A qui le PJD confiera-t-il les ministères-clés de son gouvernement ?

Des départements sont puissants en raison de leur omniprésence dans des
dossiers transversaux. D’autres doivent leur force de frappe aux moyens dont ils disposent ou encore au prestige qu’ils confèrent à  leur mandataires.

Quels sont les ministères les plus convoités dans un gouvernement ? A priori, la réponse pourrait se limiter à un simple calcul budgétaire. A eux quatre, les Finances, l’Education nationale, l’Administration de la Défense et l’Intérieur mobilisent 63,2% des ressources du Budget général de l’Etat. Pourtant, ce n’est pas cette lecture qui est faite lors des tractations pour la formation d’un gouvernement. Les critères pris en compte sont multiples. Il y a, bien entendu, le poids budgétaire, mais il y a, également, le rôle-clé que peuvent jouer des départements dans des dossiers transversaux, le prestige que confère le mandat de certains ministères et aussi l’action perçue par le grand public.
Dans ces conditions, et même s’il se classe deuxième en termes de budget, le ministère de l’éducation nationale n’est pas celui que l’on s’arrache : y réussir, faire avancer les chantiers et surtout être perçu comme un acteur du changement dans un secteur trop lourd à réformer en cinq ans de législature relève d’une mission impossible. Le même raisonnement peut prévaloir pour le département de la Santé, pourtant 5e en termes de budget : trop complexe, difficile à gérer, quasi impossible de  satisfaire de la population tant les besoins sont criants au regard des moyens alloués.
A l’opposé, et avec un budget un petit peu plus étoffé que celui de l’Education nationale, le département de l’économie et des finances est à la fois celui de l’argent et du pouvoir. Si le grand public ne retient de l’action d’un ministre des finances que le Budget de l’année et sa propension à sauvegarder les équilibres macro-économiques, en coulisses, les Finances sont incontournables pour débloquer les ressources d’un projet, d’un investissement ou l’achat de matériel et d’équipement. Un petit vice de procédure ou une conjoncture difficile peuvent retarder la requête des autres ministères pour des semaines ou des mois. Cela sans compter que les Finances c’est véritablement plusieurs ministères dans un seul : Direction générale des impôts, Trésorerie générale, Direction des assurances, Administration des douanes, Direction du Trésor, celle des entreprises publiques… Bref, tout flux financier est à sa merci.

Habitat, Agriculture et Commerce et industrie également bénéfiques pour l’image
Autre ministère convoité, celui de l’intérieur. Lui aussi est financièrement puissant, mais ce n’est pas seulement en raison de ses moyens qu’on le lorgne. L’Intérieur est la plus importante machine administrative du pays, celle qui contrôle les collectivités locales et la sécurité, celle qui a la main sur un des principaux corps en uniforme (Sûreté nationale), une puissante unité de renseignement (direction des Affaires générales), mais également architecte de l’aménagement du territoire et partie prenante dans les discussions concernant les projets d’infrastructure ou d’urbanisme. Moyens, pouvoir et rôle transversal. Dans la même optique, on peut classer le ministère délégué aux affaires économiques et générales comme un département au rôle transversal. Démembrement de la Primature, il dispose d’un rôle de coordination et de relais avec les autres ministères, sans compter qu’il a en charge la direction des prix et, surtout, l’incontournable Caisse de compensation.
Enfin, et toujours dans le chapitre des ministères qui ont leur mot à dire dans l’action des autres départements, on peut classer le département de l’équipement et du transport parmi les ministères puissants. Architecte des grands projets du Royaume, maître d’ouvrage délégué des chantiers d’infrastructure, il a également la main sur des établissements publics parmi les plus en vue (ONCF, RAM…) et constitue la tutelle de l’activité portuaire du pays.
L’Habitat, l’Agriculture, le Commerce et l’industrie sont également des départements intéressants pour le bilan d’un ministre… qui aurait la volonté de travailler. Détenu par l’Istiqlal, l’Habitat n’a pas peu contribué à retentir de manière positive sur le bilan du parti auprès de l’opinion publique. Le département de l’agriculture, lui, avec un Plan Maroc Vert, première véritable stratégie agricole à voir le jour, confère à son titulaire à la fois médiatisation et reconnaissance auprès du monde rural. Le département de l’industrie et du commerce, lui, donne à son gestionnaire la possibilité de faire valoir son action auprès des milieux d’affaires, sans compter le pouvoir de modeler la marche des affaires.
Enfin, dans le registre des ministères de prestige, on retiendra celui des affaires étrangères ou encore celui de la justice, même si ce dernier pose plus de soucis à son mandataire qu’il n’apporte de satisfaction. Etre à la Justice relève d’une mission «noble», être aux Affaires étrangères est perçu comme un poste «sensible».

Dans ces conditions, entre le statut de vainqueur du PJD, la position de force et l’expérience de l’Istiqlal, le chantage de l’USFP et la nécessité d’intégrer le PPS, qui aura quoi ? Réponse très compliquée…