Ces circonscriptions où les partis jouent leurs candidats phare

A Rabat, Fès, Tanger, Casablanca, Meknès, Fès, mais aussi Kénitra et Sidi Slimane, des aguerris pour mener bataille. Le PJD a misé sur ses valeurs sûres pour garder son avantage dans les principales villes.

Terne à ses débuts, la campagne électorale a mué, depuis le week-end du 19 novembre, en véritables batailles. Des joutes verbales aux affrontements directs, voire aux jets de pierres, les candidats rivaux ont presque usé de tous les moyens pour augmenter leurs chances d’obtenir un siège. Et encore une fois, à de rares exceptions près, les alliances, les engagements des formations politiques et les programmes électoraux n’ont pu résister face aux ambitions personnelles des candidats.
L’inébranlable Koutla, malgré ses vingt années d’existence et l’unanimité de ses composantes autour de la solidité, cette alliance ne fait pas exception. Les grands principes sont momentanément mis de côté pour laisser place à des pugilats électoraux. Les villes de Fès et Sidi Slimane, entre autres, illustrent parfaitement cette réalité. Dans la capitale spirituelle, l’Istiqlal n’a pas fait de cadeau à son allié de toujours, l’USFP, alors que dans la petite ville du Gharb, ce sont carrément deux vieux compagnons de route, l’actuel patron de l’USFP, Abdelouahed Radi, et l’ancien secrétaire général du PPS, Ismail Alaoui, qui se sont livrés à une bataille sans précédent. L’Alliance pour la démocratie, plus connue sous le nom de G8, ne fait pas mieux quand il s’agit de discipline partisane. Là encore, l’expression «chacun pour soi» recouvre toutes ses dimensions. Les premières déclarations des dirigeants de l’Alliance laissaient entendre que dans les circonscriptions où l’un des partis a des chances de remporter un siège, les autres pouvaient éventuellement le soutenir. Il n’en a rien été en fin de compte. Sauf dans le cas de la circonscription de Bzou, dans la région d’Azilal, où les huit formations de l’Alliance ont décidé, en vertu d’un accord tacite, de soutenir le secrétaire général du Parti travailliste, Abdelkrim Benatiq. «Nous ne pouvions pas faire de même ailleurs, nos candidats risquaient de partir et, dans le meilleur des cas, les voix de nos électeurs risquaient de se disperser, ou dans le pire, aller au camp adverse», explique une source harakie.

Les duels peuvent stimuler le taux de participation

Le combat devient nettement ouvert quand il s’agit de candidats de clans adverses. Tous les moyens sont permis quand c’est un candidat de la Koutla qui fait face à celui du G8 ou du PJD. Les sorties, à la limite, diffamatoires et injurieuses, d’un certain Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, feront date en ce sens. Il va sans dire que c’est aussi vrai pour toutes les autres permutations des trois clans. Et plus particulièrement dans certaines localités, qualifiées à juste de titre de «circonscriptions de la mort», où la campagne électorale a tourné en duels entre les têtes de liste rivaux. Cela se passe principalement dans les grandes villes : Rabat, Fès, Tanger, Salé, Casablanca ou encore Oujda et Kénitra. Mais aussi certaines circonscriptions de taille moindre comme Sidi Slimane. Ces rivalités entre gros pontes locaux et personnalités des partis politiques ajoutent du piquant aux campagnes. Elles auront eu le mérite de mobiliser un grand nombre d’électeurs, sympathisants des candidats des camps opposés, et donc rehausser (il faut l’espérer) le taux de participation. Ce dernier facteur étant, faut-il le préciser, l’un des enjeux majeurs de ces élections. Mais, là, c’est un autre sujet.  Pour revenir sur le terrain, les projecteurs ont été braqués, encore une fois, pendant la campagne électorale sur la traditionnelle circonscription-clé qu’est Rabat-Chellah, considérée aussi comme une vitrine pour les grandes formations politiques. Plusieurs personnalités politiques de poids s’y affrontent : Driss Lachgar de l’USFP qui a tenu à prendre sa revanche, Omar Bahraoui du MP, mais aussi le vice-président du conseil de la ville Abdessalam Balaji pour le PJD, ou encore le PAMiste Brahim Joumni et le président de l’arrondissement de Souissi Faouzi Chaâbi. A Fès, la candidature du trublion membre du comité exécutif de l’Istiqlal et patron de l’UGTM, syndicat affilié au même parti, Hamid Chabat, est à elle seule un événement. Avec le ministre socialiste Mohamed Ameur, comme candidat rival, le flirt pré-campagne entre les deux alliés de la Koutla, l’USFP et l’Istiqlal, risque de prendre un coup. Le PJD, lui, aligne un membre de son secrétariat général, Omar Fassi Fihri, pour reconquérir le siège du député sortant, Lahcen Daoudi, qui se présente cette fois à Béni-Mellal, alors que le PAM a choisi le jeune président de l’association des inspecteurs des finances, M’hamed Loqmani, pour faire face à son ennemi juré, Hamid Chabat.

Des invités surprise ravivent les batailles électorales

Non loin, à Meknès, le ministre sortant de l’économie et des finances et président du RNI, tente sa première expérience électorale dans une circonscription considérée comme fief incontesté du PJD. Il faut dire que Salaheddine Mezouar, tout meneur du G8 qu’il est, n’a pas bénéficié du traitement de faveur accordé à son allié, le secrétaire général du Parti travailliste et se retrouve en concurrence avec des militants de l’alliance. Mais il faut aussi dire que l’on parle là de 6 sièges à conquérir, ce qui laisse plus de chance. A Oujda, les deux rivaux traditionnels, l’Istiqlal et le PJD, se retrouvent de nouveau face à face. Omar Hejira et le membre du secrétariat national du PJD, Abdelaziz Aftati, tentent de reconquérir leurs sièges de député gagné en 2007. A Tanger, la bataille électorale a pris une autre dimension et a opposé plusieurs clans. D’un côté, le PJD, de l’autre, deux habitués des urnes, Mohamed Zemmouri (UC) et Abderrahmane Arbaïne (MP, transfuge RNI) et deux jeunes loups, le président PAM du conseil de la ville, Fouad El Omari, et le transfuge RNI, puis PAM, Mohamed Lahmami, qui se présente sous les couleurs de l’Istiqlal.
A Casablanca, les 4 sièges de la circonscription d’Anfa sont disputés entre la ministre istiqlalienne sortante de la santé, Yasmina Baddou, le polémiste imam Abdelbari Zemzami (PRV), Ouadie Benabdellah, député sortant  pour le RNI, ou encore Abdessamad Hiker, député sortant du Mâarif, et Kamal Dissaoui qui se donne pour mission de reconquérir le siège remporté par l’USFP en 2007 dans la même circonscription.
Un peu plus au Nord, à Kénitra précisément, la décision subite de Miloud Chaâbi de se présenter dans la ville, en compagnie de sa fille Asmaa, a faussé les calculs du PJD, le député sortant et maire de la ville, Aziz Rebbah, aura toutes les peines du monde à réitérer l’exploit de 2007 en remportant deux des quatre sièges à pourvoir dans cette circonscription. Tout près, à Sidi Slimane, il y a un autre duel, entre le premier secrétaire de l’USFP, Abdelouahed Radi et Ismaïl Alaoui, sans oublier le député PJD sortant Abdelouahed Bennani, qui ont livré bataille pour les trois sièges de la circonscription. La liste est loin d’être exhaustive. Les 92 circonscriptions locales offrent certainement des dizaines d’autres exemples.
Une remarque toutefois : à y voir de près, rares sont les partis qui ont jugé utile de confier leurs listes sensibles à de nouvelles têtes.

Les bavures peuvent coûter à l’élu son siège

Presque tous ont misé sur des valeurs sûres. Le PJD se distingue à ce titre, tous ses candidats têtes de listes sont des parlementaires chevronnés et des candidats aguerris, certains d’entre eux briguent leur quatrième mandat, sachant que la majorité en sont à leur troisième. Car, ailleurs que dans les grandes villes, dans le monde rural, ses chances s’amenuisent considérablement. Le parti de Benkirane cède la place aux notables face auxquels ses candidats font de la figuration. Dans ces contrées où la famille et la tribu sont, de loin, l’argument électoraliste le plus convaincant, de tels duels sont quasi inexistants.   
Autre remarque, les circonscriptions dans lesquelles la lutte autour des sièges est très serrée, pas toutes bien sûr, nous donnent un exemple du peu de cas où les candidats respectent la concurrence équitable et loyale. Malgré que 21 partis politiques, hors PJD, aient signé une charte d’honneur élaborée par l’Instance centrale de prévention de la corruption, ces mêmes partis font régulièrement cas, dans leurs communiqués, de situation de fraude électorale. Pour l’heure, un seul candidat, un tête de liste MDS, a été pris en flagrant délit, à Kénitra, et a été condamné en première instance à une peine de deux ans de prison. Et si l’on s’en tient à l’engagement du ministère de l’intérieur de veiller à la transparence et à la régularité des élections, ainsi qu’aux textes législatifs nouvellement votés, certains candidats, même s’ils arrivent à décrocher leurs sièges, ne peuvent pas pour autant se considérer comme sortis de l’auberge. Tout cas de fraude avéré risque de leur coûter leur siège.