A Fès, les étudiants vivent dans la peur

Des étudiants sur le qui-vive qui quittent l’amphi au moindre bruit suspect.
Des parents inquiets, pour lesquels la fac est devenue un haut lieu de l’insécurité.

La sentence est tombée mardi 22 février en fin d’après-midi. La plupart des étudiants de l’université Mohamed Benabdallah présentés devant le tribunal ont écopé de petites peines allant de trois à quatre mois avec sursis. «Des sentences très dures si on se réfère à leur dossier puisqu’à aucun moment ces étudiants n’ont participé aux troubles du 9 février», estime Ghassan Bahou Amarsal, avocat au barreau de Fès et membre du collectif des avocats de la défense des étudiants poursuivis.
Selon Me Amarsal, les arrestations ont eu lieu le 9 février vers 9 heures. Les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation de 43 étudiants, avant d’en relâcher 21 et de présenter les 22 autres devant le parquet. Le procureur a décidé de faire bénéficier les prévenus de la liberté provisoire tout en les poursuivant pour outrage à un agent d’autorité, rassemblement non autorisé sur la voie publique, et port d’arme blanche. Les étudiants poursuivis ont nié, devant le tribunal, toute appartenance à une organisation politique ou syndicale. D’après les proches de certains étudiants présentés devant le tribunal, leur arrestation les a empêchés de passer les examens. Selon des parents d’étudiants, l’université est devenue un lieu d’insécurité où les étudiants risquent d’être arrêtés à n’importe quel moment.
«Quand vous voyez les gens courir et les CMI débouler avec leurs matraques, vous vous mettez à votre tour à courir. Cela ne veut pas dire que vous êtes impliqué, c’est juste qu’on ne veut pas recevoir un malheureux coup de matraque. Mais cela fait de vous une cible pour les forces de l’ordre», se plaint Abdallah Alaoui, étudiant à la faculté des lettres. Plusieurs familles, d’ailleurs, interdisent à leurs enfants de se rendre à l’université dès qu’il y a la moindre petite rumeur de grève. «Nous sommes toujours sur le qui-vive. Pendant les cours, nous tendons l’oreille. Au moindre slogan scandé ou au moindre bruit de sirène, je quitte l’amphithéâtre. Je n’ai envie ni d’être molestée ni d’être arrêtée», avoue Sanae, étudiante à la faculté de droit.
Même son de cloche à Douar El Askar, où les habitants s’inquiètent de ces incidents.«Dès qu’il y a des troubles, les étudiants plient bagages et mon chiffre d’affaires baisse des deux tiers», se plaint Ba Larbi qui tient une gargote où les étudiants viennent se nourrir. Il faut savoir que la plupart des habitants de ce bidonville louent des pièces chez eux aux étudiants qui affluent de toute la région de Fès. En cas de grèves ou de troubles, c’est eux, après les étudiants bien sûr, qui en pâtissent.