Campagne électorale : les candidats se préparent à  présenter leurs comptes

80% des frais ont été consacrés aux affiches, dépliants et autres supports.
La loi interdit aux candidats de dépenser plus de 50 000 DH pour leur campagne électorale.
Malgré cette barrière, un fossé subsiste entre candidats riches et candidats pauvres.

Après la fièvre des communales, les partis se préparent à soumettre à la Cour des comptes le bilan des dépenses engagées dans le cadre de la campagne électorale. Au menu, les justificatifs des dépenses engagées pendant les 13 jours qu’elle aura duré, entre impressions de documents, réunions électorales, déplacements et banquets.
Flash-back. Mercredi 10 juin, à Casablanca. Il est près de 9 h du matin, lorsqu’une voiture remonte lentement le boulevard Ibn Tachfine, en direction de la gare Casa voyageurs. La vitre avant baissée, un candidat du Parti socialiste unifié (PSU) balance de temps à autre les tracts contenant son programme et sa photo. Visiblement, il manque d’aide pour les distribuer, et à 48h des élections, il ne lui reste plus beaucoup de temps pour écouler son stock de prospectus. Quelques heures plus tard, c’est une scène bien différente qui attire le regard du passant dans le quartier de l’Agdal à Rabat : des jeunes, sur des mobylettes aux formes originales, mènent une campagne tape-à-l’œil pour un candidat du Rassemblement national des indépendants (RNI). On l’a compris, alors que des candidats – riches – peuvent se permettre le recours à des agences de communication, entre autres luxes électoraux, d’autres se limitent à la distribution de quelques bouts de papier, casquettes et tee-shirts. Combien les uns et les autres ont-il dépensé pour leur campagne ? A combien est revenue, par exemple, la location des tracteurs qui ont sillonné le pays pour la campagne du Parti authenticité et modernité (PAM) ? Difficile d’obtenir une réponse claire.

T-shirt, casquettes, documents, mais aussi location de tracteurs
A l’échelle nationale, peu de partis ont jusqu’à présent avancé un chiffre concernant les dépenses effectuées dans le cadre des dernières élections. Selon M’hamed Grine, membre du bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), le parti a dépensé entre 3,5 et 4 MDH pour sa campagne électorale à l’échelle nationale. «Cette somme a couvert les frais d’impression des tracts et quelques insertions dans des journaux. Quant aux militants, c’étaient tous des volontaires, ils ont contribué à la campagne en fonction de leurs moyens», explique M. Grine. Du côté du Parti de la justice et du développement (PJD), on avance des chiffres partiels comme à Meknès où l’élément le plus coûteux dans une campagne chez le PJD reste l’impression des documents. La cause : les documents distribués ne consistaient pas seulement en des tracts arborant les photos des candidats, mais aussi le programme, des CD, et des livrets d’une soixantaine de pages relatant… la version du parti de la lampe concernant l’affaire Belkora. «80% des frais de la campagne électorale ont été consacrés aux documents, tee-shirts et autres supports de communication», explique M. Bouanou, tête de liste du parti de la lampe à Meknès et ancien bras droit du maire destitué de la ville.

50 000 DH par candidat, une somme excessive ou insuffisante pour une campagne ?
Au PSU, l’on souligne aussi que le transport dans les douars et les régions enclavées est très coûteux lors d’une campagne électorale. Au final, le plafond de 50 000 DH imposé aux candidats par la loi était-il suffisant ? Pour M. Bouanou, qui estime que les frais de la campagne électorale peuvent être partagés en 4 catégories différentes : les documents, les appels téléphoniques, le transport et la logistique (repas…), le montant autorisé est suffisant. Même sentiment du côté de M’hamed Grine. Anis Birou, membre du bureau politique et coordinateur du programme électoral du RNI, nuance en jugeant «le montant correct, mais la campagne plus coûteuse en milieu urbain qu’en milieu rural». A noter toutefois qu’il est difficile de rendre effective cette barrière au cas où un candidat chercherait à la dépasser, et qu’il est toujours possible de la contourner sans aller à l’encontre de la loi : Lors de la conférence de presse organisée par le PAM, mercredi 17 juin, Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du parti, a ainsi reconnu qu’il est arrivé à des donateurs et militants de financer des réunions dans certaines localités.
Cette année, l’aide accordée aux partis politiques, dans le cadre des communales, était de 250 MDH. Selon les article 290 et l 291 du code électoral, les candidats doivent déposer leurs rapports de dépense de la campagne électorale au plus tard un mois après les résultats, c’est-à-dire le 13 juillet. Les rapports doivent être adressés à la Cour des comptes, où une commission, qui comprend un magistrat de la Cour des comptes, un magistrat de la Cour suprême désigné par le ministre de la justice, un représentant du ministre de l’intérieur et un inspecteur des finances nommé par le ministre des finances, se chargera de vérifier les factures et de trancher sur la validité des documents. A noter que les candidats se doivent de respecter les normes instituées par la Cour des comptes pour justifier leurs dépenses.