Ce qu’il faudrait changer dans le Code ? Des patrons de presse en parlent

Abdelmounaïm Dilami, je donnerai la priorité aux peines privatives de liberté, parce que le problème ne réside pas dans leur mise en Å“uvre, mais dans leur existence elle-même.

Abdelmounaïm Dilami
«L’Economiste»
«Les peines privatives de liberté ne doivent plus exister»
Je donnerai la priorité aux peines privatives de liberté, parce que le problème ne réside pas dans leur mise en œuvre, mais dans leur existence elle-même. Il y a une tendance générale, dans le monde entier, à considérer qu’un système est plus libre, plus démocratique à partir du moment où les peines de prison sont supprimées du Code de la presse.
Après cela, il va falloir commencer à organiser l’activité elle-même, et c’est un gros chantier. Cela doit-il se faire au niveau des associations de journalistes ? Nous essayons de le faire au niveau de la Fédération des éditeurs de journaux, mais il y a d’autres aspects qui doivent être traités par voie légale, pas seulement par la voie associative, comme le projet actuel de créer une instance nationale, une sorte de Conseil national de la presse qui constituerait une autorité supérieure.

Mohamed El Brini
«Al Ahdat Al Maghribia»
«Il ne faudrait pas qu’il y ait systématiquement présomption de mauvaise foi»
Plusieurs modifications devraient être introduites dans le code de la presse pour permettre au journaliste de jouer son rôle d’investigation, de contrôle et de contribution à la démocratie. C’est l’exemple de la présomption de mauvaise foi. Il faut également que le Code de la presse devienne le seul moyen de juger les délits de presse, de manière à ce que l’on n’utilise pas tantôt le Code pénal tantôt le Code de la presse, en fonction de ses envies. Le journaliste reste quand même un citoyen, il peut commettre des délits de presse, par exemple toucher à la vie privée des gens. Dans ce cas-là, il ne peut pas être au-dessus des lois. Toutefois, le Code de la presse doit prendre en considération le rôle de la presse dans la société.
Si on prend en compte la bonne foi des journalistes, leur rôle politique et social, si on forme des juges pour statuer sur les délits de presse, si on tient compte de l’équilibre entre le devoir d’information […]et la présomption d’innocence, je crois que ces peines privatives de liberté n’auront plus de raison d’être.

Kamal Lahlou
«La Gazette du Maroc»
«Il y a des aberrations à corriger»
L’article 73 est une véritable aberration : il y est spécifié que «le prévenu doit prouver la vérité des faits diffamatoires conformément aux dispositions de l’article 49 […] Dans les quinze jours qui suivront la notification de la citation», sous peine d’«être déchu du droit de faire la preuve» : ce n’est pas faisable. Dans le cas de Saâd Echouafni [ndlr : cité par La Gazette comme étant recherché par le FBI, il a esté en justice)], il a fallu que je contacte le FBI, pour qu’il confirme que l’homme est bien poursuivi, ce qui prend forcément plus de quinze jours. Où est l’intérêt de répondre à la convocation du tribunal dans ce cas ?
Deuxième chose : on dit qu’il n’y a pas privation de liberté, mais quand on condamne quelqu’un à payer un million ou deux millions de dirhams, et que ce dernier n’arrive pas à payer, c’est la contrainte par corps qui intervient… Il faut refaire le Code de la presse, qu’il y ait un débat. On nous dit qu’il est concocté : il faut qu’on le voie.
A quoi bon un Conseil de la presse ? Il existe déjà la Fédération des éditeurs de journaux et le Syndicat national de la presse. Contrairement à la HACA, il n’aura pas de pouvoirs, donc il risque d’être un simple conseil consultatif.

Aboubakr Jamaï
«Le Journal hebdomadaire»
«Comment savoir si on a traversé une ligne rouge»
Le but de notre métier, c’est de questionner et de contrôler en permanence le travail des gestionnaires du pays. Je crois qu’il y a un premier hiatus, qui a un impact sur tout le reste puisque, lorsqu’on parle des lignes rouges prévues par la loi, à savoir l’intégrité territoriale, la monarchie et la religion, comment décide-t-on à quel moment le journaliste a franchi une ligne rouge. Qui décide ? En fonction de quoi ? Je pense qu’on doit prendre en compte la survie de l’entreprise sans pour autant donner, et je tiens à le dire, carte blanche à la diffamation. Au contraire, je pense qu’il faut être très dur quand la presse s’attaque à des gens qui n’ont pas de pouvoir et être très tolérant envers la presse quand celle-ci parle de quelqu’un qui a du pouvoir. Dans ce pays, on fait le contraire.

Driss Ksikes
«TelQuel»
«Il faudrait que le Code protège davantage les sources des journalistes»
Les peines privatives de liberté devraient être éliminées et il faudrait être plus précis au niveau des définitions pour éviter les interprétations abusives de la part des juges. Il faudrait aussi absolument que le Code de la presse protège davantage les sources, sans quoi cette dernière ne pourrait pas faire d’investigations. La question de la bonne foi est aussi fondamentale : quand un journal fait une erreur et qu’il le reconnaît, c’est une preuve de bonne foi, il ne peut pas être jugé de la même manière que quelqu’un qui a été soupçonné de mauvaise foi.

Nourredine Miftah
«Al Ayam»
«La qualification d’une offense n’est pas précise»
Je pense que la question des lignes rouges est plus politique que professionnelle. Quand on parle d’offense à sa Majesté le Roi, ce n’est pas précis, on se retrouve donc avec des lignes rouges. Dans ces cas-là, si, un jour, on publie une photo du Roi en train de faire du jet-ski, cela va peut-être être considéré comme une atteinte. Pour cette raison, nous voulons que les choses soient plus précises, que l’on dise dans quels cas ont lieu ces atteintes, d’autant plus qu’il y a toujours présomption de mauvaise foi.