Comment faire pour adhérer à  un parti politique

Tout nouvel adhérent fait souvent l’objet d’une petite “enquête” avant de voir sa demande aboutir. La peur d’être “infiltrées” a longtemps contraint les formations politiques au renfermement sur soi. Entre adhésion ordinaire et politique, les règles peuvent être remodelées à  souhait.

En voulant adhérer coûte que coûte au PJD, Isehaq Charia, un jeune avocat inscrit au barreau de Tétouan a créé l’évènement, il y a quelques semaines. Nous n’allons pas revenir sur les péripéties de cet ancien cadre du PLM, présenté, par le PJD lui-même, comme «avocat de confession juive» désirant rejoindre le parti islamiste. L’intéressé a organisé une conférence de presse pour tirer tout cela au clair. Sa demande n’en est pas pour autant avancée. C’est que, tout en se déclarant libéral, le jeune avocat insiste quand même pour rejoindre un parti dont le référentiel revendiqué est totalement à l’opposé de ses convictions. L’idée de ce jeune juriste est bien simple. Le PJD en tant que parti marocain doit être ouvert à tous les Marocains sans exception.  
Au-delà de ce cas très particulier, se pose une question. Peut-on facilement rejoindre un parti politique quelconque? La loi est on ne peut plus claire sur ce point: «Les citoyennes et citoyens âgés d’au moins 18 ans révolus peuvent adhérer librement à tout parti politique légalement constitué», stipule l’article 19 de la loi organique des partis politiques promulguée le 29 novembre 2011. Le même article précise que les partis politiques œuvrent à leur tour à «la prise de toutes les mesures pour favoriser et encourager cette adhésion, conformément à leurs statuts et règlements intérieurs en veillant au respect de la Constitution et des dispositions de la loi». Il y a néanmoins certaines catégories de personnes qui ne peuvent adhérer à aucun parti politique. La loi les cite nommément. Il s’agit des membres des Forces armées royales et les agents des Forces publiques, les magistrats, magistrats de la Cour des comptes et les magistrats des Cours régionales des comptes, les agents d’autorités et les auxiliaires d’autorité ainsi que les personnes interdites, en vertu de la loi, d’activité syndicale.

Une même procédure, à peu de choses près, pour tout le monde

Et si la même loi interdit d’appartenir, en même temps, à deux partis politiques différents, elle reste muette quand il s’agit d’épouser l’idéal politique d’un parti et vouloir rejoindre, pour une quelconque raison, un autre dont les choix et la charte politiques sont diamétralement opposés. C’est là qu’interviennent les partis en mettant en place des garde-fous réglementaires pour éviter d’être noyés par des militants indésirables.
En général, la procédure est presque la même pour tous les partis, du moins pour ceux qui comptent, soit les 8 grandes formations représentées au Parlement. Pour ces partis, il y a deux sortes d’adhésions, simple et politique. Pour un citoyen ordinaire, il faut se présenter à la section locale du parti la plus proche du lieu de travail ou de résidence. Généralement, il faut présenter une copie de la carte d’identité nationale et une ou plusieurs photos, remplir un formulaire et signer une charte d’honneur. En gros, cette charte suppose que le postulant adhère à la ligne politique et aux valeurs du parti et déclare ne pas appartenir à une autre formation politique. Car «nul ne peut adhérer en même temps à plus d’un parti politique», comme le précise l’article 21 de la loi organique des partis politiques. En cas d’une précédente activité dans un autre parti, une copie de la démission de son ancien parti est requise. Il faut également et le plus souvent s’engager à faire du volontariat. Certaines formations vont jusqu’à exiger que le postulant soit inscrit sur les listes électorales. La demande est donc déposée à l’antenne locale qui la transmet aux instances centrales. A l’USFP, par exemple, le bureau politique reçoit régulièrement un lot de formulaires d’adhésion agrémentés de remarques et observations des antennes locales. Et c’est lui qui délivre les cartes aux nouveaux adhérents. Certains partis prévoient une procédure d’adhésion en ligne. Auquel cas la demande est acheminée pour avis à la section locale de résidence du demandeur qui aura son mot à dire.

Que se passe-t-il quand la demande est refusée ? L’USFP, pour ne citer que cet exemple, prévoit des voies de recours. D’abord, explique un membre de la commission administrative, tout refus des instances locales d’une demande de candidature doit être motivé. En cas de rejet, donc, le requérant s’adresse à l’antenne provinciale du parti et si sa demande est encore rejetée, il s’en remet au bureau politique qui intervient en dernier recours. Et dans tous les cas, le refus doit être motivé et argumenté. Si tout va bien, théoriquement le postulant se voit délivrer sa carte de nouveau membre après avoir réglé sa cotisation. Certains partis poussent l’amabilité jusqu’à lui fournir une copie des statuts du parti, du règlement intérieur et de la charte politique. Le voilà militant de base.

Une procédure allégée pour les cadres

Quand on est cadre, ingénieur ou l’on exerce une profession libérale (médecin, pharmacien, avocat…), on joue dans une catégorie supérieure. Pour cette catégorie, les partis peuvent se permettre une entorse à leurs règlements. «Il est inconcevable que l’adhésion, par exemple, d’un haut cadre, acteur associatif connu dans sa région, soit soumise à l’appréciation d’un représentant local du parti souvent bien moins connu. Dans ce genre de situations, on concède quelques dérogations aux formalités d’usage et le parti en sort gagnant», affirme ce membre de la commission administrative de l’USFP. La case section locale et provinciale est donc sautée. La demande est traitée plus haut. Bien plus, généralement, c’est le parti qui va à la chasse de ce genre de profils. Car il faut se l’avouer, un cadre, un ingénieur ou un médecin n’a ni la patience ni le temps de gravir les échelons depuis le simple militant de base jusqu’aux postes de responsabilités. C’est donc pour cela que les organisations parallèles ont été mises en place. Chaque parti (du moins la plupart d’entre eux) dispose de sa propre organisation, féminine, des cadres, des médecins, des pharmaciens, des avocats, des économistes, des professeurs universitaires… Ces organisations, servent souvent d’outil de recrutement au sein de la corporation. Bref, si aujourd’hui rejoindre un parti est somme toute chose facile, cela n’a pas souvent été le cas. A ses débuts, et pendant bien des années plus tard, l’Istiqlal, le doyen des partis politiques marocains, fonctionnait comme une “zaouia”. Tout nouveau postulant fait l’objet d’une enquête serrée avant d’être accepté comme militant de base. Si bien qu’une grande partie des recrues sont choisies dès leur jeune âge par la voie de la Jeunesse scolaire et de l’Association des scouts et de l’Union générale des étudiants. L’inconvénient de ce système fermé c’est qu’il faut parfois près d’un quart de siècle de “militantisme” pour accéder aux postes de responsabilités. Aujourd’hui, même si les mêmes procédures sont toujours en vigueur, c’est-à-dire qu’il faut s’adresser à l’antenne la plus proche du lieu de résidence pour déposer une demande et faire l’objet d’une petite enquête avant de se voir délivrer sa carte, ce n’est plus comme avant. En effet, depuis 2009, rejoindre l’Istiqlal n’est plus aussi difficile qu’avant, le parti a même prévu des passerelles pour intégrer les profils “intéressants”. C’est le rôle que jouent principalement les alliances professionnelles, confie un dirigeant du parti. Leurs membres, souvent de nouvelles recrues, peuvent accéder directement, selon une procédure allégée, au Conseil national.

Le PJD, une machine à recruter

Il en va de même pour le PJD, dont l’essentiel des recrues provient principalement de la maison mère, le Mouvement unicité et réforme (MUR), et de multiples associations qui gravitent autour. La jeunesse estudiantine, les associations féminines, les multiples antennes du MUR qui organisent chaque année une opération de recrutement à travers les concours de mérite scolaire, les concours de mémorisation et psalmodie du Coran, les festivals… continuent d’alimenter le parti en jeunes recrues. Depuis qu’il dirige le gouvernement, le parti a concédé une légère ouverture ayant permis d’intégrer des cadres et des nouvelles compétences attirés pas l’exercice du pouvoir. Et ce, sous le regard bienveillant du MUR, dont certains dirigeants, à commencer par le propre secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane, tiennent les rênes du parti.
La candidature politique est une autre forme de frapper à la porte d’un parti. Dans ce cas, ce sont, le plus souvent, des élus ou des responsables d’autres partis qui adressent des demandes d’adhésion, généralement groupées, à une autre formation politique. Ces demandes sont traitées directement par les instances dirigeantes du parti hôte. Ce genre d’adhésion est le plus souvent provoqué et fait l’objet d’une série de négociations au préalable. Des partis présentent même certains cas extrêmes où les nouvelles recrues sont directement propulsées au sommet de la hiérarchie. Le cas le plus récent remonte à moins d’une année, lorsque le Parti de la renaissance et de la vertu (PRV) de Mohammed Khalidi a annoncé l’intégration directe dans son bureau politique de cinq membres de la mouvance salafiste, dont une femme, à l’issue de son deuxième congrès tenu en juin de l’année dernière. Auparavant, c’est le PJD qui s’est illustré dans ce sens en incorporant dans son secrétariat général l’ancien président du tribunal administratif de Marrakech, Jaâfar Hassoune, juste après son adhésion au parti.

Être militant, ce n’est pas souvent gratuit

C’est pour ainsi dire que, même pour adhérer à un parti politique, les citoyens ne sont pas tous égaux. En bas de l’échelle, le citoyen ordinaire, puis les autres. Certains sont courtisés, les élites électorales locales, les cadres (la demande sur ces catégories est plus pressante lorsque la formation politique est appelée à faire partie de la coalition gouvernementale), les militants associatifs, les femmes et les jeunes. Ces derniers sont les plus recherchés depuis que le législateur leur réserve 60 sièges de la première Chambre, soit un peu plus de 15% des sièges. De même, la loi organique des partis politiques exige de ces derniers de céder au moins le tiers des postes de responsabilités aux jeunes et aux femmes.
Cela étant, adhérer à un parti a un prix. La cotisation minimale est de 50 DH, le PAM prévoit 20 DH pour les étudiants alors que l’USFP les exonère ainsi que les sans-emploi. Mais dès qu’on gravit les échelons le montant des cotisations suit la tendance. Au PAM, un membre du bureau politique doit débourser 5000 DH, les membres des différents secrétariats et forums régionaux 100 DH. Les élus locaux 200 DH et les parlementaires 1000 DH. En plus des élus qui doivent s’acquitter d’un montant de 20 à 30% de leur indemnités mensuelles, les autres membres du PJD sont également assujettis à une cotisation qui démarre à 50 DH. Pour contraindre ses responsables à s’acquitter de leur dû, situé également dans la même fourchette, l’USFP fait signer aux membres de sa commission administrative, son bureau politique et ses parlementaires un ordre de virement irrévocable au début de leur mandat et qui porte sur toute la durée de celui-ci. Il va de soi que, la plupart des partis le confirmeront, ces contributions financières ne représentent pas grand-chose dans les finances d’un parti. A tel point que beaucoup de formations ne sont pas très regardantes sur ce volet.
Pour revenir à notre citoyen ordinaire, futur adhérent qui, une fois ayant accompli les formalités et payé accessoirement sa cotisation, devient officiellement encarté. Et en militant de base, il peut désormais participer aux meetings politiques et réunions internes du parti. Il peut commencer à gravir les échelons dès le congrès suivant où les instances du parti sont entièrement renouvelées. Mais il ne peut pas pour autant brûler les étapes. Car pour devenir, par exemple, membre de la commission administrative de l’USFP, il faut justifier de 10 ans d’ancienneté, 15 ans pour postuler au poste de premier secrétaire. Au PJD, et c’est un autre exemple, un militant ne peut même pas postuler pour un poste. Ce sont ses pairs qui le proposent comme candidat à ce poste. Ceci pour les postes de responsabilités. Quant à se présenter aux élections, au nom d’un parti quelconque, c’est là une autre histoire.