Candidats annoncés et officieux : ce qu’ils pensent du report du congrès

Habib El Malki
Membre du bureau politique

«Il faut profiter du report pour clarifier le nouveau système»
C’est un congrès de début de clarification. Le report n’implique pas un échec, il signifie que les congrès de l’USFP ne sont pas préfabriqués et qu’il n’y a pas de déterminisme absurde. Les congressistes ont besoin d’y voir plus clair, ils veulent éviter que l’événement ne se transforme en épreuve de force et c’est pour cela qu’ils ont décidé son report.

Une décision douloureuse mais responsable et courageuse. Le report est dû à un problème de communication entre la direction du parti et les congressistes. Il faut, d’ici la reprise, une démarche claire, pédagogiquement offensive, pour expliquer aux militants les enjeux de ce nouveau mode de scrutin et ses avantages : quand on voit clair, on tranche dans la sérénité, quand les choses sont confuses, on peut être emporté par toutes les vagues.

Les gens n’ont pas compris les enjeux, car les problèmes d’organisation soulèvent des enjeux politiques extrêmement importants : par exemple, le mode de scrutin de liste implique, pour être viable, crédible, l’organisation du parti en courants. Les militants sont-ils prêts pour cela ?

L’un des éléments qui fait que nous manquons de visibilité, c’est que tous les candidats sont tenus par la plateforme préparée par la commission préparatoire du congrès. Cette dernière comprend des documents politique, économique et social, idéologique, organisationnel, donc nous sommes pris au piège d’un changement que nous appliquons par la fin et non pas par le début.

Le mode de scrutin de liste implique l’existence de courants porteurs de projets différents, et si nous avons eu un congrès à haute tension, c’est parce que le mode de scrutin de liste qui a été discuté s’est réduit à sa dimension électorale et non pas sa dimension de projet. Or, on ne peut pas présenter un projet sérieux, cohérent, articulé, à cause de la plateforme commune qui a été conçue et préparée par la commission préparatoire du congrès.

Abdelouahed Radi
Membre du bureau politique

«Les militants ne pouvaient valider un système qu’ils ne comprennent pas encore»
On ne peut pas parler d’un échec du congrès. Nous avions un programme, il s’agissait de présenter les rapports moral, financier, ainsi que ceux des autres commissions : «organisation», «politique», «économique et social» et «identité». La discussion des deux premiers a pris beaucoup de temps, beaucoup de militants sont intervenus.

Le congrès les a finalement approuvés à une très forte majorité, puis nous sommes passés au rapport sur l’organisation du parti, l’un des plus difficiles, dans la mesure où il propose une nouvelle manière de désigner les instances délibératives et exécutives, qui n’a pas été bien comprise. Là aussi, il a fallu investir beaucoup de temps. Il fallait étudier les autres rapports et nous ne pouvions pas les «bâcler», aussi nous avons ajourné le congrès. Le système de listes n’a pas été compris par tout le monde, ce qui nous amène à réfléchir, peut-être à une solution médiane, à moins qu’on ne parvienne d’ici là à convaincre les gens de ce qu’on entendait par scrutin de liste.

Fathallah Oualalou
Membre du bureau politique

«L’USFP est en train de devenir un cadre d’expérimentation»
Durant les trois dernières heures du congrès, il y a eu un débat politique important et profond à travers, bien sûr, le débat sur l’élection du premier secrétaire. Je pense que l’USFP est en train de devenir un cadre d’expérimentation de la vie politique, et donc, pour moi, ce n’est pas un échec. Au contraire, je suis très optimiste car c’est dans l’unité que nous avons décidé, ensemble, et à l’unanimité, de différer le congrès; et cela va nous permettre de continuer à réfléchir.

Une telle situation est inédite au Maroc, mais il ne faut pas oublier que c’est une chose qu’on trouve normale dans les pays démocratiques. Autre point intéressant, l’opinion publique suit ce qui se passe à l’USFP. Cela veut dire que c’est un élément important de la vie politique au Maroc. En même temps, c’est la première fois au Maroc aussi qu’on aura un congrès transparent, ouvert.

Tous les débats se sont déroulés devant les médias, c’est un acquis politique pour l’avenir. Je suis convaincu que l’USFP a la possibilité, plus qu’avant, d’être la locomotive de la mutation progressive de la vie politique au Maroc. Il faut reconnaître que, jusqu’à maintenant, nous n’avions pas de candidatures mais des intentions de candidatures, car nous ne pouvions pas en présenter avant la validation du système électoral lui-même. Le système n’ayant pas été validé, juridiquement, les candidatures n’existent pas.

Jamal Rhmani
Membre du bureau politique,
ministre de l’emploi

«Le problème qui affecte l’USFP est à 90% organisationnel»
Un échec du congrès ? Le mot est trop fort. En revanche, on peut dire qu’il y a eu un grand débat sur l’organisation du parti, car le problème qui affecte l’USFP aujourd’hui est organisationnel à 90%. Comment renforcer la démocratie interne au sein de l’USFP ?

Passer d’un système à un autre n’est pas facile, malgré le débat que nous avons eu au sein de la commission préparatoire pendant six mois. Au final, nous avons opté pour le scrutin de liste, mais sa mise en place pose encore beaucoup de problèmes. Moi-même, j’en ai rencontré un grand nombre quand j’ai essayé d’en constituer une pour représenter la nouvelle génération de l’USFP. Je suis optimiste, malgré tout, car l’USFP est un parti vivant.

Il faut toutefois souligner que certaines choses ont été négligées au niveau de la préparation du congrès, sur le plan organisationnel, de la mobilisation des sections, des régions, qui auraient facilité le déroulement du congrès. Une partie de ces problèmes est due au fait que c’est la première fois que l’on arrive à un congrès de l’USFP avec une direction collégiale. Ce n’est pas le scrutin de liste qui pose problème pour les militants, mais le problème de savoir si l’élection doit se faire directement par le congrès ou par le conseil national.

Driss Lachgar
Membre du bureau politique

«La preuve que la décision est indépendante au sein du parti»
La première étape du congrès a été une réussite dans la mesure où les congressistes ont confirmé que le congrès de l’USFP n’est pas un congrès de parti cocotte-minute. Aussi loin que l’on s’en souvienne, les congrès de l’USFP n’ont jamais été faciles. Ils ont d’ailleurs toujours connu des débats, clairs et francs, parfois virulents, mais les militants de l’USFP y sont toujours restés fidèles à eux-mêmes. Ce congrès constitue un succès dans la mesure où il montre que la décision est indépendante chez nous.