Campagne électorale : les hostilités sont ouvertes

Ratissage des quartiers, meetings mais aussi événements médiatiques sont au menu.
A Fès et Nador, premières escarmouches entre candidats.
Codes et chartes d’honneur, déclarations de patrimoine…
des tentatives pour «moraliser» la campagne.
504 plaintes déposées avant le démarrage officiel de la
campagne.

Lancée officiellement le vendredi 24 août à minuit, la campagne électorale et son cortège de meetings, porte-à-porte et distributions de prospectus n’a commencé à prendre forme qu’en début de semaine. Et si la plupart des partis ont choisi de poursuivre la communication autour de leurs programmes, certaines formations comme l’USFP ou l’Istiqlal ont très vite cherché à se démarquer en multipliant les évènements médiatiques, y compris avant le démarrage officiel des hostilités. Ainsi, l’USFP – dont le secrétaire général vient tout juste de publier L’alternative démocratique, de l’opposition à l’alternance, un ouvrage où il revient sur l’évolution de son parti – a réuni le vendredi 24 août dernier à Rabat, à la veille du démarrage officiel de la campagne électorale, ses candidats et militants pour une dernière grand-messe avant la course au Parlement. 24 heures plus tard, le parti de la rose rassemblait à nouveau les siens, cette fois à l’occasion de son premier grand meeting officiel.

L’Istiqlal, éternel rival de l’USFP, n’est pas en reste. Après avoir mobilisé des centaines de véhicules à travers son fief historique de la ville de Fès, samedi dernier, le vieux parti réunissait, le dimanche 26 août, «20 000 personnes» – dixit la presse du parti – pour un meeting dans la capitale spirituelle.

Si ces évènements sont de nature plutôt festive, d’autres le sont beaucoup moins. La tension naissante a déjà conduit à plusieurs prises de bec entre candidats, et, occasionnellement, à des agressions, comme à Iâzzanen (région de Nador) où un militant de l’Istiqlal a été blessé au couteau par un individu proche d’un «baron de la région». A Nador, un inspecteur du parti de Abbas El Fassi, Mohamed Soudani, aurait, selon la presse, reçu des menaces téléphoniques deux jours avant le démarrage de la campagne.

A Fès, c’est toutefois l’Istiqlal qui se retrouve sur le banc des accusés. En effet, Abdelhamid El Mernissi, candidat PPS dans la circonscription de Fès sud, a accusé Hamid Chabat d’être derrière les «milices» qui ont pris d’assaut le local de son parti le 22 août dernier. Une accusation rejetée par le maire istiqlalien de la ville, mais qui n’est pas sans rappeler celles formulées à son encontre en juin dernier par un autre de ses concurrents, le député PJD sortant Lahcen Daoudi, et qui avait failli déboucher sur un double procès contre les secrétaires généraux de leurs partis respectifs…

1 870 listes pour 95 circonscriptions
Dans l’édition du 25 août dernier de son quotidien Al Bayane, le PPS accuse également le candidat USFP de Laâyoune, Hassan Derhem, de ne pas avoir respecté le code de l’honneur de la Koutla pour une concurrence honnête entre candidats de ses trois composantes, en faisant pression sur la tête de liste PPS de la ville de Dakhla pour l’obliger à se retirer de la course aux sièges et, ainsi, ne pas faire de l’ombre à son frère, Slimane Derhem. Une pression qui aura coûté au parti de Ismaïl Alaoui sa liste dans la circonscription.

D’autres accusations sont de nature plus électorale. Ainsi, à Casa-Anfa, l’imam Abdelbari Zemzami, dont la candidature au nom du parti Annahda wal fadila (Renaissance et vertu) a entraîné le retrait de plusieurs cadres du PJD, a été accusé par le Centre marocain pour la démocratie des élections d’avoir mis en doute la foi de ses concurrents.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser toutefois, de telles tensions n’ont rien d’étonnant. En effet, malgré les discours royaux du 30 juillet et du 20 août dernier, qui insistent sur la nécessité de la transparence des élections, et malgré les initiatives intervenues çà et là pour des législatives propres telles que la signature dans plusieurs villes, entre les têtes de listes et les autorités locales, d’une charte d’honneur pour le bon déroulement du scrutin, ou encore l’engagement des candidats de plusieurs partis à déclarer leurs patrimoines en début et en fin de mandat et à éviter l’argent sale, la tentation reste présente car l’accès au Parlement devient beaucoup plus difficile que par le passé et donc, forcément, les places «plus chères».

En effet, si, cette année, l’inscription de 1,6 million de nouveaux électeurs a porté le nombre total d’inscrits à 15,5 millions, soit un peu plus de la moitié de la population du pays, le nombre de partis concurrents a, lui aussi, augmenté, atteignant le chiffre record de 33 partis contre 26 en 2002, présentant un total de 1 870 listes à travers le pays. Cela dit, seuls 18 partis et deux alliances vont présenter des candidats dans la moitié des circonscriptions ou plus (voir encadré)… le tout pour un nombre de sièges à la Chambre des députés qui, lui, n’a pas changé : 325, dont 295 seulement pour les candidats se présentant sur les listes locales et 30 pour ceux (les femmes en principe) inscrits sur les listes nationales. Rien de surprenant donc à ce que le ministère de l’intérieur ait annoncé qu’à la date du vendredi 24 août 504 plaintes avaient déjà été déposées, dont 59% portant sur des accusations de campagne électorale «prématurée», 10% pour usage d’argent, 10% concernant l’usage de biens de l’Etat et autant portant sur des actions d’agents d’autorité et autres. Selon le ministre de l’intérieur, Chaqib Benmoussa, 357 de ces plaintes auraient d’ailleurs déjà été soumises à la justice. Il faudra, toutefois, attendre jusqu’au jour du scrutin pour savoir si le phénomène est d’une gravité réelle, ou s’il ne s’agit que de simples et petites secousses préélectorales.