Ceux qui dirigeront les six mairies les plus convoitées

Deux mairies pour le Mouvement populaire, deux pour l’Istiqlal, une pour l’Union constitutionnelle et une aussi, et une seulement, pour l’USFP. Tour d’horizon des tractations en cours.

Fès : Choisir entre trois Istiqlaliens
Vendredi 12 septembre à minuit, les Istiqlaliens ont fêté comme il se doit leur victoire électorale devant le siège du parti. Et pour cause, l’Istiqlal a réussi à dépasser l’USFP de 9 sièges en en remportant 23 contre 14 pour son rival. Usés par l’exercice du pouvoir communal et affaiblis par leurs propres dissensions et querelles internes, les socialistes passeront, à moins d’un improbable retournement de situation, le relais au parti de Abbès El Fassi. L’alternance a donc de très fortes chances d’avoir lieu à la tête de la capitale spirituelle du pays. Ce qui fait encore l’objet de discussions, c’est le nom du maire de la ville. Hamid Chabat, tête de liste à l’arrondissement de Zouagha, fort de ses performances électorales, puisque sa liste a raflé 6 des 10 sièges à pourvoir, est l’un des trois candidats favoris.
Cependant, en raison d’une gestion critiquée de la commune de Zouagha, il ne fait pas l’unanimité parmi les Istiqlaliens fassis et encore moins chez les partis alliés ou amis. Ainsi, à en croire un membre du secrétariat général du PJD, son parti ne veut à aucun prix entendre parler de M. Chabat à la tête du Conseil de la ville. Si le PJD se dit prêt à soutenir l’Istiqlal, il se rétracterait si la candidature de M. Chabat était maintenue. Au sein du parti et parmi ses alliés, on lui préfère Abdelhak Tazi ou M’hamed Douiri. Suspense.
Le Conseil de la Ville de Fès compte 81 membres. PI (23), USFP (14), PJD (9), PPS (7), RNI (5), MP (5), SAP (5), FFD (3), MNP (2), PND (2), MDS (2), PCNI (1), GSU (1), PDI (1), PCS (1).

Marrakech : L’USFP hors-jeu
Promise à l’USFP depuis les législatives du 27 septembre 2002, durant lesquelles le parti avait obtenu 26% des voix exprimées contre seulement 13% pour l’Istiqlal, Marrakech s’est finalement refusée aux avances socialistes. Et pourtant, ils avaient tout pour gagner… Mais peut-être que le très faible taux de participation (moins de 40%) a changé la donne. Toujours est-il que le score électoral de l’USFP est médiocre. De plus, il s’est fait coiffer au poteau par les amis de M’hamed El Khalifa qui ont remporté 15 sièges, contre seulement 11 à ceux de Abderrafie Jouahri. La ville ocre a donc renoué ses liens avec les istiqlaliens. Le poste de maire devrait normalement revenir au «baron» istiqlalien de la ville, M’hamed El Khalifa ou de Abdellatif Abdouh, jeune istiqlalien ayant présidé la commune de Guéliz … Ainsi, dans toutes les rencontres et réunions de coordination du PI avec des partis alliés ou amis, Fès et Marrakech ne sont pas négociables.
Si à Casablanca, l’UC a créé la surprise en se classant quatrième, à Marrakech, ce parti mené par le président de la Communauté urbaine, Omar Jazouli, s’est pratiquement effondré en ne remportant que 5 sièges. Même si l’homme a de la ressource et beaucoup de moyens, il ne fera pas le poids devant le rouleau compresseur istiqlalien. Quant au PJD, qui n’a remporté que 6 sièges, il soutiendra sans sourciller ses amis de l’Istiqlal.
Le Conseil de la Ville de Marrakech compte 81 membres. PI (15), USFP (11), UC (5), UD (8), FFD (7), PJD (6), ADL (5), RNI (4), PND (4), FC (3), MP (3), MNP (2), PED (2), MDS (2), PPS (1), PSD (1), PRD (1), PDI (1).

Rabat : Au nez et à la barbe de D. Lachgar
L’USFP ambitionnait de remporter les mairies des deux capitales du Royaume, Casablanca et Rabat. La volonté des électeurs, le mode de scrutin et le génie des tractations à la marocaine en ont voulu autrement. L’USFP risque bien de rater le coche dans les deux villes. La perte de Rabat, si elle se confirmait, serait encore plus douloureuse que celle de Casablanca, puisque la capitale a été une citadelle usfpéiste inexpugnable. De ce fait, la contestation risque d’être sans pitié contre la gestion du dossier des élections par la direction actuelle du parti.
Faute d’un accord avec le Parti de l’Istiqlal et les autres partis de la majorité, l’USFP n’a aucune chance de l’emporter, puisqu’il n’a guère fait mieux qu’à Casablanca. Il n’a remporté que 17 sièges sur les 81 que compte le Conseil de la ville.
De plus, Omar Bahraoui, chef de file du MP à Rabat, et ancien directeur des Collectivités locales au ministère de l’Intérieur, a fait une offre alléchante à l’Istiqlal : la présidence des conseils d’arrondissement contre le soutien de ce parti à M. Bahraoui pour le poste de maire de Rabat. Quant au PJD, qui a remporté 8 sièges, il serait heureux d’offrir ses voix à Omar Bahraoui pour empêcher l’un des chefs de ce qu’il appelle le courant «éradicateur» de l’USFP, Driss Lachgar, de diriger la ville de Rabat. Ce dernier a jeté l’éponge et s’est retiré de la course.
81 sièges au Conseil de la Ville de Rabat : USFP (17), MP (15), PI (11), PJD (8), PPS (7), UC (5), RNI (4), MNP (3), UD (3), FFD (2), PCNI (2), MDS (2), PED (1), PAI (1), PDI (1).

Salé : Le MP monte au créneau
Les deux villes riveraines du Bou Regreg, Rabat et Salé, passeront très probablement dans le giron du Mouvement populaire. Si à Rabat, c’est un haut fonctionnaire converti dans les affaires qui dame le pion à l’USFP, à Salé c’est un homme d’affaires versé en politique, Driss Sentissi, qui a battu à plate couture l’Istiqlalien Mohamed Aouad.
L’invalidation de la liste de Larbi Salmi, membre du bureau politique du PND, pour falsification de documents administratifs, et qui a toujours dominé électoralement la ville de Salé, a ouvert les appétits de tous les partis, et particulièrement ceux du MP, de l’Istiqlal, du RNI et du PJD. Celui qui a le plus déçu a été l’Istiqlal qui n’a remporté que 7 sièges sur les 71 que compte le Conseil de la ville de Salé.
Le MP, mené par Driss Sentissi, a remporté ce scrutin haut la main avec 18 sièges, contre 10 pour le PJD. Un membre du secrétariat général de ce parti, député de Salé, affirme que son parti soutiendra sans états d’âme la candidature de M. Sentissi pour le poste de maire. Le président du groupe parlementaire du MP à la Chambre des Représentants aurait accompli du bon travail au profit des populations en tant que président de commune et mérite donc le soutien du PJD. Noureddine Lazrak, tête de file du RNI dans la ville des corsaires, essaie sans beaucoup de succès de donner du fil à retordre au MP.
71 sièges pour le Conseil de la Ville de Salé : MP (18), PJD (10), RNI (9), PI (7), USFP (5), PND (5) FFD (4), MDS (3), PDI (1), PED (1), MNP (1), PRD (1), PRE (1), PML (1), ICD (1), SAP (1).  

Agadir : Une ville qui sauve la mise à l’USFP
Bastion électoral de l’USFP depuis 1976, la ville d’Agadir restera socialiste. Après un début hésitant, Tariq Kabbage a finalement réussi à constituer une majorité municipale confortable autour de lui 36 sièges sur les 47 que compte le Conseil de la ville). C’est le ralliement des élus du RNI, menés par Lahcen Bijdiguen, et ceux d’une liste SAP comptant quatre élus qui a fait la différence. L’appoint a été trouvé au PSD et au PRD de Abderrahmane El Kouhene.
Le principal concurrent du chef de file usfpéiste a été le député d’Agadir, Brahim Zerkdi, tête de liste MP, qui croit toujours en ses chances et ne s’avoue pas pour autant vaincu.
L’USFP semble donc avoir réussi son pari de renouveler son staff d’élus locaux, dont l’usure au pouvoir commençait à générer des effets pervers. On se rappelle que le bureau politique avait imposé Tariq Kabbage aux caciques locaux du parti. Cette volonté de rénovation a coûté une agression physique à Larbi Ajjoul, qui avait été
dépêché à Agadir pour arbitrer le conflit autour de la tête de liste
usfpéiste.
Homme d’affaires prospère opérant dans l’agriculture et ayant une réputation de bon gestionnaire, Tariq Kabbage a un profil qui tranche avec celui plus classique de l’enseignant prédominant chez les élus usfpéistes à Agadir et ailleurs.
47 sièges au Conseil de la Ville d’Agadir. USFP (14), MP (9), RNI (6), UC (4), SAP (4), SAP-Liste Fidélité (3), PI (3), PSD (2),
PRD (2).

Casablanca : Le favori, le challenger et l’outsider

La ville blanche était ardemment désirée par le chef de file imposé de l’USFP, Khalid Alioua. Or les performances électorales de sa liste sont très éloignées des ambitions de ce grand parti : 17 sièges sur les 131 à pourvoir ! De plus, il est pris en tenaille entre le PI qui lui a raflé la première place et le PJD qui le talonne en troisième position. Ce médiocre score électoral a poussé un groupe de cadres du parti à exiger la mise sur pied d’une commission d’enquête pour élucider les causes de cette « déroute électorale». D’ailleurs, Khalid Alioua a toutes les difficultés du monde à constituer une majorité municipale et l’Istiqlal ne semble pas croire outre mesure en ses chances de remporter la mairie de la plus grande ville du pays.
A l’heure où nous mettions sous presse, c’est un outsider, Mohamed Sajid qui semblait réunir le plus grand nombre de suffrages autour de sa personne. Son parti, l’UC, a remporté 11 sièges, créant ainsi la surprise en se classant en quatrième position. Le député de Taroudant peut facilement compter sur le soutien des trois partis du pôle haraki (MP, MNP et UD), soit 20 sièges, celui du PND (8 sièges), du RNI (10 sièges) et même du PJD (17 sièges), qui se dit prêt à le soutenir. Mais le challenger de M. Alioua, Karim Ghellab et les Istiqlaliens n’ont pas dit leur dernier mot. Verdict avant le 27 septembre.
131 sièges au Conseil de la Ville de Casablanca. PI (19), USFP (17), PJD (16), UC (11), RNI (10), MP (8), MNP (8), PND (8), PPS (6), PSD (5), UD (4), SAP (4), ADL (3), FFD (3), FC (2), PRE (1), Al Ahd (1), PRD (1), MDS (1), PDI (1), PCNI (1), PED (1).

Tanger est l’une des six villes concernées par le système du Conseil de la ville et dotée de quatre conseils d’arrondissement. Place nette y a été faite par l’absence de candidature du PJD et l’interdiction faite aux «barons électoraux» de se présenter aux communales.
Du coup, le jeu d’alliances est très ouvert car aucun parti n’a dépassé la barre des 9 sièges sur les 71 que compte le conseil de la ville. Exemple de cet éparpillement: quatorze partis politiques ont obtenu un ou deux sièges ! Un véritable patchwork.
Difficile de faire des pronostics. Néanmoins, le nom de Dahman Derham, tête de liste du PPS (4 sièges) circule avec insistance pour le poste de maire. L’homme n’est pas inconnu des Tangérois . Il a présidé le conseil communal de Tanger de 1983 à 1992, avant d’en être délogé par un membre de la puissante famille Al Arbaïn.
Un autre nom circule, avec moins d’insistance, celui de la tête de liste MNP (7 sièges), Brahim Dahbi, actuel président de la Chambre de commerce de Tanger.
Pour l’autre métropole du Nord, Tétouan, les choses sont plus tranchées. Une alliance s’était nouée entre le PJD et le PRD (présidé par Abderrahmane El Kouhene) avant le scrutin, qui leur a permis de réaliser un excellent score : 11 sièges chacun sur les 47 que compte le Conseil de la ville. Autant dire que Tétouan
sera une des grandes villes à être dirigée par le PJD. A moins que la tête de file du RNI, Rachid Talbi Alami, ministre du Commerce et de l’Industrie, ne réussit à former une majorité autour de lui…

Un taux d’abstention de 72% à Oujda
A l’autre bout de la côte méditerranéenne, à Oujda, on revient à la mosaïque politique habituelle où le PJD arrive en tête, mais seulement avec 8 sièges ! Qui réussira à diriger une assemblée aussi éclatée ? Mais cette ville enregistre aussi un triste record national, celui du taux d’abstention qui s’est élevé à 72%.
A Meknès, le PJD est premier avec 14 sièges sur 55, talonné par le PPS qui a remporté 8 sièges. Là, le jeu reste ouvert, avec une légère avance pour les islamistes.
A Kénitra, à moins d’un renversement de situation, le PJD, mené par Aziz Rabbah, membre du secrétariat général du parti, a raflé 12 sièges sur 47, suivi par le RNI avec 7 sièges.
Selon M. Rabbah, le PJD a déjà réuni une majorité de 24 sièges, mais il essaie de la renforcer pour prévenir des défections de dernière minute. Kénitra sera donc probablement dirigée par le PJD.
L’atomisation de la carte politique n’est pas générale. Ainsi, à Mhaya, une commune rurale dans la région de Meknès, le PND a remporté 18 sièges sur les 19 que compte son conseil, le dix-neuvième siège a échu à l’USFP.
Enfin, dans la province de Taounate, plus précisément dans la commune rurale Aïn Médiouna, présidée par Layachi Messaoudi, le PPS a remporté 17 sièges sur 21