Ambiance préélectorale : les partis politiques rompent-ils avec l’inactivité ?

Un rassemblement populaire par-ci, une réunion interne par-là, … les principaux partis politiques ne chôment pas. Au moment où certains cherchent des électeurs, d’autres sillonnent le pays pour convaincre les jeunes et les cadres de s’intéresser à la politique. Pendant ce temps, la majorité est de nouveau à couteaux tirés après les élections partielles du 11 juillet.

Deux week-ends de suite durant, les partis politiques, du moins une grande partie, n’ont pas chômé. La perspective des prochaines législatives de 2021 est souvent avancée comme l’une des principales raisons de ce dynamisme. A moins que ce ne soit une nouvelle façon de faire de la politique, initiée par certaines formations. D’aucuns parleront d’une campagne électorale avant l’heure. Cependant, notent certains analystes politiques, ce serait omettre que de par la loi, les partis politiques «œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. (…)», (art.7 de la Constitution). C’est dans cette optique que les partis, du moins quelques uns, ont décidé d’investir le terrain. Notons toutefois que certaines formations ont fait des actions de proximité, d’ouverture sur les citoyens de l’écoute de leurs attentes réelles leur credo depuis déjà plus de deux ans. En tout état de cause, on peut dire que les meetings politiques tenus par plusieurs partis, ces deux derniers week-ends, ont rassemblé du monde. En atteste justement cette réunion tenue par l’un des deux clans adverses du PAM, à Marrakech samedi 11 juillet. C’est la troisième rencontre régionale du genre après celles d’Agadir (le 15 juin) et Laâyoune (le 3 juillet) et qui rentre dans le cadre des préparatifs du prochain congrès, le quatrième annoncé d’une manière unilatérale par le même clan pour fin septembre. La rencontre qui a eu lieu à Marrakech a rassemblé un parterre d’élus locaux, des militants mais aussi de simples citoyens. Alors que le PAM, le premier parti de l’opposition, organisait ce meeting politique, le PJD, qui est à la tête du gouvernement, tenait une réunion plus «sélect». Le PJD faisait, en effet, la chasse aux votes chez les petits commerçants de la ville ocre. Après Meknès, le secrétaire général s’est donc rendu, vendredi 12 juillet, à Marrakech à la rencontre de ces derniers. La manifestation a été organisée par l’Espace marocain des professionnels, qui fait office d’un forum des entrepreneurs et hommes d’affaires islamistes.

Les voix d’abord

Attendu sur des questions aussi pointues que la fiscalité et l’équité fiscale, la couverture sociale et la retraite ainsi que la lutte contre le commerce anarchique, le chef du gouvernement était loin de satisfaire la curiosité, et à fortiori les revendications, de ses interlocuteurs.

Ce qui intéresse manifestement le PJD, ce sont plutôt les voix électorales, commente-t-on. Sinon, poursuit-on, pourquoi il aurait attendu tout ce temps après la crise suscitée par l’obligation de la facturation électronique, plusieurs mois plus tôt, pour s’ouvrir aux professionnels du secteur? Cela d’autant que le commerce anarchique n’a jamais été autant prolifique que depuis que le PJD a pris en charge la gestion des grandes villes. Rappelons, par ailleurs, que le RNI a été le premier, et sans doute le seul, à avoir ouvert le dialogue avec cette catégorie. Ce qui a abouti à l’abandon de la mise en œuvre de cette mesure par le gouvernement, en attendant d’y voir plus clair.

Cela dit, le parti islamiste qui vient de boucler le long processus de son «dialogue interne», initié au lendemain du 8e congrès qui a évincé, il y a un an et demi, l’ancien chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane de la tête du parti. Ce qui a eu pour effet immédiat une profonde division au sein du parti entre les pro-Benkirane et les partisans du «Clan des ministres». Des effets qui se ressentent encore dans le comportement de plusieurs dirigeants et élus, y compris parlementaires, du parti et qui affectent la gestion des affaires publiques et retardent, voire bloquent, les réformes initiées par l’Etat.

En plus des deux premières formations politiques, le RNI, qui se distingue par un dynamisme soutenu depuis plus de deux ans, enchaîne les rencontres régionales et perpétue sa tradition de «délocalisation» des réunions de son bureau politique. Après la réunion de son instance exécutive à Ouarzazate, des missions à l’étranger à la rencontre des membres de sa «13e Région» en Allemagne et au Canada, le rassemblement des ingénieurs à Tanger et la création d’une instance regroupant les professionnels du secteur des taxis à Inezgane, la direction du RNI s’est rendue dans la région de Fès-Meknès, avec plusieurs meetings à la clé notamment une réunion du bureau politique, vendredi 12 juillet, à Fès. C’est ainsi que la jeunesse du parti a organisé, le lendemain à Boulemane, en marge de cette tournée, le plus grand rassemblement politique que cette localité ait connu dans toute son histoire, avec la participation de pas moins de 1 500 jeunes membres. Ce qui n’a pas manqué de surprendre les habitants non habitués à une manifestation d’aussi grande envergure. Le thème de la rencontre étant la participation politique des jeunes et leur capacité de changement et de lutte contre les discours nihilistes. Un sujet qui rentre, d’ailleurs, dans le cœur des préoccupations du RNI surtout depuis les dernières élections de 2016.

Pour encore plus d’ouverture

En parlant justement des élections, l’USFP vient de remettre sur la table de débat les réformes électorales. Ainsi, lors de la dernière réunion de son conseil national, tenue il y a un peu moins de deux semaines, l’USFP a rouvert, de nouveau, le débat des réformes constitutionnelles «nécessaires pour remédier à tout dysfonctionnement affectant la vie politique, législative et institutionnelle». Ces réformes portent sur un «amendement constitutionnel pour garantir le bon fonctionnement des institutions dans notre pays et pour éviter tout blocage qui paralyserait les institutions». Le parti s’est dit déterminé à élaborer des propositions concernant «la suprématie de la loi et la constitutionnalisation du financement public des campagnes électorales selon des règles fixées par la loi», entre autres. L’USFP prône également «le retour progressif au mode de scrutin uninominal». Cette dernière proposition a d’ailleurs déjà séduit une vingtaine de formations politiques, (dont le PJD ne fait pas partie) qui s’étaient prononcées en sa faveur depuis déjà quelque temps. En attendant, des élections partielles ont justement eu lieu le 11 juillet. Elles concernaient le seul collège électoral du conseil régional de Béni Mellal-Khénifra et portaient sur le siège de la deuxième Chambre devenu vacant après que son ancien occupant, un conseiller UC, a été déchu de son mandat par la Cour constitutionnelle.
Ces élections méritent une attention particulière, au moment où la majorité vient d’entamer la deuxième moitié de son mandat. Elles confirment et consacrent le désaccord qui règne au sein de la coalition gouvernementale. Et pour cause, certaines de ses composantes ont brisé un pacte tacite conclu entre ses membres qui veut, en gros, que le siège invalidé revienne de droit au parti qui l’a perdu. En d’autres termes, les autres membres de la majorité s’abstiendront de présenter un candidat aux élections partielles à défaut de faire campagne pour le candidat du parti déchu. Le PJD est le premier à avoir rompu ce pacte, lors des partielles du 11 juillet, mais ses calculs n’ont pas abouti. Il a promis d’appuyer, indirectement, la candidate du MP. C’était d’ailleurs un engagement ferme pris par le secrétaire général Saad Eddine El Othmani et le premier responsable régional Lahcen Daoudi envers la direction du MP. Mais les élus islamistes ont fin par voter pour l’UC. Ce faisant, le parti du chef du gouvernement, également chef de la majorité, s’est positionné clairement en faveur de l’une des composantes de sa coalition au détriment de l’autre alors qu’il est censé garder la même distance vis-à-vis de toutes les formations de sa coalition. Ce qui s’appelle, ironise-t-on au Parti de l’Istiqlal, «une neutralité positive». Le parti en sait quelque chose pour avoir dirigé le gouvernement, et a eu à gérer une majorité tout aussi étendue, juste avant les islamistes.

Fin d’un cycle

Bref, le comportement des élus du PJD, qui, faut-il encore le rappeler, n’a cessé de vanter la solidité de ses rangs qu’il doit en grande partie à la discipline de ses membres, a eu pour conséquence une nouvelle crise interne et un embrouillement des relations entre le PJD et le MP qui risquerait de se répercuter sur les alliances entre les deux formations dans les autres régions, notamment à Drâa-Tafilalet. L’incident est d’autant plus grave que Daoudi a annoncé son intention de présenter sa démission du conseil régional. Le parti, lui, a réuni son secrétariat général d’urgence, lundi 15 juillet. Il a décidé de suspendre les élus qui ont désobéi aux ordres de la direction et de les envoyer devant la commission disciplinaire. Le secrétariat général a également tranché un cas similaire, survenu plus tôt à Oujda où les élus locaux se sont alliés au PAM, contrairement aux directives du parti. Ce dernier a décidé tout bonnement de dissoudre toutes ses instances régionales et locales dans cette région. Ces élections partielles de Béni Mellal-Khénifra ont également affecté, mais dans une moindre mesure, l’USFP. Le parti a ainsi décidé de renvoyer la seule élue qui ne s’est pas conformée à ses orientations. L’USFP, faut-il le préciser, vient lui aussi d’initier une dynamique interne.

Une série de rencontres régionales, avec ses instances et organes parallèles, a été programmée au cours de la dernière réunion du bureau politique. Le premier secrétaire du parti, Driss Lachgar, a en outre initié récemment un «processus de réconciliation». A ce propos, le parti a exprimé, à travers son organe décisionnel, sa satisfaction «quant à l’écho favorable» reçu par cette initiative qui comporte également un volet concernant l’ouverture du parti sur «les différentes potentialités de la société». Ce qui s’est soldé par un «ralliement collectif de plusieurs responsables et militants démocratiques et progressistes occupant des postes de responsabilité aussi bien individuels que collectifs». En définitive, campagne électorale avant l’heure ou pas, cela nous change beaucoup d’il y a à peine quelques années quand le discours populiste faisait rage sur la scène politique. Un cycle est donc définitivement révolu avec ses hommes, son discours et ses pratiques, un autre, vertueux cette fois, vient à peine d’être engagé. Gageons qu’il portera ses premiers fruits aux élections générales (locales, régionales et parlementaires) de 2021.

Selon l’article 7 de la Constitution, les partis politiques œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et des citoyens, ainsi qu’à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. Ils concourent à l’expression de la volonté des électeurs et participent à l’exercice du pouvoir, sur la base du pluralisme et de l’alternance par les moyens démocratiques, dans le cadre des institutions constitutionnelles.

Leur constitution et l’exercice de leurs activités sont libres, dans le respect de la Constitution et de la loi. Le régime du parti unique est illégal.

Les partis politiques ne peuvent être fondés sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale, ou, d’une manière générale, sur toute autre base discriminatoire ou contraire aux droits de l’Homme.
Ils ne peuvent avoir pour but de porter atteinte à la religion musulmane, au régime monarchique, aux principes constitutionnels, aux fondements démocratiques ou à l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Royaume.

L’article 2 de la loi organique 29-11 relative aux partis politiques, tout en reprenant cet article, précise que «le parti politique est une organisation politique permanente, dotée de la personnalité morale, instituée, conformément à la loi, en vertu d’une convention entre des personnes physiques jouissant de leurs droits civiles et politiques, partageant les mêmes principes et poursuivant les mêmes objectifs».

La même loi stipule, dans son article 32, que l’Etat accorde aux partis politiques légalement constitués un soutien annuel pour la contribution à leurs frais de gestion. De même, l’ensemble des partis politiques ayant participé aux élections législatives et couvert au moins 10% des circonscriptions électorales, bénéficient une fois tous les quatre ans d’une aide publique en contribution aux frais d’organisation de leurs congrès ordinaires.

En outre, dans le discours du Trône, il y a près d’une année, le Souverain a appelé à une augmentation du soutien public accordé aux partis, «en veillant à ce qu’ils en allouent une fraction aux compétences qu’ils mobilisent pour des missions de réflexion, d’analyse et d’innovation. Ce faisant, le Souverain leur ôte toutes les excuses possibles pour qu’ils ne restent «plus inactifs» en matière de création et de mobilisation, de formation et d’encadrement des citoyens.