Abbès El Fassi : 200 000 Istiqlaliens, et moi…

Interrogé sur les critiques à son encontre, le secrétaire général de l’Istiqlal s’en prend violemment à La Vie éco.

Dans le cadre de notre dossier sur la guerre de succession au sein du Parti de l’Istiqlal, nous avons adressé six questions à l’attention de Abbès El Fassi, secrétaire général du parti, pour avoir son avis sur les thèmes abordés dans cet article. Comme le veut la règle journalistique, nous voulions avoir les avis des deux parties, aussi bien ceux des partisans que des adversaires du premier parmi les Istiqlaliens.
La requête a tourné au vinaigre. Sollicité d’abord par téléphone, mardi en fin de journée, M. El Fassi a demandé l’envoi des questions par fax. Recontacté mercredi matin, il a violemment réagi. Lors d’une discussion au téléphone, il a considéré que l’intitulé des questions révélait et condamnait les intentions de son auteur : à savoir un complot contre Abbès El Fassi et son parti. Rien de moins.
M. El Fassi a refusé tout net de répondre à ces questions sous le motif qu’elles étaient malveillantes. Nous avons été abasourdis de l’entendre nous déclarer que nous n’avions par le droit de poser ce genre de questions au premier et plus ancien parti politique du Maroc. On n’aurait pas non plus le droit de les poser à M. Abbès El Fassi. Selon ses dires, Abbas El Fassi ne représente pas un point de vue, mais LE point de vue du parti. Il n’est pas partie prenante au débat. Il se place au-dessus de la mêlée. M. Abbès El Fassi, très en colère, était outré que l’on ait osé lui poser ce genre de questions. Pourquoi, a-t-il affirmé, nous ne parlons pas de ses déplacements à l’étranger et en province ? Pourquoi, a-t-il insisté, nous ne parlons que des problèmes du parti ?
Finalement, ce qu’on lui reproche, prétend-il, c’est d’avoir réussi dans sa mission de secrétaire général de son parti. Tous les militants le lui disent. De toute évidence, Abbès El Fassi confond l’éloge et les louanges avec le débat politique contradictoire où les points de vue sont forcément multiples.
Voici le «corps du délit», à savoir les questions telles que nous les avions adressées à M. Abbès El Fassi :
1 – De nouveau, on recommence à parler de crise ouverte, ou du moins de malaise au sein du Parti de l’Istiqlal avec la guerre de succession comme toile de fond puisque vos statuts limitent le nombre des mandats de secrétaire général à deux. Qu’en est-il ?
2 – Vos détracteurs vous accusent d’avoir progressive-ment réussi à exercer un contrôle sans partage sur l’inspection générale du parti ainsi que sur le corps des inspecteurs et l’appareil du parti en général.
3 – Certains estiment que la création des postes de coordinateurs régionaux adjoints est destinée à contrôler l’activité des coordinateurs plutôt que de les seconder… Ce qui aurait poussé certains d’entre eux à geler leurs activités.
4 – On vous prête la volonté de laisser pourrir la situation au sein de la centrale syndicale istiqlalienne, l’UGTM, pour l’affaiblir et en faciliter l’intégration dans le giron du secrétaire général du parti…
5 – Contrairement à l’UGTM, le groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants s’affirme de plus en plus par rapport à la direction du parti et se transforme en groupe de pression relativement incontrôlable.
6 – Votre attachement à la fonction de ministre d’Etat sans portefeuille fait toujours jaser au sein de l’Istiqlal… Un leader, dans le contexte actuel et de volonté de réforme et de rationalisation des partis annoncée par le projet de loi sur les partis, ne devrait-il pas se consacrer à son parti ?