Chabat : je suis candidat à  la direction de l’UGTM et je ne laisserai pas tomber Fès

Le président de la commission préparatoire du congrès accuse l’actuel secrétaire général d’immobilisme et de mauvaise gestion.
Il se déclare favorable à  un troisième mandat de Abbas El Fassi à  la tête de l’Istiqlal.
Un audit des comptes du parti a été commandité.

La Vie éco : Finalement, quand le IXe congrès de l’UGTM aura-t-il lieu ?
Hamid Chabat : Notre congrès est prévu du 30 janvier au 1er février. A l’origine, il devait se tenir du 12 au 14 décembre, toutefois, des problèmes ont entravé sa préparation, et ces derniers avaient toujours la même source : le secrétaire général, Mohamed Benjelloun Andaloussi. A l’origine, lorsque nous avions organisé le congrès extraordinaire du 28 janvier 2006, à Casablanca, nous nous étions donné une période transitoire d’un an pour tenir le congrès ordinaire. Finalement, il nous en a fallu trois. Entre-temps, les collègues du comité exécutif ont perdu le fil des recettes et des dépenses, les activités se sont faites moins nombreuses. Alors qu’en 2006 nous avions décidé de faire le tour des régions et de mener une politique de proximité, aucune région n’a tenu de rencontre générale…L’UGTM se trouve aujourd’hui dans une situation illégale, car le congrès aurait dû se tenir en mars 2007, or les élections ne sont plus très loin.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir agi avant le renouvellement de la Chambre des conseillers en 2006 ?
C’est bien cela le problème avec le nouveau secrétaire général : il n’a rien fait. Même s’il a pris deux ans de plus que prévu, le syndicat n’a pas été restructuré, ni réorganisé. On peut même dire que sa situation s’est détériorée. Par exemple, nous ne connaissons pas le nombre exact des inscriptions : nous savions qu’auparavant les recettes y afférentes s’élevaient à un million de DH. Aujourd’hui, j’ai constaté qu’elles étaient seulement de 160 000 DH. Par conséquent, il y a là un recul dangereux. En 2005, la subvention de l’Etat s’élevait à 300000 DH par an, aujourd’hui, elle est de 1,2 MDH, et à l’occasion du renouvellement de la Chambre des conseillers, le syndicat a reçu une aide de 2 MDH. Tout cet argent aurait dû être investi dans les locaux, la formation, la stratégie que nous avions voulue au moment du congrès extraordinaire, pour construire un syndicat nouveau, moderne, évolué, qui va s’attaquer aux grands problèmes du pays.

Comptez-vous vous postuler au poste de secrétaire général dans un mois ? Pourquoi d’ailleurs ne pas l’avoir fait dès 2006 ?
A l’époque, nous nous étions dit que M. Benjelloun Andaloussi aurait un peu de temps libre pour gérer le syndicat. Pour ma part, j’avais un gros dossier sur les bras: la mise à niveau de la ville de Fès. Aujourd’hui, les choses ont changé : la ville s’est développée, certains projets se sont concrétisés, d’autres encore ont passé la phase des études, je dispose donc d’un peu de temps pour que nous appliquions ce programme, ambitieux, de réforme de l’UGTM. Par conséquent, pourquoi ne pas avoir une telle ambition, si tel est le souhait des frères qui m’ont placé à la tête de la commission de préparation du congrès et si les conditions sont réunies pour constituer l’équipe homogène qui construira le syndicat dont le Maroc a besoin.

Réformer l’UGTM demande quand même beaucoup de travail. Comptez-vous renoncer à un nouveau mandat à la tête du conseil de la ville de Fès ?
Pour nous, ce travail est avant tout un travail d’équipe. Lorsque vous avez un programme déterminé, une feuille de route connue et qui fait l’unanimité au congrès, dans ce cas-là, le responsable, quel qu’il soit, l’appliquera avec une très grande facilité. C’est pour cela que, aujourd’hui, nous organisons une série de rencontres dans les régions. De même, dans notre projet de règlement intérieur, nous souhaitons que le secrétaire général soit secondé par plusieurs secrétaires nationaux disposant des prérogatives financières et légales leur permettant de gérer leurs territoires respectifs et de dialoguer avec les entreprises, les autorités et les inspections du travail
En attendant, pour savoir où nous en sommes, qu’il s’agisse du nombre d’adhérents, des aides de l’Etat et des organisations internationales à l’UGTM, des formations obtenues à travers le ministère de l’emploi, un audit est en cours. J’ai été obligé de recourir à cette solution quand j’ai vu, dans une interview du secrétaire général, que ce dernier affirmait avoir vendu sa voiture à 18 millions de centimes et en avoir pris 22 millions au syndicat pour en acheter une nouvelle.
Lorsque j’ai contacté mes camarades à Casablanca, ils m’ont dit : nous avons visé deux chèques. Le premier visé de 30, et le second de 12, ce qui fait un total de 42 millions de centimes.

Si un tel abus a eu lieu, pourquoi n’avez-vous pas été en mesure de le prévenir ?
Notre syndicat fonctionne comme une association. Il existe une confiance, aveugle, oserai-je dire, car nous sommes des militants. Si cette confiance disparaît, nous allons faire notre audit. J’ai même demandé aux auditeurs de nous fournir une feuille de route sur la manière de travailler après le congrès, et nous allons signer avec eux un accord de dix ans pour instaurer une certaine transparence dans la gestion du syndicat.

Je repose la question : si vous êtes élu à la tête de l’UGTM, avez-vous l’intention de renoncer à un nouveau mandat à la mairie de Fès ?
Rendez-vous à Fès et observez la réaction des habitants si vous leur dites que je ne vais pas me présenter. Fès a encore besoin de six ans pour préserver et mener à terme ce que nous avons construit jusqu’à présent. Par conséquent, l’équipe actuelle doit être reconduite. Je considérerais comme une trahison la rupture de mon engagement vis-à-vis des habitants de cette ville.

Parlons à présent de l’Istiqlal. Les bouleversements que l’UGTM vient de connaître ne risquent-ils pas d’avoir un impact sur le congrès du parti ?
En ce qui concerne l’Istiqlal, l’affaire est aujourd’hui tranchée : la commission préparatoire a achevé ses travaux, et le désaccord concernant le troisième mandat du secrétaire général Abbas El Fassi a été résolu. Sur ce point, je pense que toutes les organisations parallèles au parti, dont l’UGTM, à travers sa commission préparatoire, sont en faveur d’un renouvellement de son mandat à la tête du parti. En fait, tous les istiqlaliens sont favorables à ce troisième mandat.