -, il ne va rendre de comptes à personne. S’il avait appartenu à un parti, il aurait été obligé de rendre des comptes.

Saâdedine El Othmani
Secrétaire général du PJD

«Une expérience gouvernementale et une expérience politique»

Le premier ministre aura besoin d’une expérience gouvernementale, et surtout d’une expérience politique. On pourra parler de la personnalité du premier ministre une fois que l’on sera dans un processus où la confiance existera : la confiance de la population, mais aussi et surtout celle des élites. D’où la nécessité d’une transparence électorale. La nouvelle loi sur les partis politiques peut aider en ce sens, dans une certaine mesure, mais ce qui importe surtout c’est un changement dans la pratique politique, qu’elle devienne plus saine, plus transparente.

Abdelhadi Khaïrate
Membre du comité exécutif de l’USFP

«Un politique qui ne soit pas un figurant»

Il faudra déjà voir la majorité qui va se dégager en 2007. Il faudrait aussi un changement au niveau de la Constitution pour que le premier ministre soit nommé automatiquement au sein de la majorité. Le premier ministre idéal devra être capable de prendre des décisions, être courageux et pas un simple figurant. Il ne s’agit pas seulement de charisme, il faut aussi de la compétence, du courage, pas des muscles. Laenser ? Il vous dira qu’il n’a pas le profil approprié. El Yazghi ? Dans ce cas il ne devrait plus être secrétaire général de l’USFP. Abbas El Fassi ? Ça dépendra de son parti. El Othmani ? Il faudrait des alliances, mais qui va accepter de s’allier au PJD, de venir en second après El Othmani ? Aucun grand parti n’accepterait cela.

Mohamed Moujahid
Parti socialiste unifié (PSU)

«Le plus important ? Un premier ministre politique»

Ce qui est fondamental, c’est qu’il y ait un premier ministre politique, issu démocratiquement et en toute transparence du parti qui obtient la majorité des voix aux prochaines élections législatives de 2007. Je donne plus d’importance aux structures qu’aux personnes : attributs du premier ministre et du gouvernement et réforme de la Constitution qui lui donnerait des pouvoirs réels. C’est la personne qui doit être adaptée à la structure et non l’inverse.

Mohand Laenser
Secrétaire général du Mouvement populaire

«Je ne suis premier ministre ni potentiel ni virtuel»

Quel premier ministre pour 2007 ? La presse véhicule des rumeurs, mais je ne suis ni premier ministre potentiel, ni virtuel. Je ne pense pas qu’un technocrate sera nommé au gouvernement. C’est vrai que ce n’est pas impossible, constitutionnellement parlant, puisque le premier ministre ne doit pas obligatoirement appartenir à un parti ou être un parlementaire mais on a tendance à aller vers quelque chose de plus orthodoxe. Le leader idéal, c’est quelqu’un qui peut maintenir homogénéité dans son propre parti, qui peut traiter avec les autres partis, trouver une communion avec les autres composantes, qui a des capacités managériales, qui sait mener une équipe, pas forcément quelqu’un avec une formation économique.

M’hamed Grine Labied
Membre du bureau politique du PPS

«Jettou a l’étoffe d’un premier ministre.
Il doit se politiser»

Il faudrait un premier ministre qui ait assez de crédibilité pour dégager une majorité et un consensus, particulièrement pour les grandes décisions. Il faut aussi qu’il puisse attirer le soutien d’une majorité et d’une large couche populaire.
Driss Jettou a l’étoffe d’un premier ministre. S’il veut prétendre à ce poste, il peut soit fonder son propre parti, soit en intégrer un. D’ailleurs, je ne doute pas que plus d’un parti politique serait heureux de l’accueillir dans ses rangs. Et il n’est pas le seul à pouvoir enrichir le paysage politique par son expérience. Le mieux serait que le futur premier ministre appartienne à un parti ou soit apparentéà un des pôles, un peu comme de Villepin en France.

Amine Abdelhamid
Président de l’AMDH

«Un premier ministre aux pouvoirs réels»

Un PM doit d’abord avoir le pouvoir exécutif. Avancer un nom est tout à fait secondaire tant que son pouvoir reste inhibé par le pouvoir de l’institution monarchique. Ça passera inévitablement par la réforme de la Constitution, l’établissement d’une véritable séparation des pouvoirs où la justice aura son indépendance, et une séparation des pouvoirs temporel et religieux. Que ce soit Driss Jettou, Abderrahmane Youssoufi et avant eux tous les technocrates, la personnalité du premier ministre a toujours été effacée. Le Maroc, au moment où l’on parle de plus en plus d’Etat de droit, n’a plus besoin d’un haut fonctionnaire à la primature, mais d’un premier ministre aux pouvoirs réels. Ce n’est qu’après une réforme de la Constitution qu’il sera adéquat d’avancer un profil.

Khalid Naciri
Membre du bureau politique du PPS

«Plutôt qu’un expert, il faut un homme qui ait une vision»

Il est trop tôt pour parler de la mouvance politique de ce premier ministre, mais je souhaiterais qu’il appartienne à une mouvance démocratique et moderne. Il faut aussi qu’il ait une envergure politique, même s’il ne peut pas être ignorant dans le domaine économique, il n’a pas besoin d’être un expert pointu. Il faut qu’il ait une vision stratégique.
Donner des noms aujourd’hui serait un exercice surréaliste. Le Roi devra tenir compte de paramètres complexes car il y a un risque de se retrouver sans majorité cohérente en 2007, c’est-à-dire que chaque grand parti pourrait se retrouver avec 12 à 14% des voix. La structure fondamentale des partis politiques fait que quels que soient les efforts accomplis, il n’y aura pas de bouleversement radical en 2007. Par définition, la majorité ne peut se faire que par des coalitions. Je milite pour que les partis entrent dans une alliance dès aujourd’hui, et n’attendent pas la dernière minute pour effectuer une démarche opportuniste. Dans les grandes lignes,
la coalition continue d’être la moins mauvaise des options.

Youssef Alaoui
Président de la FISA

«Ismaïl Alaoui et Mohand Laenser ont le bon profil»

Moulay Ismaïl Alaoui et Mohand Laenser sont deux chefs de partis politiques avec lesquels j’ai collaboré et qui disposent à l’évidence du parfait profil de premier ministre. L’expérience dans le monde a démontré que c’est le chef de parti qui est proposé au poste de premier ministre. Les outsiders ne pourront avoir leur chance que si les structures partisanes décident d’organiser des primaires.
N’empêche que des profils existent : Hassan Abou Ayoub, Mohamed Sajid ou encore El Gahs ont obtenu la confiance au niveau local. Pourquoi ne pas l’étendre à l’échelle nationale ?
Dans tous les cas, il faut un premier ministre politique. Driss Jettou peut être reconduit mais pour cela il lui faut une étiquette partisane. Si tel était son souhait, il serait logique, dans un souci de transparence, que cela se fasse bien longtemps avant les élections législatives à venir. C’est au Souverain que reviendra alors la décision de le maintenir ou de nommer quelqu’un d’autre en attendant 2007.

Hassan Chami
Président de la CGEM

«Si le scénario de 2002 doit se répéter autant que ce soit Jettou»

Je ne porte pas de jugement de valeur sur les leaders des partis aujourd’hui. Mais force est de constater que l’exercice du pouvoir use. Je doute fort qu’il y ait une adéquation aujourd’hui entre les chefs des principaux partis et le Maroc que nous projetons dans l’avenir. Si on reste dans le système de la chefferie, on n’aura pas progressé. Mais si on accepte d’aller dans la composition des partis politiques, dans leurs cellules et dans les gens qui tournent autour, chaque parti aura des noms potentiels de leaders susceptibles de supporter un programme. L’idéal: un parti politique majoritaire qui décidera de porter à sa tête un technocrate averti. Mais si en 2007 on vient à revivre le scénario de 2002, et que l’on doit rester dans un profil technocratique qui gère la chose politique en même temps, Jettou est un bon profil.

Bouchaib Benhamida
Président de la FNBTP

«Le chef de parti doit se consacrer uniquement au parti»

Un chef de parti doit continuer sa fonction de gestion du parti et laisser à d’autres la mission de chef de l’Exécutif. Je suis pour un premier ministre issu de la majorité dégagée par les urnes mais qui ne soit pas forcément le leader d’un des partis. Jettou est un premier ministre qui n’a pas déçu par son bilan, du point de vue économique. Mais je préfère que le prochain premier ministre soit issu d’une majorité parlementaire pour que son mandat ne se complique pas. Il ne faut pas qu’il soit l’otage d’une majorité confectionnée ou conjoncturelle. Dans l’absolu, s’il était dans un parti politique, je serais favorable à un second mandat de Jettou.
A part lui, je vois bien à ce poste Abdelaziz Meziane Belfkih ou Mohamed Kabbaj, des gens de grande expérience. Il y en a sûrement d’autres.

Karim Tazi
Président de l’Amith

«Pourquoi pas Douiri ou Ghallab ?»

A défaut d’un parti social libéral comme le New Labour de Tony Blair, le plus important serait une majorité homogène évitant le gouvernement hétéroclite et de qualité très inégale que nous avons aujourd’hui. Une coalition à tendance conservatrice PJD/Istiqlal est probable. Elle aurait l’avantage de faire «participer» le PJD qui est un parti populaire, structuré, représentatif, et de permettre que des ministres compétents et efficaces tels que Adil Douiri, Karim Ghellab, Tawfik Hjira, Yasmina Baddou restent au gouvernement. Dans cette alliance, je ne vois pas Abbès El Fassi à la tête du gouvernement. Je suis plutôt pour un saut générationnel. Pourquoi pas Adil Douiri ou Karim Ghellab à la primature ? Autre possibilité plus réaliste : Ghellab reste à l’Equipement et Adil Douiri hérite du ministère des Finances. Solution idéale pour une gestion financière dynamique et volontariste et non pas statique et «comptable» comme celle que nous avons aujourd’hui. Dans cette hypothèse un Saad Eddine Othmani à la primature ne me dérangerait pas. Dans des ministères clés tels que celui de la justice, le PJD aurait l’occasion de faire ses preuves en matière de lutte contre la corruption. La grande inquiétude resterait bien entendu l’Education, qu’elle soit entre les mains de l’Istiqlal ou du PJD…

Jalil Benabbes-Taarji
Président de la Fédération tourisme

«Vivement un saut de génération»

Je ne connais pas suffisamment les chefs de partis pour les apprécier. Une chose est certaine : personne ne se détache du lot. Driss Jettou a certes la confiance du chef de l’Etat mais son gouvernement est composé d’une myriade de partis politiques. Il faut espérer que les prochains gouvernements seront plus restreints. Si en 2007 on retrouve les mêmes conditions que celles de 2002, et toutes choses égales par ailleurs, je serais pour la reconduite de Jettou. Son seul «défaut», c’est de ne pas être un leader politique. En dehors de cela, il a toutes les autres qualités. Si Jettou n’est plus en course, on doit réaliser un saut de génération. Vivement alors un premier ministre plus jeune. Dans tous les cas, j’estime que le choix d’un premier ministre politique, quel qu’en soit le coût, présente des avantages plus importants que les inconvénients

Ali Belhaj
Secrétaire général de l’Alliance des libertés

«On n’est pas à la recherche d’un cadre supérieur à qui confier la primature»

Un vrai premier ministre est le représentant d’une majorité issue de consultations générales, donc d’une majorité parlementaire. On n’est pas à la recherche d’un cadre supérieur à qui confier la primature. Au lieu de s’attarder à savoir qui deviendra premier ministre en 2007, il faut s’atteler à dégager une majorité stable au Parlement. La première qualité dont doit disposer un premier ministre est sa capacité à organiser cette majorité autour de son nom, majorité expression de la volonté populaire. L’expérience politique est obligatoire dans le choix d’un premier ministre.