Belliraj, Bekhti, la Belgian connection

C’est fait. Dans son édition du mardi dernier, le quotidien belge «Le Soir» annonçait la prochaine venue au Maroc d’un groupe de responsables policiers belges, à  défaut de la mise en place d’une commission rogatoire.

C’est fait. Dans son édition du mardi dernier, le quotidien belge «Le Soir» annonçait la prochaine venue au Maroc d’un groupe de responsables policiers belges, à défaut de la mise en place d’une commission rogatoire. Dans cette affaire, la collaboration entre les services de police belges et marocains apparaît aussi indispensable qu’elle promet d’être fructueuse. De l’entrée des bijoux volés au Luxembourg et en Belgique via des voitures de MRE transitant par Sebta et Mellilla, à celle, par le même circuit, des armes saisies, qui auraient été acquises via d’anciens responsables de l’Armée islamique du salut installés dans le plat pays, ce ne sont pas les liens qui manquent. A commencer par celui qui a donné son nom au réseau : Abdelkader Belliraj. Résidant dans la commune d’Edegem, dans la Belgique flamande, ce dernier avait attisé les soupçons de la police marocaine, entre autres par ses fréquentes allées et venues entre les deux pays. C’est une «enquête d’environnement» qui la mènera vers d’autres éléments du réseau, allant des membres d’Al Badil Al Hadari à cet autre MRE de Belgique, Abdellatif Bekhti, qui coulait des jours tranquilles au Maroc depuis son évasion de la prison luxembourgeoise de Schrassig en 2003.

Influencé dans les années 70 par des mouvements islamistes comme la Jamaa des Frères Musulmans, Talaii Al Islamia et Hizb Attahrir Al Islami, Abdelkader Belliraj aurait rejoint les rangs du Mouvement révolutionnaire islamique marocain puis, en 1982, le Mouvement des moujahidine au Maroc. C’est toutefois en Belgique qu’il serait passé à l’acte, avec pas moins de six meurtres commis entre 1986 et 1989, et sur lesquels les autorités marocaines affirment aujourd’hui disposer «d’éléments concordants». Abdelkader Belliraj aurait ainsi à son actif, pour la seule année 1989, quatre assassinats, dont ceux de l’imam directeur de la Grande Mosquée de Bruxelles et de son adjoint, commis peu de temps après que les victimes aient contesté la fatwa iranienne contre l’écrivain Salman Rushdie. Entendu sur cette affaire par la police locale mais relâché «faute d’éléments probants à charge», selon le quotidien belge «Le Soir», Abdelkader Belliraj aurait récidivé quelques mois plus tard en assassinant, entre autres, Joseph Wybran, président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique. Dix ans plus tard, en 2001, c’est en Afghanistan que ce personnage ira se frotter à la mouvance d’Al Qaïda, avant de chercher à recruter des collaborateurs au sein de la Salafia jihadia en 2002. Entre 2003 et 2004, il aurait tenté d’entrer en contact avec Saad El Housseini après l’arrestation de ce dernier dans le cadre de l’enquête sur le GCIM, avant de se rendre en 2005 dans un maquis algérien en quête d’entraînement…

Tombé avec Abdelkader Belliraj, Abdellatif Bekhti était, à l’instar de son complice, peu connu des services de police belges. Assimilé à un «brave maçon marocain sans histoire», selon Pierre Medinger, chef de la section du grand banditisme de la police du duché du Luxembourg, Abdellatif Belkhti avait pourtant participé au braquage de la société de transport de fonds Brink’s à Kehlen (Luxembourg) en avril 2000. Ses empreintes digitales ayant été retrouvées sur des restes du butin découverts dans un bois en Belgique, il sera le seul membre de la bande arrêté. Condamné le 16 janvier 2003 à 20 ans de prison par la Chambre criminelle de Luxembourg, il continuera à insister sur son innocence jusqu’à sa spectaculaire évasion de la prison de Schassig moins de deux mois plus tard, avec l’aide de 7 complices armés jusqu’aux dents. Disparu dans la nature, il serait, explique-t-on au ministère de l’intérieur, retourné au Maroc entre 2003 et 2004 grâce à un faux passeport. Sa part du butin, estimée à quelque 2,5 millions d’euros sur un total de 17,6, l’aurait, elle, précédé au «bled» où les fonds auraient été blanchis dans divers projets, comme cet hôtel de Marrakech dirigé par Salah Belliraj, frère de Abdelkader Belliraj, ou encore ces différents projets gérés par l‘un des co-accusés, Samir Lihi, à Casablanca, Agadir, et Fès.
Au-delà de ces personnages hauts en couleur, d’autres Marocains de Belgique seraient également impliqués dans ce réseau, de manière plus ou moins directe.