Benkirane et Ramid, deux visasges du PJD

Ils ont, chacun à sa manière, marqué l’histoire récente du parti

En apparence opposés, ils cultivent un fonds de commerce identique et s’adressent aux mêmes ouailles.

En 1996, Abdelkrim Khatib ouvre les portes de son très fermé Mouvement populaire démocratique et constitutionnel aux membres de l’association Attawhid wa al islah. Le MPDC, qui n’était jusque-là qu’un petit parti inaudible et confus, voué à disparaître sans remous de la scène, subissait, selon les dires des observateurs, une «OPA amicale» qui allait le revigorer et en faire par la suite l’un des principaux partis du Royaume.
Deux hommes, que tout semblait réunir à l’époque, sont particulièrement derrière cette initiative. Abdelillah Benkirane enseignant de physique, pur produit de la Chabiba Al Islamiya (jeunesse islamiste) d’Abdelkrim Motii, commence sa mue dès les années quatre-vingt. Le 29 novembre 1985, il adresse une lettre au défunt Hassan II, dans laquelle il demande la normalisation du statut de la Jamâ’a Al Islamiya. Il récidive six mois plus tard (le 17 mars 1986) en remettant une lettre au ministère de l’Intérieur dans laquelle il critique Moutii et proclame la rupture de la Jamâ’a avec la Chabiba. À la même période, Mustapha Ramid, avocat au barreau de Casablanca, qui avait dans les années soixante-dix des sympathies pour la Chabiba Al Islamiya, sans pour autant en être un activiste zélé, demeure proche des groupes ayant rompu avec Abdelkrim Moutii.
En 1992, les deux hommes, à la tête des mouvements Al Islah wa Tajdid et Rabitat Al moustaqbal Al Islami, multiplient les «demandes d’emploi» en direction du Palais. Mustapha Ramid publie alors dans le journal Assahwa un article en faveur de l’intégration des islamistes dans le jeu politique. Simultanément, Abdelilah Benkirane renoue le contact avec les conseillers du Palais.
C’est avec le ministère de l’Intérieur que les discussions aboutiront. Les deux mouvements (Al Islah wa tajdid et Rabitat al moustaqbal al islami) s’unissent et constituent le Mouvement de l’unité et de la réforme, MUR, à qui le feu vert est donné pour intégrer le parti d’Abdelkrim Khatib. Les deux hommes font alors montre d’une capacité organisationnelle hors du commun avec, toutefois, des différences notables. M. Ramid privilégie l’action sur le terrain. Il tisse sa toile à Casablanca et se fait élire à Derb Soltane, quartier populaire par excellence. Tribun infatigable, il se saisit de toutes les causes pour rassembler les foules. Il affiche un activisme bouillonnant. La marche contre le plan d’intégration de la femme, organisée à Casablanca en mars 2000, fut la preuve de sa capacité d’organisation. Il s’illustre également par des interventions enflammées, en tant que chef du groupe parlementaire du PJD. En confondant parfois sciemment action caritative, prosélytisme forcené et activisme politique, il finit par déclencher les foudres de ceux qui ont misé sur lui pour apprivoiser l’hydre de l’islamisme radical.
Benkirane, quant à lui, affiche une ambition publique et revendiquée. Son audace est sans mesure et son goût de la provocation sans limites. Ainsi, il interpelle, lors d’une séance du Parlement, la camerawoman de 2M sur sa tenue qu’il juge peu islamique. Il sait que parmi les militants, il demeure peu populaire et souffre de sa proximité avec le pouvoir. Cependant, l’homme cultive les réseaux et maîtrise les arcanes du parti. Un avantage qu’il mettra à contribution dans sa quête pour le contrôle du PJD.

Les deux hommes sont très différents mais font tous deux preuve de capacités d’organisation hors
du commun.

MM.. Ramid et Benkirane. Le premier, tribun populaire et activiste bouillonnant. Le second, homme de réseaux, dont l’image souffre de sa proximité avec le pouvoir.