Anouar Zyne, candidat «new wave»

A Hay Hassani, ce candidat affronte de grands ténors de la politique.
Il joue sur le marketing moderne et la proximité avec les habitants.
Il a commencé par publier sa déclaration de patrimoine.

Samedi 25 août. Dans la circonscription casablancaise de Hay Hassani, où tous les partis ont présenté des candidats, Anouar Zyne, tête de liste du parti de l’Union constitutionnelle (UC), actuellement à l’opposition, se présente dans une course qui est loin d’être gagnée d’avance. Ses concurrents s’appellent Saâd Dine Elotmani, secrétaire général du PJD, Mohamed Karam, ex-membre du bureau politique de l’USFP, Abdelouahed Souhaïl, membre du bureau politique du PPS et ex-responsable du CIH, mais aussi et surtout Abdellah Azmani, ex-ministre UC qui a quitté son parti depuis peu.
8 heures du matin. Réunion au QG de campagne au quartier Bourgogne. Deux voitures vont distribuer les quelque 10 000 exemplaires gratuits de son journal de campagne, baptisé Anouar Hay Hassani. Il paraîtra quotidiennement durant les treize jours de la campagne. Ce support absorbera l’essentiel du budget de campagne d’Anouar Zyne, de même qu’un DVD, un call center de deux positions destiné à recevoir les appels des électeurs, un site internet et, bien entendu, plusieurs meetings. Ici, le marketing politique est très présent, calqué sur les recettes de la dernière campagne présidentielle française. M. Zyne ne cache pas d’ailleurs qu’il s’est inspiré de celle de Nicolas Sarkozy. Ses références idéologiques sont de droite, libérales, prônant les valeurs travail, famille et mérite. Son slogan? «Ensemble, nous pouvons l’impossible».

La mondialisation est visiblement passée par là. En fait, rien n’empêche d’adapter les recettes qui réussissent ailleurs, pourrait-on penser. Déjà, le candidat promet (hâtivement) 3 000 emplois dans la circonscription et le plein emploi en trois ans. «Le rôle du parlementaire est de jouer les vendeurs représentants placiers lors des congrès. Des fonds internationaux sont disponibles pour financer les projets. Il suffit de présenter un argumentaire qui tienne la route», explique Anouar Zyne.

Un avocat et un médecin sur la liste
10 h 30. Le candidat, entouré de ses colistiers, se rend au cabinet médical de Sanae Fari, numéro deux de la liste. Le troisième candidat est un jeune avocat. Leur photographie apparaîtra tout naturellement à la «une» du quotidien de campagne. Les moyens préconisés respirent la modernité. Il faut dire que notre candidat est lui-même issu du monde de la communication. A 29 ans, il a déjà un riche parcours derrière lui. D’abord journaliste dans un hebdomadaire économique pendant dix ans, il a lancé, en 2002, Casa ma ville, un journal gratuit, dont le succès l’encourage à créer quatre autres city mag, avant de tout revendre et se reconvertir dans le conseil en relations presse. Il a rejoint les rangs de l’UC en mai 2007.

A 11h, une sympathisante se présente ; elle fait le bilan des différentes réunions auxquelles elle a participé : «Les enveloppes ont commencé à circuler», prévient-elle. Ces pratiques sont observées depuis trois mois. Les mécanismes sont divers : assistance à la population lors des évènements familiaux tels que les mariages ou encore les décès, remboursement des impayés auprès des épiciers qui garantissent alors le report des voix des familles concernées. Mais le «poste» le plus important serait celui des divers intermédiaires qui se targuent d’une emprise sur tel quartier ou tel autre, et qui proposent les voix contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le candidat de l’UC donne ses consignes : «Il faut être ferme, ce n’est pas comme ça qu’on fera avancer les choses». Il faut dire que le soutien financier du parti est timide : 60 000 DH en flyers ont été remis au candidat qui est allé les chercher à l’imprimerie lui-même avant de se rendre chez ses colistiers. De plus, ces candidats, bien que d’un certain niveau d’instruction, sont loin d’être fortunés. «Le plafond est de 250 000 DH pour la campagne, nous nous y tiendrons», explique Anouar Zyne. En cas d’échec, l’investissement ne signifiera pas la ruine du candidat. En cas de victoire, il ne devra pas se rembourser sur l’argent du contribuable.

Créer un événement tous les jours
Dimanche 26 août. La deuxième journée de campagne commence, pour Anouar Zyne, par une partie de football avec les jeunes suivie d’une baignade collective. Une fois l’interlude sportif terminé, la campagne reprendra son cours normal. Le menu est presque identique à celui de la veille. Pour le candidat de l’UC, il n’y a pas de secret : il faut être présent tous les jours avec la même ferveur et la même agressivité. «Celui qui gagnera, explique-t-il, c’est celui qui créera l’événement au jour le jour».
Et pour créer l’événement, Anouar Zyne a de bonnes idées. Ainsi, il a publié sa déclaration de patrimoine en plus de l’engagement, qu’il a signé comme tous les candidats, de ne pas avoir recours à la corruption.
«Du côté des islamistes, nous ne craignons rien, ils sont en campagne tout au long de l’année et leur électorat est discipliné». Reste les autres… Le candidat de l’UC est loin d’être naïf. Si l’on devait faire un classement, Elotmani viendrait en tête, suivi de Bouchta Jamaï et Mustapha Boudraâ (FFD). A moins d’une mobilisation des électeurs.

Pourtant, la tête de liste de l’Union constitutionnelle dit ne pas craindre la confrontation avec les ténors des partis concurrents : «Sur 100 000 cartes d’électeurs retirées, seules 30 000 personnes ont voté, lors des dernières élections. Il suffit de convaincre les abstentionnistes», affirme M. Zyne.
En somme, il a la conviction de ses choix et la certitude de son ancrage dans la culture populaire puisque issu d’une famille modeste. Une autre génération de candidats ?